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mardi 12 mai 2020

L'âme du manguier de Béatrix Delarue




J’ai connu l’écriture romantique et douce de Béatrix Delarue dans le recueil de poésie D’une mer à l’autre, recueil édité avec une collègue tout aussi talentueuse, Lorraine Lapointe, chacune tenant son segment, son rivage. En plus de l’écriture, Béatrix Delarue dessine très bien.

Cette fois-ci, Béatrix Delarue nous revient en 2020 avec ce superbe roman, L’âme du manguier, dans la collection Magnitudes 5.0 chez JDH Éditions. 

Le personnage de Joséphine embarque à 16 ans sur un navire mouillant dans le port de Marseille. Cette jeune femme malmenée par la vie se refera une vie en Afrique de l’Ouest, soit en Côte d’Ivoire, alors colonie française. Justement, elle deviendra la dame de compagnie de la femme du gouverneur dépressive et murée dans un silence troublant. La présence de Joséphine apaisera la dame. Puis, Joséphine se liera d’amitié avec Mara la cuisinière, Amadou le sage jardinier (qui lui parlera longuement du manguier couvert d’une liane dont la vie s’est retirée partiellement et qui va renaître grâce à ses bons soins), Christie la dynamique journaliste et photographe. 

On peut aussi établir un parallèle entre l’état du manguier et la santé de l’épouse du gouverneur. Cet arbre s’avère aussi être ce qu’elle contemple, pendant que Joséphine lui fait la lecture sur la véranda.

Puis Joséphine trouvera du temps pour aller enseigner à l’orphelinat situé tout au bout du domaine, à quelques lieues de là. Elle fera la connaissance d’un médecin tenant dispensaire, préoccupé aussi du sort des éléphants. D’ailleurs, il se fera tuer par des braconniers. Elle constatera que le gouverneur, impitoyable avec ses ouvriers, peut se montrer un peintre sensible et sensuel.

Par la suite, tout bascule, Joséphine tombe enceinte, en dehors des liens du mariage, mais on ne s’en formalise aucunement dans cette lointaine colonie. Joséphine aurait souhaité un garçon mais naîtront des jumeaux : Jasmine et un garçon mort-né. Joséphine en pleure, en rage, se détourne de sa petite dont la vitalité l’exaspère. D’ailleurs, Jasmine ne saura jamais qui fut son père et pardonnera à sa mère cette froideur et cette distance. Joséphine se mariera avec le contremaître de la plantation. Le couple aura un garçon qui développera une complicité avec sa grande sœur.

Si dans la première partie, on voit la vie de la mère, dans la deuxième partie, on se concentre sur le personnage de Jasmine, une enfant adorable et lumineuse contrairement à sa mère belle, mais au cœur comme une rose flétrie. Mara et Amadou aideront Jasmine à faire le deuil de son double mort avant le berceau. Jasmine développera alors sa personnalité, grâce aux encouragements de Christie. Puis, ce sera le temps de repartir pour la France, à l’heure où la colonie cherche et obtient peu à peu son indépendance de la France.

Ce n’est que du bonheur ce livre avec des descriptions de la Côte d’Ivoire, des explications sur les peuples présents et les coutumes ! Béatrix Delarue, une poète et une romancière à découvrir et à suivre !

Extraits :

« Joséphine sent que le pauvre arbre souffre. Elle perçoit que cette chose (liane) le vide de toute son énergie. Il ne peut même pas se plaindre. Elle a souvent cru que lorsqu’on est au plus mal, les larmes coulent à flots, la pire des douleurs est celle aride, totale, quand toutes les larmes sont épuisées, quand le tourment occulte tous les espaces par lesquels vous mesuriez le monde ou par lesquels ce monde vous mesurait. »

« Mara se tut, car Jasmine épuisée s’était endormie en travers du lit. Sa respiration soulignait le silence d’un trait léger et régulier et Mara la contempla dormir. Puis elle se coucha habillée au bout du lit, les bras contre les chevilles de Jasmine, elle posa son front contre les genoux de la petite fille et elle s’endormit ainsi. Toute la nuit des pas d’enfants résonnèrent dans son cœur. » 

© Photo, texte du billet sauf les extraits de B. Delarue,
    Denis Morin, 2020

samedi 29 septembre 2018

D'une mer à l'autre de Beatrix Delarue et Lorraine Lapointe


Le destin nous trouve des frères et des sœurs au-delà de nos propres familles.  Ce fut le cas de Beatrix et de Lorraine.

La première est française. Elle enseigne aux petits, dessine, prend soin de ses enfants et de son mari, aussi mystérieuse et secrète qu'une Isabelle Huppert en dehors d'un plateau de tournage.

La deuxième est québécoise. Elle écrit, dessine et crée des personnages depuis l'enfance.  Elle est exubérante et sympathique, quelque peu Bécassine parfois lors de ses sorties de scène. Elle est l'ange gardien de ses proches.  Vous aurez compris que ces deux poétesses devaient se rencontrer, toutes complémentaires qu'elles le sont en écriture que dans la vie.

En 2015, elles éditaient chez Edilivre, le recueil de poésie D'une mer à l'autre, oeuvre hybride à deux voix.  Lorraine y occupe le premier segment, alors que Beatrix tient le deuxième.

On y parle de souvenirs, d'amours transies, de tendresse, de retrouvailles, d'ancêtres, de marins disparus en mer, d'enfants qui jouent sur une plage de sable.

Mon opinion, la voici.  J'aime ces mots de femmes qui (se) racontent par le biais de personnages d'aujourd'hui et d'hier.  Puissent-elles nous revenir bientôt !

Voici Lorraine :
« Là-bas sur la berge, cette femme l'attend,
Yeux bleus de mer calme, sa robe aux quatre vents
Elle semble pleurer au son doux de la vague...
Lui, le marin sur une autre rive divague. »

Voici Beatrix :
« Puis j'ouvrirai la cage et son trésor d'espoir
Vers la mer nous irons, au loin les mascarades !
Du songe de l'aube ou jusqu'au songe du soir
Jeter notre chagrin et toutes les charades. »



© billet, photo, Denis Morin, 2018