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dimanche 20 juin 2021

Souffles avant de Geneviève Catta

 

La vie nous envoie des clins d’œil et fait en sorte que nos mots trouvent un écho chez une autre. Par hasard, Geneviève Catta et moi, nous avions écrit sur nos blogues respectifs un poème relatif au deuil d’un proche disparu. Ce même jour, nous nous sommes salués, puis depuis ce temps, nous nous suivons l’un l’autre en écriture. D’habitude, elle écrit de la poésie. Mais cette fois-ci, elle ose dans le recueil de nouvelles Souffles avant paru en 2021 chez Le lys bleu.

Dans Chat ris, va, ris!, un félin est montré dans différents contextes liés à l’histoire de l’art. C’est amusant. Dans Candidat 38, un violoniste virtuose n’évolue tout de même dans les normes sociétales. Dans Cavale et Corde raide, la trahison est toujours possible.

Je n’expliquerai pas tout. Ça devient embêtant de trop en dire. On doit conserver à un livre sa part de mystère. Geneviève Catta aborde en nuances les thèmes de la mort, de l’absence, du désir retrouvé, de la solitude. On sourit, on est ému. C’est fin, subtil, humoristique, un brin cynique, résolument en harmonie avec la vie.

Vivement, un nouvel opus, mais un roman cette fois-là ! Je lui en lance le défi.

Extraits :

« Il y a bien plus que les lettres et les mots. Il y a le blanc. Le blanc, c’est ce que les mots ne disent pas. Pareil en photo. Pareil de ton côté de la vie. Pas pareil du mien depuis. »

« Leurs gestes sont aisés, dégagés – ce sont les premiers que l’on apprend, seul, après être parti du nid familial; les mêmes que l’on désapprend quand l’autre emménage avec nous, et que l’on réapprend encore quand on le quitte ou qu’il part. Toujours, ils retrouvent leur trame désarmante. »

© Photo, texte du billet, sauf les extraits de G. Catta, D. Morin, 2021


dimanche 14 mars 2021

Éloi et la mer de Karine Geoffrion

 

Tout récemment, en mars 2021, je vous ai présenté du superbe roman La valse de Karine Geoffrion que je vous ai décrit comme étant ‘’de l’orfèvrerie’’.  En règle générale, quand j’aime une plume, je parcours le corpus littéraire afin d’en connaître un peu plus sur l’imaginaire de l'artiste.

Je remonte en 2015 avec Éloi et la mer, roman publié chez Les Éditions Sémaphore. Ce livre fait vibrer les cordes de l’intime. Madeleine est une femme entre deux rives, entre deux eaux. Elle ne sait plus où elle en est. L’onde calme de surface est brouillée. Elle voit trouble depuis qu’elle picole un peu trop. 

Elle aimait Jean, mais maria Richard. Ce mariage bat à présent de l’aile. À cela, s’ajoute fiston Éloi qui a décidé d’aller étudier à Rimouski, ville en bordure du fleuve Saint-Laurent, que les gens de l’est du Québec appellent poétiquement la mer.

Durant l’absence de son mari en voyage d’affaires, elle s’entiche d’Antoine, un jeune peintre qui a l’âge de son fils.

Jusqu’où ira-t-elle pour obtenir de la tendresse et de la considération ?

Fait à noter que ces deux romans ne contiennent aucune réplique. La narration est réalisée à la troisième personne comme une caméra qui capte à la fois les scènes et les tourments.

En bref, fascinante lecture; style juste; aucune ligne ni à ajouter, ni à retrancher.

Extraits : 

« Dans l’attente de l’approbation maternelle, Éloi n’était plus qu’un gamin de dix ans coupable d’une bêtise terrible, impardonnable. Elle était devenue si blême lorsqu’il avait prononcé le mot départ… Et semblait si fragile appuyée là, face au mur ayant recueillir sa surprise, ses deux mains enfoncées dans le comptoir sombre qui la soutenait, qui l’empêchait de s’effondrer. »

« Soulagée d’avoir évité un autre refus, elle ne perçut pas la pointe d’hésitation dans la voix d’Antoine, et s’élança d’un pas hardi vers le fond de la pièce. Son repas commandé, possédée par le désir de s’ancrer auprès de lui, de ne jamais le quitter, elle se positionna face au chevalet, son corps vibrant incliné vers la toile déjà amorcée. Antoine, par politesse, entretint la conversation jusqu’à ce qu’elle reçoive son plat, puis, impatient de reprendre son travail il se remit à peindre en silence. »

 

© Photo, texte du billet, sauf les extraits de K. G., Denis Morin, 2021

 

 

 


samedi 23 janvier 2021

Vocalises sur un sanglot de Francine Allard

 

Francine Allard est une artiste polyvalente des Laurentides au Québec : écrivaine, peintre, chroniqueuse.  En littérature, elle s’adresse autant aux adultes qu'aux petits. 

Cette épicurienne d’une grande sensibilité signait en 2003 le recueil de poésie Vocalises sur un sanglot dans la collection Opale aux Éditions 3.

Ne venez surtout pas me dire que le blogueur ne doit causer que des nouvelles parutions. Faux. Un très bon livre est indémodable, ce qui est le cas du présent ouvrage. Les bouts de post-it qui apparaissent sur la photo vous prouvent hors de tout doute mon intérêt.

Le recueil est finement illustré en couverture par la peinture Lettre sans réponse de Denys Matte. Des gouaches du même peintre jalonnent notre parcours de lecture. 

Les poèmes se divisent en quatre mouvements musicaux qui donnent le ton à l’émotion : Diminuendo, Staccato, Lamentabile, Coda.

Cette femme de lettres aborde les notes discordantes entre une mère et sa fille, la peinture et l’écriture, sa foi éteinte, les plaisirs furtifs de la chair et les émois causés par un bel amant devenu malheureusement infidèle.

Bref, je referme ce livre agréablement surpris ! Le style et les émotions sont au rendez-vous !

Extraits : 

« Je ressens la vacuité du silence

et les mots     comme les bulles d’une eau     effervescente

montent un à un

s’inscrivent d’abord dans la pensée

gagnent aussitôt le bout des doigts

s’agitent

et écrivent l’amour perdu »

 

« La lettre de ma mère

n’est pas signée

c’est l’habitude de la filiation

désaveu qui me poignarde

à chaque mot saisi

à chaque remords qui tenaille »

 

« Mes anciens voyages en mer

ne sont que de vagues souvenances

lorsque je pose enfin le pied

sur le sol gelé

la lavande renaîtra d’entre les deux pierres

et la clématite reprendra son ascension

sur les minces treillis

nous verrons éclore le narcisse d’entre les euphorbes

défleuries »

 

© Texte et photo, sauf les extraits de Francine Allard, Denis Morin, 2021

 

 

 

 


jeudi 26 novembre 2020

À la foire de Maud Chayer

 

Maud Chayer tire plus vite que son ombre. Elle vient de faire paraître en 2020 un autre microroman chez Annika Parance Éditeur intitulé À la foire.

Un homme aux allures de quadragénaire, banlieusard épuisé au retour du travail, se fait imposer une sortie familiale pour le lendemain par les femmes de sa vie, à savoir son épouse de mèche avec leurs deux filles. Elles ont décidé de se rendre à une foire agricole. On se doute bien monsieur n’exultera pas dans cet événement…

Derrière cette histoire bien menée, je me questionne comme cet homme sur la pertinence de toujours consentir aux besoins des autres au point de s’oublier, de renoncer à ses propres goûts. 

On perçoit aussi la conjointe qui met en veilleuse une carrière et qui troque sa vie d’amoureuse pour le rôle de mère. 

Somme toute, qui vous a dit que la vie était une fête foraine jubilatoire ? 

N. B. : Les cornes tronquées sur la photo proviennent d’un zébu de Madagascar. J'ai fait exprès de les placer ainsi, mais le thème de la foire agricole est respecté. 😉 

Extrait :

« Il laissa sa montre dans l’auto. « Elle me gêne depuis un bout de temps. – Il faut faire examiner le bracelet. » Toujours pratique et bienveillante. Il ne voulait pas voir défiler les heures. Les longues heures avant le retour, ce moment privilégié où ses filles dormiraient à l’arrière, quand sa femme lui tiendrait la main sur le bras de vitesses, complice, heureuse. »

 

© Photo, texte du billet, sauf l’extrait de Maud Chayer, Denis Morin, 2020


samedi 21 novembre 2020

Au pavillon de Maud Chayer

 

Maud Chayer possède un parcours à double cursus académique en lettres et en cinéma. Elle travaille dans le milieu du septième art. Elle compte parmi ses projets créatifs trois romans en littérature jeunesse.

La voici de retour avec Au pavillon, un microroman publié en 2020 chez Annika Parance. 

Ce livre est une critique sociale de la petite vie rangée en banlieue nord-américaine. Nous avons le père, un bellâtre séduisant, la mère obsédée par ses rides qui tente des expériences capillaires afin de lutter contre le temps, puis un gamin enjoué, sa sœur à peine plus âgée. Un événement viendra bousculer leur quiétude. Ce sera le drame et les certitudes ébranlées. 

Au-delà de cette histoire bien ficelée, ce sont les petits travers qui sont dépeints. L’homme soucieux de son image, de l’opinion des collègues qui ne perçoit pas la maturité du corps qui le gagne, mais le voit chez son épouse.  Ce couple se lance des ‘’mon amour’’ mais ne fait plus l’amour ou si peu. Les enfants sont appelés à grandir trop vite et à perdre la candeur de cette période.

Sommes-nous plus que l’image de nous-mêmes ? Réussit-on sa vie ou dans la vie ? Nous sommes appelés à titre de lecteurs à aller au-delà de la vie parfaite comme dans la série télévisée Father knows best. Il me semble que nous valons bien plus ces stéréotypes stériles et Maud Chayer sait habilement comment nous le rappeler. 

Voici une invitation à découvrir une nouvelle plume.

Extrait :

« La maison répondait à certains de leurs critères… Les concessions qu’ils avaient dû faire : un quartier semi-prestigieux, pas de garage, pas de salle de bain attenante à leur chambre, pas d’arbres matures sur le terrain et, enfin, l’aspect extérieur de la demeure qui ne correspondait pas à leurs ambitions bourgeoises. Sa femme rêvait d’une (fausse) victorienne dans une rue à nom d’oiseau… mais, leur petit nid d’amour, ils se l’étaient fabriqué dans cet écrin de briques roses au design des années quatre-vingt-dix, finalement. » 

© Photo, billet, sauf l’extrait de Maud Chayer, Denis Morin, 2020


vendredi 25 septembre 2020

Pour une absente de Martine Roffinella

 

Martine Roffinella ose, se méfie des lieux communs, emprunte des chemins qui lui sont propres. Dans ce nouvel opus Pour une absente paru en 2020 chez Rhubarbe, maison qui publie des textes inclassables, elle nous cause non pas d’une femme, mais de deux femmes. 

En effet, la première partie est un hommage à Barbara intitulé Elle prend la voix. Nous avons cette artiste en ce point en commun. Nous adulons la chanteuse qui débuta sa carrière en Belgique et sur la Rive gauche à Paris, assise au piano ou dans sa chaise berçante. Barbara nous cajole avec ses mots sombres, ses notes parfois cristallines. Certains poèmes semblent avoir été provoqués par des mots de chansons égrenés comme cailloux et fil d’Ariane pour que ravissement et joie nous reviennent et pour que des chansons surgies de la mémoire nous guérissent des amours anciennes. Défi relevé et réussi. 

Dans le deuxième segment désigné par Les lieux d’attente… Barbara en aurait fait une balade mélancolique de ce beau titre. Ici, c’est la bien-aimée, celle que l’on aurait couverte de lumière et de miel, que l’on attendait ou que l’on attend encore à la gare ou au coin du feu sous les flammes jaunes aux reflets mauves. Cette bien-aimée donnait à la poète des élévations telle la fumée d’encens qui monte en volutes dans l’air tiède d’une église romane toute de pierre construite, mais c’est dans la consternation et l’émoi que cette femme chérie a abonné la poète au journal quotidien du manque, du vide, du pourquoi et du ‘’j’aurais voulu te garder mais le train sifflait déjà ton départ’’. Aussitôt arrivée, à peine étreinte que voilà disparue.

Extraits du segment sur Barbara… 

« Vous n’étiez pas au rendez-vous

Mais elle attend

Ici même

Pas encore de voyage

Elle déjà derrière

Eux toujours devant

L’illusion du mimosa

Et des îles bétonnées

Aux assassins blonds d’amours »

 

« La photo est bonne

Quel besoin d’y revenir

Puisque la scène double ses mains

Comme une transparence ouverte »

 

Extrait du segment sur les lieux d’attente… 

« Je t’avais gardé un arbre

Tu y es entrée nue

Tu n’as rien trouvé beau

Rien d’autre que les chantiers

Qui bordent les histoires neuves

J’aurais dû percevoir

Dans ton goût pour la sève

Ton refus des choses grises

Tu murmurais

Il y avait tant de chaleur

Que mes pieds se sont brûlés »

Si vous souhaitez lire de la poésie qui s’adresse à la tête et au cœur, vous vous arrêtez à la bonne enseigne. Pour votre information, la photo floue en couverture est de l'écrivaine, blogueuse et photographe. Bonne lecture.

© Photo, texte du billet, sauf les trois extraits de la poète, Denis Morin, 2020

   

 


lundi 7 septembre 2020

Liv Maria de Julia Kerninon

 

Lire un roman de Julia Kerninon, c’est pour moi un délice indescriptible. Je lis de soir et de nuit. Le jour, j’ai trop de trucs qui m’accaparent, en partant du télétravail aux tâches quotidiennes. Donc, j’ai dégusté ce livre, segment par segment, sur une bonne semaine, avec mon fox terrier endormi au pied du lit.

Dans ce somptueux opus paru en septembre 2020 chez Annika Parance Editeur, l’écrivaine nous présente une insulaire bretonne propriétaire d'un café où elle vend aussi des munitions, ses frères marins, puis un colosse norvégien qui jette l’ancre et s’enracine chez l’insulaire. De cette union, naîtra Liv Maria, une petite fille mystérieuse comme les brumes qui prendra plaisir à apprendre les langues (français, norvégien, allemand, anglais, etc.). Curieuse et frondeuse, l’adolescente sera envoyée chez une tante paternelle à Berlin où elle apprendra les joies du corps auprès d’un professeur d’anglais.

Par la suite, elle retournera à l’île un certain temps, maintenant orpheline, protégée par ses oncles, avant de se rendre en Amérique du Sud où elle vendra des chevaux et domptera des hommes. Ce sera aussi lors d’un passage dans une librairie qu’elle croisera un bel Irlandais qui deviendra son conjoint et le père de ses deux fils. Elle ira vivre en Irlande dans un pavillon tranquille entouré d’arbres et de fleurs.

Mais comment une femme si dynamique peut-elle se contenter de la monotonie du foyer ? Comment se montre-t-on à l’écoute des autres sans se dévoiler ? Car se dévoiler pourrait faire craquer l’harmonie ambiante. Et si cette femme tranquille, érudite libraire, cachait sous son habituelle discrétion de multiples femmes… Le passé finit toujours par resurgir via un mot, un objet à la manière d’une madeleine de Proust. Pour respecter sa nature profonde et ses secrets, faut-il rester là à tout prix ou céder à l’errance ?

Vous avez compris, je l’espère, mon engouement pour ce livre et cette écriture intimiste si intelligente, si chargée de sens, sans compter que voici une belle occasion de vous balader par ces pages entre divers paysages.

Un must pour cette rentrée littéraire avec ce superbe portrait de femme en clair-obscur.

Extraits :

« Mystérieusement, Liv Maria retrouvait dans les cheveux de Flynn l’odeur de plusieurs maisons où elle avait vécu. Quelque part sur son ventre flottait celle des biscuits norvégiens aux épices que faisait son père pour Noël. Dans ses mains, il y avait l’odeur salée de ses mains à elle le jour où elle avait pleuré la mort de ses parents, et parfois aussi une odeur de sciure dans laquelle elle reconnaissait celle de son enfance. »

« Parce que les gens murmurent – les gens se trahissent, ils commettent des erreurs, ils croient dire ce qu’ils disent et taire ce qu’ils taisent, mais bien sûr ils font l’inverse, à leur insu. Les gens murmurent, ils parlent avec leurs cils qui battent, avec leurs oreilles qui rougissent, avec leurs fautes de frappe, et nous les lisons à livre ouvert, à notre insu. Les gens murmurent, et nous les entendons, mais le message est parfois si clair que nous cherchons des complications. Pourtant, dans ce que nous taisons en croyant le dire, ce que nous disons en croyant le taire, nous sommes dans notre vérité, d’un coup. » 

© Photo, billet, sauf les extraits de J. Kerninon, Denis Morin, 2020


mercredi 12 août 2020

Printemporel de Louise Frottin

 


Belle découverte que Printemporel de Louise Frottin, roman paru en 2020 chez JDH Éditions, dans Magnitudes 8.0.

Une femme d’un milieu modeste avec sa vie ordinaire épouse un homme. L’amour des premiers instants fait place à la routine, au goulot d’une bouteille et aux coups. L’homme s’excuse le lendemain, jure qu’il ne recommencera pas, puis le temps file… Pour une raison ou pour une autre, les coups pleuvent, puis l’homme impose ses envies sexuelles, sans tenir compte de l’autre. Il veut, il prend en des scénarios sado-masochistes. C’est tout. Elle met du poison à rat dans ses mets. Il s’en rend compte. La cruauté reprend de plus belle.

Seules bouffées d’air, elle n'a que des souvenirs liés à ses parents et à sa grand-mère, la pratique de la musique avec son amie Louise et son frère, le doux Sébastien avec qui elle aura une histoire.

On voit cette femme s’enfoncer, se déprécier, mais on sent aussi sa résilience et son envie de vivre. Ce roman de 272 pages contient de nombreux élans poétiques. Si j’avais été l’auteur de ce livre, je l’aurais amputé de 20 pages tellement j’en avais marre de la voir encaisser la violence.

Voici un très bel ouvrage sur le vécu quotidien par bien des femmes et leur souhait de jours meilleurs.

Bref, un texte percutant à lire absolument.

Extraits :

« Je ne voyais pas Karl. Je sentais sa peau contre la mienne et j’entendais sa respiration. Avant j’avais tellement envie de me blottir contre lui. Peu importait son mépris. Peu importait sa colère. J’avais l’impression qu’hier encore nous étions dans ce lit, corps contre corps, visage contre visage, rêve contre rêve. Et aujourd’hui, je ne savais plus. Cul contre cul, dos contre dos, vide contre vide. »

« Puis d’année en année, je me suis recroquevillée et ratatinée, d’année en année je suis devenue transparente et normale. Une femme éteinte. Une femme abattue. Une femme à battre. »

© Photo, JDH Éditions ; texte du billet, sauf les extraits de L. Frottin, Denis Morin, 2020

 

 


vendredi 7 août 2020

Anna et l'enfant-vieillard de Francine Ruel

 

Francine Ruel est comédienne, enseignante et écrivaine. En 2019, elle a fait paraître Anna et l’enfant-vieillard chez Libre Expression. La couverture laisse planer deux interprétations possibles : a) le lien douloureux entre une mère et son fils malade ; b) un père ‘’qui retombe en enfance’’ et dont la fille doit prendre soin.

En fait, la première réponse est la bonne. Anna, couturière habile, divorcée, voit au bien-être de son fils devenu un adulte meurtri par la vie, à la suite d’un accident. La narratrice est cette mère partagée entre cet enfant lumineux et rieur qui était le centre de sa vie et l’homme usé par l’itinérance et les drogues fortes. Parviendra-t-elle à ne pas laisser sa peau dans le soutien apporté à son fils ? 

Ce roman est imprégné d’émotions, mais sans verser dans le pathos, même si la larme n’est pas loin. Je recommande ce livre tout spécialement aux parents en prise avec un enfant prisonnier des paradis artificiels.

Extrait :

« Anne se trouve devant une phrase de Sénèque qu’une amie a apposée sur son réfrigérateur :  

« La vie, ce n’est pas attendre que l’orage passe. C’est apprendre à danser sous la pluie ! »

 Anna a mal aux pieds après tous ces pas de chat, ces battements, ces soubresauts, ces pliés, jetés, fouettés, arabesques, pirouettes, ronds de jambe et grands écarts qu’elle a dû exécuter au fil des ans dans cette valse hésitante, ce pas de deux périlleux avec son fils comme partenaire. »

© Photo, texte du billet, sauf l’extrait de F. Ruel, Denis Morin, 2020


samedi 1 août 2020

L'apparition du chevreuil d’Élise Turcotte



Élise Turcotte est une femme de lettres québécoise s’étant méritée à maintes reprises des prix prestigieux. Elle enseigne aussi la littérature à Montréal.

Dans L’apparition du chevreuil, roman publié en 2019 chez Alto, Élise Turcotte nous présente une écrivaine émancipée et convaincue qui doit prendre ses distances des médias sociaux où elle reçoit des menaces à peine voilées d’un militant de l’extrême-droite. Ces points de vue divergents sur l’éducation de son neveu l’ont fait prendre ses distances de sa famille, de sa sœur trop soumise et surtout du beau-frère qui souhaite transformer un garçon rêveur et craintif d’à peine six-sept ans en un garçon courageux qui n’a pas peur des bruits de la forêt et des grognements d’un ours. L’écrivaine ira se réfugier dans un chalet en plein hiver pour avoir la sainte paix, jusqu’au jour où son beau-frère surgira et qu’elle comprendra que son neveu a été enlevé par son père dans une cabane abandonnée tout près de là.

Je n’en dirai pas plus afin de ne pas dévoiler l’intrigue ni rompre le charme de ce roman avec son lot de métaphores. Justement, ce roman me donner le goût d’aller découvrir ses recueils de poésie.

À découvrir !

Extrait :

« Quand son père part travailler, au début de la soirée, l’enfant vient me chercher en vélo pour aller au parc du héron. C’est notre secret, un rituel ; ainsi, je lui apprends à mentir, la sœur aussi, par omission. Depuis l’épisode du chien, une menace plane sur la petite famille. L’enfant a parlé d’un fusil, il se demande si son père a tué le chien, il se demande si sa mère va mourir. Au parc du héron, il s’assoit près de moi et le demande… »

© Photo, texte du billet, sauf l’extrait de É. Turcotte,
    Denis Morin, 2020

mercredi 13 mai 2020

Entretien avec Béatrix Delarue





Par la magie des ondes, on franchit maintenant les distances, on traverse l’Atlantique en une fraction de seconde. Je tenais à m’entretenir avec une poète, une romancière et une illustratrice talentueuse qui vit en Bourgogne. Elle vient de faire paraître un roman L’âme du manguier chez JDH Éditions. Bonne découverte.

À quand remonte le fait d’écrire ?

Sur les bancs de l’école primaire, mon institutrice préférée m’avait donné le goût de la lecture; j’aimais beaucoup mon cahier de rédaction, celui de poésie. Je repartais toujours avec beaucoup de livres empruntés à la bibliothèque.

Vous inventiez-vous des histoires lorsque vous étiez gamine ?

J’ai toujours aimé beaucoup me plonger dans des romans d’aventure de Jules Verne, Alexandre Dumas, Stevenson, Dickens, Brontë, etc. et il m’arrivait de réécrire la suite de l’histoire quand elle ne me plaisait pas. Un peu plus grande j’ai reçu en cadeau une machine à écrire, je me suis beaucoup amusée avec.

Est-ce que c’est le même plaisir à écrire qu’à dessiner ?

Oui j’ai toujours fait avec facilité l’un et l’autre, j’ai besoin aussi de m'exprimer de cette façon par la création, le modelage, la gravure et des bricolages divers. J’ai un bac économique option art et j’ai suivi parallèlement les cours à l’école d’art de ma ville en plus de mes études de documentaliste.

Est-on dans le même état d’esprit quand on écrit de la poésie ou de la prose romanesque ?

La poésie c’est le souffle de l’instant, de l’émotion et d l’harmonie que l’on peut ressentir face à un événement comme la beauté du monde. Dans un roman, on raconte une histoire, on est mené par une intrigue, accompagné de personnages différents. La prose romanesque permet d’explorer de plus larges territoires, de s’intéresser en profondeur à la psychologie, aux portraits de personnages, ce qui n’empêche pas parfois d’avoir une écriture poétique qui permet des métaphores, des images et d’utiliser un champ lexical dans des figures de style qui vont suggérer, connoter ou créer d'autres associations. Ainsi les sons et les parfums se répondent et cela n’empêche pas une certaine rigueur également dans la construction du roman.

Vous êtes née en Côte d’Ivoire. Y a-t-il des éléments de votre enfance que l’on peut transposer dans le personnage de Jasmine ?

Je suis née sur ce continent, j'ai donc eu une vie très proche de la nature dans un pays où elle est florissante, une liberté incroyable. J’ai en quelque sorte une double culture qui est une richesse inépuisable. Effectivement, on pourrait retrouver en Jasmine l’essence de mon enfance…

Pourriez-vous nous résumer en quelques lignes ce roman ?

C'est une histoire à deux voix, celle d'une femme qui part pour l'Afrique à 16 ans, qui quitte tout derrière elle et va découvrir un pays, une culture, faire des rencontres qui vont bouleverser le cours de sa vie. C'est également l'histoire d'une petite fille née quelques années plus tard et qui raconte ce qu'elle a ressenti, compris des événements et qui recherche son identité, car un secret entoure sa naissance.

Quel fut l’élément déclencheur de ce roman ?

Je le portais en moi depuis longtemps, alors je me suis intéressée aux années 50 où de nombreux Français partaient rejoindre le continent africain. À la fin des années 1950, ce pays côtier est la colonie la plus riche de l’Afrique Occidentale Française (A.O.F.), grâce aux cultures de cacao et de café. On pouvait recenser des hectares de caféières appartenant pour les huit dixièmes à des sociétés, à des particuliers européens ou à des habitants. Dès que tous comprirent que l’installation d’une plantation de café rapportait, ils se mirent à défricher pour installer des caféières, même dans des régions où l’on n’avait jamais pratiqué que la cueillette.

Je suis née dans cette partie de l'Afrique, un peu plus tard dans les années 60 et j'ai voulu offrir un hommage à mon pays natal. Les années 50, c'était aussi une certaine liberté... J'ai voulu faire un parallèle entre l'enfance des pays européens et celle des mamans africaines, le respect des anciens, la culture et les traditions. Différence aussi entre la mère biologique, la mère d'adoption ou celle qu'on peut se choisir. La difficulté d'être mère pour toutes sortes de raison et la faculté de l'enfance à pouvoir se sortir parfois de situations difficiles...

C'est aussi un roman sur les rapports mère-fille, les secrets de naissance et l'enfance si spontanée tout simplement. Je m'y intéresse depuis toujours et grâce à mon métier de ces dernières années où je me suis occupée d'enfants en difficulté. J’ai moi-même trois enfants. J’ai brossé des portraits psychologiques différents et j’ai écrit des scènes qui s'emboîtent les unes dans les autres autour d'un arbre, témoin et maître du domaine où se passe l'histoire.

Y aura-t-il une suite avec Jasmine de retour en France ?

Plusieurs personnes me l’ont suggéré, la porte n’est pas fermée… Pour le moment, j’ai d’autres projets en cours mais tout peut arriver.

Écrivaine du matin ou du soir ?

Il n’y a pas vraiment d’horaire pour moi. J’écris dès que j’ai le temps. Cela peut-être à n’importe quelle heure du jour, souvent également en soirée quand l’inspiration est au rendez-vous et parfois même la nuit, car les personnages d’un roman ne se tiennent pas toujours tranquilles et vous réservent des surprises en vous réveillant !

Seriez-vous tentée par la littérature jeunesse (conte illustré ou roman) ?

Oui, j’ai déjà eu la chance d’avoir un album publié en littérature jeunesse. J’ai effectivement d’autres projets en cours d’écriture dont un roman pour des plus jeunes.

Et vos projets à venir ?

Un roman historique en recherche d’édition, d’autres romans en cours, des nouvelles, une enquête à mener avec un détective privé. Somme toute, l’écriture plus que jamais…



© Entretien, Denis Morin, Béatrix Delarue, 2020
    Photo couleur, Clotilde Delarue, 2020
    Photo noir et blanc, Basile Delarue, 2020

mardi 12 mai 2020

L'âme du manguier de Béatrix Delarue




J’ai connu l’écriture romantique et douce de Béatrix Delarue dans le recueil de poésie D’une mer à l’autre, recueil édité avec une collègue tout aussi talentueuse, Lorraine Lapointe, chacune tenant son segment, son rivage. En plus de l’écriture, Béatrix Delarue dessine très bien.

Cette fois-ci, Béatrix Delarue nous revient en 2020 avec ce superbe roman, L’âme du manguier, dans la collection Magnitudes 5.0 chez JDH Éditions. 

Le personnage de Joséphine embarque à 16 ans sur un navire mouillant dans le port de Marseille. Cette jeune femme malmenée par la vie se refera une vie en Afrique de l’Ouest, soit en Côte d’Ivoire, alors colonie française. Justement, elle deviendra la dame de compagnie de la femme du gouverneur dépressive et murée dans un silence troublant. La présence de Joséphine apaisera la dame. Puis, Joséphine se liera d’amitié avec Mara la cuisinière, Amadou le sage jardinier (qui lui parlera longuement du manguier couvert d’une liane dont la vie s’est retirée partiellement et qui va renaître grâce à ses bons soins), Christie la dynamique journaliste et photographe. 

On peut aussi établir un parallèle entre l’état du manguier et la santé de l’épouse du gouverneur. Cet arbre s’avère aussi être ce qu’elle contemple, pendant que Joséphine lui fait la lecture sur la véranda.

Puis Joséphine trouvera du temps pour aller enseigner à l’orphelinat situé tout au bout du domaine, à quelques lieues de là. Elle fera la connaissance d’un médecin tenant dispensaire, préoccupé aussi du sort des éléphants. D’ailleurs, il se fera tuer par des braconniers. Elle constatera que le gouverneur, impitoyable avec ses ouvriers, peut se montrer un peintre sensible et sensuel.

Par la suite, tout bascule, Joséphine tombe enceinte, en dehors des liens du mariage, mais on ne s’en formalise aucunement dans cette lointaine colonie. Joséphine aurait souhaité un garçon mais naîtront des jumeaux : Jasmine et un garçon mort-né. Joséphine en pleure, en rage, se détourne de sa petite dont la vitalité l’exaspère. D’ailleurs, Jasmine ne saura jamais qui fut son père et pardonnera à sa mère cette froideur et cette distance. Joséphine se mariera avec le contremaître de la plantation. Le couple aura un garçon qui développera une complicité avec sa grande sœur.

Si dans la première partie, on voit la vie de la mère, dans la deuxième partie, on se concentre sur le personnage de Jasmine, une enfant adorable et lumineuse contrairement à sa mère belle, mais au cœur comme une rose flétrie. Mara et Amadou aideront Jasmine à faire le deuil de son double mort avant le berceau. Jasmine développera alors sa personnalité, grâce aux encouragements de Christie. Puis, ce sera le temps de repartir pour la France, à l’heure où la colonie cherche et obtient peu à peu son indépendance de la France.

Ce n’est que du bonheur ce livre avec des descriptions de la Côte d’Ivoire, des explications sur les peuples présents et les coutumes ! Béatrix Delarue, une poète et une romancière à découvrir et à suivre !

Extraits :

« Joséphine sent que le pauvre arbre souffre. Elle perçoit que cette chose (liane) le vide de toute son énergie. Il ne peut même pas se plaindre. Elle a souvent cru que lorsqu’on est au plus mal, les larmes coulent à flots, la pire des douleurs est celle aride, totale, quand toutes les larmes sont épuisées, quand le tourment occulte tous les espaces par lesquels vous mesuriez le monde ou par lesquels ce monde vous mesurait. »

« Mara se tut, car Jasmine épuisée s’était endormie en travers du lit. Sa respiration soulignait le silence d’un trait léger et régulier et Mara la contempla dormir. Puis elle se coucha habillée au bout du lit, les bras contre les chevilles de Jasmine, elle posa son front contre les genoux de la petite fille et elle s’endormit ainsi. Toute la nuit des pas d’enfants résonnèrent dans son cœur. » 

© Photo, texte du billet sauf les extraits de B. Delarue,
    Denis Morin, 2020

dimanche 3 mai 2020

Mises à mort de Suzanne Myre




L’écriture de Suzanne Myre provoque trois effets chez moi. Elle me divertit, elle m’émeut et me fait réfléchir, ce qui est une combinaison gagnante vous en conviendrez. Dans Mises à mort, recueil de nouvelles paru en 2007 aux Éditions Marchand de feuilles, tout tourne de la mort et des pertes que l’on subit : un être cher disparu, un animal frappé par une voiture, un événement que transforme le cours de votre existence, la difficulté de communiquer entre les êtres, etc.

Les titres révèlent parfois l’humour décapant de l’écrivaine : Vile ville, Cadeau d’anniversaire, Câlin manqué, Cellules en l’air, Cendres amères, Ne vous endormez pas !, Félix et le chat, Il l’aime tant, Point de salut, Dans la boîte, La mort d’un dogue, Marie, à mort, Mona se terre.

Dans la boîte, nous avons le point de la veuve enfin débarrassée de son tyran, celui de la gamine qui ne comprend rien en l’étrange cérémonie des adieux qu’est un service funéraire, celui du défunt reposant dans la douceur du satin.

Mon autre nouvelle préférée est Mona se terre où une femme volubile doit calmer sa tête et accepter la disparition de son amoureux lors d’une descente de rapides en canot.

Les nouvelles présentent l’avantage d’une plongée rapide dans l’univers de personnages pittoresques sans perdre des heures à revenir en arrière pour tenter de comprendre une intrigue ou pour se souvenir des liens entre des personnages. On va au cœur du sujet.

À lire Suzanne Myre, si vous aimez une écriture mêlant cynisme et tendresse. Moi, ça me fait un bien fou !

Extraits :

« Alors que Maryse est occupée à flirter avec l’épagneul de Jacques, ou est-ce avec le Jacques de l’épagneul, Hygrade, d’ordinaire si pacifique, se rue sur un « taï-chiant » et lui croque la cheville, cheville qui soutenait le mouvement de « la grue qui prend son envol ». Le petit chien est tenace, il mord dans le pantalon de coton noir… »

« J’ai pensé m’enfuir en soulevant ma jupe pour courir plus vite, comme Julie Andrews dans la Mélodie du bonheur lorsqu’elle gambade dans les prés fleuris en chantant sa joie de vivre. Mais c’était une pensée idiote, comme j’en ai souvent. Je portais des pantalons et je n’avais aucune joie à chanter. Le petit nez rose et rond d’une religieuse est apparu et j’ai pensé à Babe, le petit cochon qui voulait devenir berger. Je pense souvent à des choses incongrues, quand je suis nerveuse. »

© Photo, texte, sauf les deux extraits de S. Myre,
    Denis Morin, 2020

mardi 21 avril 2020

La vie bercée de Hélène Dorion et Janice Nadeau






Certains livres arrivent avec un certain recul jusqu’à nous. C’est le cas de La vie bercée dont les beaux textes poétiques d’Hélène Dorion sont soutenus par les touchantes illustrations de Janice Nadeau. Ce bouquin paru en 2006 aux Éditions Les 400 coups est en apparence conçu pour les enfants, mais j’ose avouer qu’il tout est aussi intéressant à lire pour l’ancien enfant devenu grand. On y évoque les différentes étapes de la vie : les langes, la voix rassurante des parents, la course dans les champs, les rêves d’avenir, l’adolescence, l’affirmation de soi, le départ de la maison familiale, le rapport aux autres membres de la famille, le souvenir gardé des êtres aimés vieillissants ou disparus.

La vie bercée est une belle parabole du cycle de la vie, de la ronde de nos jours. Puissiez-vous laisser traîner ce doux conte poétique sur une table à café pour que vos petits et vos adolescents le feuillettent et amorcent un dialogue avec vous sur le temps qui passe…

Extrait :

« Des années, il t’en faudra
des dizaines pour recoller
tous les morceaux éparpillés
de l’histoire, comprendre,
voir ton père, entendre ta mère,
et toucher les larmes
de ta sœur, de ton frère,
défaire les nœuds
devenus des murs.
Des dizaines d’années, il faudra
des dizaines d’années
pour rouvrir les passages
jusqu’au cœur, et qu’il ne reste
que l’amour, juste
l’amour entre chacun. »

© Photo, texte du billet, sauf l’extrait de H. Dorion,
    Denis Morin, 2020

samedi 18 avril 2020

Les lieux de Marie-Claire Blais, Marie-Claire Blais et Lise Gauvin



Comme il est bon parfois de se tourner vers les lieux où l’on a vécu pour décrire son parcours. Les Éditions Nota Bene proposent en 2020 Les lieux de Marie-Claire Blais. Au début, Lise Gauvin songeait à une biographie, puis s’est ravisée pour proposer à Marie-Claire la formule d’entretiens. Cela donne un livre très pertinent sur cette écrivaine à la défense des marginaux et de différentes causes. Par le biais de cet ouvrage, on a droit à une sorte de survol historique et culturel du Québec, du Canada, de la France et des États-Unis.

Québec, Paris, Key West, Montréal, Key West sont les villes dont on traite et où certains entretiens ont eu lieu entre ces deux grandes amies. De plus, des photos de Marie-Claire Blais, des œuvres picturales de l’écrivaine, des lettres de Réjean Ducharme et des extraits de Soifs Matériaux (adaptation théâtrale du cycle de romans par Denis Marleau) s’ajoutent aux entretiens.

Pour un cours d’histoire de la littérature et des arts en Amérique du Nord, ajoutez ce livre à votre bibliothèque sans faute.

© Photo, texte du billet,
    Denis Morin, 2020


dimanche 5 avril 2020

L'Infini Temps et Tous les Ciels de Ghislaine LaVoie


Ghislaine Lavoie ou LaVoie, c’est d’abord et avant tout Ghislaine LaVoix que j’entends lorsque je lis sa poésie intimiste, son regard porté sur sa vie, les saisons, son époux, les générations, le fleuve Saint-Laurent. En fine observatrice, elle voit tout, elle ressent tout et elle décrit finement son environnement et son monde intérieur. Elle est une eau limpide qui roucoule comme ruisseau au matin de Pâques.

En 2019, elle a fait paraître deux recueils de poésie L’Infini Temps et Tous les Ciels qui recèlent des réflexions inspirées et inspirantes sur le temps qui passe et sur les ciels, en fonction des états d’âme. Elle ne cherche pas à épater la galerie par de savantes arabesques littéraires, mais juste à être qui elle est, une femme de cœur. J’ai perçu son admiration pour Félix Leclerc et Gilles Vigneault au travers de certaines images comme doux clins d’œil faits à ces deux pionniers de la culture française en Amérique et chantres de la francophonie.

Vous pouvez la contacter via Facebook, si vous souhaitez vous procurer ces deux livres.

Extraits :

« La verdeur naît chaud en mes rimes lisses, dans les paysages dont je m’habille, dans les herbes à genoux que cent mains de vent soulèvent. Si je regarde mieux, le monde est rempli d’oiseaux détachés qui s’en vont réchauffer un ailleurs. Mais je reste inclinée sur la page et les nids recommencent, puis je ne gis plus au pied des mots, syllabes en cendres dispersées. Puis je m’accorde racines. »

« Ma plus sage maison
Est celle que j’habite
Tout au-dedans de moi
Sans peur et sans limite
À l’écho de ma voix
Toute ma vie s’y passe et ma respiration
Se trouve en ce lieu-là. »

© Photo, texte du billet, sauf les extraits de la poète,
    Denis Morin, 2020