samedi 1 août 2020

L'apparition du chevreuil d’Élise Turcotte



Élise Turcotte est une femme de lettres québécoise s’étant méritée à maintes reprises des prix prestigieux. Elle enseigne aussi la littérature à Montréal.

Dans L’apparition du chevreuil, roman publié en 2019 chez Alto, Élise Turcotte nous présente une écrivaine émancipée et convaincue qui doit prendre ses distances des médias sociaux où elle reçoit des menaces à peine voilées d’un militant de l’extrême-droite. Ces points de vue divergents sur l’éducation de son neveu l’ont fait prendre ses distances de sa famille, de sa sœur trop soumise et surtout du beau-frère qui souhaite transformer un garçon rêveur et craintif d’à peine six-sept ans en un garçon courageux qui n’a pas peur des bruits de la forêt et des grognements d’un ours. L’écrivaine ira se réfugier dans un chalet en plein hiver pour avoir la sainte paix, jusqu’au jour où son beau-frère surgira et qu’elle comprendra que son neveu a été enlevé par son père dans une cabane abandonnée tout près de là.

Je n’en dirai pas plus afin de ne pas dévoiler l’intrigue ni rompre le charme de ce roman avec son lot de métaphores. Justement, ce roman me donner le goût d’aller découvrir ses recueils de poésie.

À découvrir !

Extrait :

« Quand son père part travailler, au début de la soirée, l’enfant vient me chercher en vélo pour aller au parc du héron. C’est notre secret, un rituel ; ainsi, je lui apprends à mentir, la sœur aussi, par omission. Depuis l’épisode du chien, une menace plane sur la petite famille. L’enfant a parlé d’un fusil, il se demande si son père a tué le chien, il se demande si sa mère va mourir. Au parc du héron, il s’assoit près de moi et le demande… »

© Photo, texte du billet, sauf l’extrait de É. Turcotte,
    Denis Morin, 2020

dimanche 26 juillet 2020

Sanction de Ferdinand Von Schirach


Ferdinand Von Schirach est un écrivain allemand qui s’intéresse à la justice et aux meurtres. Je suis tombé en librairie sur Sanction, un recueil de nouvelles publié pour l’édition française en 2018 chez Gallimard.

De prime abord, j’ai trouvé le style précis mais terne comme un jour de pluie, puis peu à peu je me suis abandonné à ces histoires où tout devrait bien aller, mais où rien ne va… quand une jurée voulant se désister fait gagner un procès pour des crimes sordides, qu’un vieil homme tranquille se fait harceler par des écoliers ou qu’un collier de perle laisser intentionnellement au sol vous fait tomber avant de vous rendre paralysé pour le reste de vos jours.

Ce recueil est construit selon une gradation dans l’intensité. Ici quelqu’un ne chute pas d’un balcon par accident. L’auteur nous livre les tenants et les aboutissants. On glisse alors pourquoi certains personnages disparaissent, comme par exemple, à la suite de la visite d’un voisin devenu fou par la solitude.

Je recommande la lecture de ce recueil de nouvelles à la croisée de littérature psychologique et du roman noir.

Extrait : « Quelques mois après cette journée en Normandie, j’ai commencé à écrire. C’est devenu trop pour moi. La plupart des gens ignorent tout de la mort violente, ils ne savent pas à quoi elle ressemble, l’odeur qu’elle a et le vide qu’elle laisse derrière elle. J’ai pensé à ceux que j’avais défendus, à leur solitude, leur étrangeté et leur effroi face à eux-mêmes… »

© Photo, billet, sauf l’extrait de F. Von Schirach, Denis Morin, 2020 


dimanche 19 juillet 2020

Star Miaou de Josée Paquet




Josée Paquet est rédactrice au quotidien. Mère de trois enfants (deux fils adultes et un fils pré-adolescent), ce fut tout naturellement qu’elle s’est intéressée à la pédagogie et à la littérature-jeunesse.

Dans Star Miaou, l’autrice n’invente pas la roue avec cet épisode 4.1 paru en 2020 au Québec chez Victor et Anaïs, mais nous fait sourire avec les personnages de Star Wars qu’elle a transposés dans le monde félin. Ainsi, nous verrons évoluer entre autres Luke Catwalker, Chabi-Wan Catobi et Cat Vador, sans oublier que l’Étoile Noire prend l’allure de La Méga Boule De Laine Noire ! Très bonne trouvaille. Cette adaptation m’a bien fait rigoler. Les dessins sont amusants et beaux. Je recommanderais cette lecture à des gamins de 9 à 11 ans avant de leur faire découvrir les différents opus cinématographiques Star Wars.

L’autrice a l’intention de puiser aussi dans la saga Star Wars pour les épisodes 4.2 et 4.3. Ça promet.

Si j’étais l’éditeur, je lancerais le défi à Josée Paquet de se lancer sans filet avec ces personnages pour les amener vers d’autres aventures.

À suivre.

© Photo, billet, Denis Morin, 2020



jeudi 16 juillet 2020

Entretien avec Charles Sagalane


Charles Sagalane est un poète jeannois que j’ai eu le plaisir de découvrir lors d’un Dimanche en poésie, événement culturel organisé à Saint-Eustache en février 2020 par l’association Toulèsarts. Par la suite, j’ai lu les recueils de poésie de cet auteur fort original, érudit et enjoué. Notre entretien virtuel s’est fait par le biais du courriel. Les photos furent prises par moi, lors du passage du poète dans le Vieux-Saint-Eustache. Bonne découverte.

La poésie, est-ce elle qui vous a choisi ?

La poésie me choisit à sa façon, librement, loin des écoles et des règles, loin du poème même.  Un thème m’environne – la saveur, le costume, les objets... – et je vais à sa rencontre. Chaque réalité possède sa part chantante. Je ne crois pas dans les genres. Le Clézio écrivait déjà dans L’extase matérielle : « Évidemment les genres littéraires existent, mais ils n’ont aucune importance. » Dans mon approche du texte, j’expérimente plutôt les régimes d’écriture, les tonalités et les lexiques. Je puise dans les pratiques – artistiques et autres – et je varie les postures de création. Au cœur de ce laboratoire de lettres, je ne recherche pas à tout prix la distillation élevée que l’on reconnaît à la poésie – qu’on songe à la métrique à la Dante ou de Mallarmé, aux images de Miron ou d’Anne Hébert. J’aime demeurer hybride. Je me passerais volontiers d’une étiquette de genre. C’est un impératif commercial et institutionnel avec lequel je compose.

Pourquoi ce genre littéraire plutôt qu’un autre ?

Pourquoi ce que j’écris a-t-il une teneur lyrique assez marquée ? À cause de l’humain derrière la plume, sans doute. Comme je ne crois pas aux genres, je pose ma réflexion en amont. J’écris – c’est beaucoup moins extensif que créer. Comment écrire plus largement, plus entièrement ? Je fais de la littérature – c’est déjà un territoire qui contraint. Comment élargir cette pratique qui consiste à jouer de la lettre, de la page, du sens et du livre ? Vers où pousser la limite du langage, de l’affichage, de l’édition, de la graphie ? Quand Thoreau explore les méandres de son esprit botanique, philosophique et lyrique dans Walden, il déborde les genres et les disciplines. C’est ce que je demande à ma pratique. Sans perdre de vue qu’il s’agit de toucher un lectorat, de le sentir proche et complice. Je suis un enthousiaste, un rêveur, un butineur. J’aime avant tout la brièveté. Comme j’aimais les blocs Lego : parce qu’ils construisent des mondes variables. Toutes les formes brèves m’attirent : le pantoun et le haïku, le sonnet et le rondeau ; mais aussi le caractère à la manière de La Bruyère, la nouvelle (bijou mésestimé de notre tradition occidentale), le microrécit qu’explore Régis Jauffret... Ainsi votre question devient : qu’est-ce qui motive la forme de mes écrits? Disons que je chemine avec un tempérament de poète, mais que je me sens écrivain. La poésie est un carrefour où me ramènent mes écrits – de narration, de dialogue, de réflexion. Et la littérature est le pays d’origine auquel je reviens avec toutes mes échappées – performance, Land-Art, installations, interventions et arts de lettres.

Votre poésie est multisectorielle. Elle touche l’histoire de l’art, les archives familiales, les jeux. Que dites-vous pour votre défense ?

Je plaide coupable. Aucune circonstance atténuante, si ce ne sont les limites de ma constitution, le poids de mon hérédité et la force de mon conditionnement. Vous avez trouvé le motif que nous cherchions tout à l’heure et qui me pousse à écrire : partir d’une archive personnelle, jouer à la faire parler en regard de ce l’Histoire de l’art peut m’inspirer.

Dans vos recueils, il y a le concept du Musée Moi qui revient. A-t-on droit ici au conservateur des objets ?

Il y a tellement d’employés dans ce bazar-là ! Et c’est moi qui dois tenir tous les rôles. Concierge, homme à tout faire, responsable des services administratifs, directeur du financement, responsable des communications, concepteur et rédacteur, bibliothécaire de survie en chef… Conservateur des objets me plait bien. Réparateur aussi. Pas jeteur, en tout cas.

On en revient au jeu et à la pédagogie. Pouvez-vous nous parler du concept de bibliothèque de survie ?

Je termine un manuscrit de 80 000 mots pour répondre à une telle question… Disons que c’est une folle entreprise. J’ai eu l’idée que ce sont les livres qui nous sauvent et que j’allais faire vivre une bibliothèque sauvage sur les îles de mon village. Pendant huit ans, j’ai pris soin des lieux et retracé les interactions avec les visiteurs-lecteurs. J’ai poursuivi mon irrésistible inspiration jusqu’à placer des bibliothèques dans les communautés francophones de la Cap Sainte-Marie, en Nouvelle-Écosse, jusqu’à La Fourche, au Manitoba. Des écrivains ont été mes bibliothécaires de survie et m’ont guidé dans des paysages littéraires incroyables. Tout ce temps, j’ai tenu un journal de l’aventure, cueilli des haïkus et marié des îles. Les gens auront un aperçu de mes péripéties sur mon site d’auteur : http://www.sagalane.com/livres/17-biblio.

Ne trouvez-vous pas que les bibliothèques de survie rejoignent en quelque sorte les caches de nourriture chez les Autochtones, en particulier chez les Inuits avec les inukshuk (servant de cache et de repère visuel) ?

Tout à fait. Notre appartenance au territoire nécessite ce jeu de cachette pour qui veut survivre de manière traditionnelle. Moi je cache des livres, parce que je veux survivre à l’ennui. La culture est ma bouée. Et j’apprécie énormément ce que la nature cache : des petits atocas, des pins pour protéger du soleil, du granit pour résister à la vague, des panoramas splendides… Le géocaching a eu sa part dans la mise en branle du projet. L’idée de trouver un trésor – recueil de poésie, récit, album pour enfant – redonne au lecteur une pulsion cachée. Et la beauté du territoire se charge du décor de lecture. La réalisation de ma bibliothèque a été profondément ancrée dans le cycle des saisons, autre particularité des cultures autochtones. La vie des livres ne doit pas se couper du dehors.

Les enfants vous perçoivent-ils comme les grands ?

C’est une magnifique question, parce qu’elle vient du cœur. Une question d’enfant, directe et fulgurante. Les enfants vont vite à l’essentiel dans ma démarche. Ils jettent par-dessus bord la raison et le calcul, ils font confiance à leur fantaisie, gonflent les voiles de leurs élans joueurs et de leurs rêves possibles – et nous partons à l’aventure. Ils me voient pour l’excentrique libre et heureux que je me plais à être.

Avez-vous déjà songé à écrire de la littérature jeunesse et au conte (qui rejoint la poésie) ?

Les enfants me le demandent souvent, ils me suggèrent des idées et des titres. Ils ont raison. Mais je n’écris pas plus par âge que par genre… (Nous retombons dans la première question.) J’ai tout de même un curieux projet de fables, ciblant jeunes et moins jeunes. J’aurais peut-être besoin de quelques clones au Musée Moi pour réaliser tout ça ! Tout de même, mes projets scolaires me permettent d’exploiter l’univers merveilleux de l’enfance – un cirque littéraire, un Bazar des Objets Ultra-Merveilleux, une légende de plumes… Je crée beaucoup avec les enfants, et pas seulement pour eux.

Être poète en région, cela fait-il de vous un voyageur curieux d’explorer le monde ?

Vous me mettriez dans la jungle que je voudrais voir l’Arctique, dans les steppes que je rêverais de mégapoles…  Je suis un gourmet insatiable.

Y a-t-il un projet d’exploration littéraire dans l’air ?

Plusieurs. La publication de 17bibliothèque de survie est prévue en mars 2021. J’ai reçu une subvention de création pour me consacrer à l’écriture de 84promenade du statuaire, dialogue lyrique avec la statue de Polycarpe Moreau, en son cimetière d’Hébertville-la-Station. Et quelques projets mijotent – sur les jardins, les temples, la science, les sports… Pas de quoi m’ennuyer donc, la survie est belle.



© Entretien et photos, Denis Morin, Charles Sagalane, 2020

vendredi 3 juillet 2020

Natalia Z. de Chantal Garand




Dans la vie, le hasard existe-t-il ? Question en apparence tout banale, pourtant d’une très grande pertinence. En voici, un exemple, j’avais chez moi le roman Natalia Z. de Chantal Garand publié en 2018 chez Annika Parance Éditeur. J’aime l’œil qui scrute sur fond doré et marron. J’avais ce livre parmi une pile de livres à lire. Étant un bibliophile assumé, il me faut une centaine de bouquins qui attendent mon iris pour me sentir bien. Il me faut des plantes, des livres, du thé, du vin blanc.

Ce livre passe très bien à travers le temps puisque des versions en norvégien et en ukrainien sont au calendrier des parutions dans ces pays respectifs.

Chantal Garand vit en Norvège depuis 2003 où elle travaille à l’intégration des immigrants. Hormis ce travail et quelques prix littéraires qui confirme son talent, cette écrivaine se fait très discrète. Elle observe le cours des jours. Vous la retrouverez sur Facebook et Twitter.

Revenons au hasard concernant ce roman. Je m’étais dit que je le lirais cet été tranquille sur ma terrasse. Or, la période de confinement fit en sorte que je me suis retrouvé à rédiger un roman sur une Québécoise vivant en France à la recherche de sa fille au Québec. Oh surprise ! Dans Natalia Z., c’est le fils Tollef, citoyen norvégien, qui est à la recherche de sa mère biologique, une Polonaise d’origine ayant passé une partie de la Deuxième Guerre mondiale en Norvège, comme tenu de sa maîtrise des langues. Tollef sera aidé dans sa quête des origines par Jeanne, une Québécoise habitant en Norvège. Chantal Garand et moi, nous avons été dans une similitude thématique.

Donc, j’ai été ravi par la manière dont Chantal Garand a mené cette histoire de Natalia qui se confie à Jeanne, mais qui cache des pans de son passé à son fils. Que faut-il dire, rogner du passé ? Hier appartient-il aussi à notre descendance ? Jusqu’où peut-on se révéler sans chambouler se propre vie tenue en équilibre sur un fil de barbelé ?

Si vous vous intéressez à l’histoire européenne au 20e siècle et que vous avez un intérêt pour l’Europe de l’Est et la Norvège, cette fascinante histoire est pour vous.

On attend le prochain opus de Chantal Garand avec impatience.

Extraits :

« Pour qui opterais-tu ? Celui qui a le droit de savoir ou celle qui a le droit de se taire ? Penses-y. Tu pourrais très bien te retrouver dans cette situation. Cela dit, je sais très bien que tu ne feins pas l’estime que tu lui portes. Absolument pas. Tu as une réelle affection pour elle, je le sens. Si elle avait mené la vie de n’importe quel quidam, elle vous en parlerait volontiers, le radoterait sans cesse, comme le font tous les vieux. Alors ? Qu’est-ce à dire ? À mon avis, il y a anguille sous roche. »

« Les synagogues et les églises se succèdent, mais elles n’y entrent pas. Elles se sentent légères, elles flottent. Elles traversent les saisons et l’été est là. Dans leurs robes de coton, elles se retrouvent devant les amuseurs publics et les avaleurs de feu qui se tiennent à l’entrée du parc Stryjsky. Maria lui donna quelques zlotys pour qu’elle aille les jeter dans le chapeau déposé sur le sol. Elles achètent des épis de maïs grillés et demandent au garçon de les saler généreusement. Elles marchent le long de l’étang et vont s’asseoir sur un banc, elles commentent la beauté des cygnes blancs et leur plumage brillant. Maria la prend dans ses bras, la berce affectueusement et lui dit « ne m’oublie pas ».

© Photo, texte du billet, sauf les extraits de N. Garand,
    Denis Morin, 2020


Nota Bene : L’icône sur laquelle j’ai posé le livre est une reproduction de l’icône de la Trinité de Saint André Roublev.


jeudi 18 juin 2020

96Bric-à-brac au bord du lac de Charles Sagalane



Dans 96Bric-à-brac au bord du lac paru en 2018 chez La Peuplade, le poète Charles Sagalane est un turbulent gamin qui joue des onomatopées comme un bûcheron jouerait de l’harmonica un soir au camp pour distraire agréablement ses collègues éreintés par l’effort du jour.

Ce poète tient à la fois du galeriste et de l’homme compulsif, conscient du temps qui passe, trop conscient justement pour pouvoir se départir d’un truc banal pour les autres, mais d’une madeleine de Proust pour lui.

Il lui arrive parfois de rédiger un poème en forme de clef anglaise, d’emprunter des extraits de livres à la page 96 et d’en glaner des mots pour créer un poème. Il rit de lui-même en parlant de sa manie de tout accumuler : objets ramenés de voyage au village voisin ou de Katmandou, outils du père ou de l’oncle, instruments quelconques empruntés à un cousin lointain. En fait, tout est prétexte à accumuler dans le chalet, dans la remise à l’arrière du chalet une foule d’objets hétéroclites ayant servi, qui servent encore ou qui ne serviront plus. Le poète détenteur de ce Musée-moi pige dans tout ce fatras matière à poésie, comme si l’ordinaire se couvrait de mica que l’on prendrait pour de l’or. Nos ancêtres français se sont laissés prendre, mais les lecteurs contemporains goûteront cette poésie ludique à souhait, empreinte de nostalgie et légèrement déjantée.

Ce poète à découvrir est issu du Saguenay où bien des artistes tels Arthur Villeneuve ont su ajouter leurs couleurs toniques et vivifiantes aux cultures québécoise et canadienne.

Extraits :

« Boussole
tu te rendras
précisément
où tu te dois
mais n’oublie pas
tu ne parles pas
à une page
tu demandes
tes mots
à des cœurs
de passage »


« Mise à jour
la nouvelle version
comprend
une touche
compassion
une douceur
d’exécution
qui accroît
le jugement
et suffisamment
de mémoire
pour aimer
bien longtemps »

« Lu dans les pensées du père ramasse
je te prête
mes outils
tout ce que tu veux
dans l’établi
mes serre-joints
sont encore chez vous
pis mon souffleur
à feuilles
il est où ? »

« Miss Underwood
ma machine
à écrire
ses petits yeux
noir fesse
fut frappée
amoureuse
d’un piano
à queue
elle l’adora
de toutes ses lettres
il la quitta
staccato »


© Photo, texte du billet, sauf les extraits de C. Sagalane,
    Denis Morin, 2020



dimanche 14 juin 2020

Entretien avec Juan Joseph Ollu


Les terrasses étant fermées, je me suis rendu chez l’écrivain pour partager une bouteille de merlot australien en son salon chacun à son bout de sofa. La vie et la littérature suivent leur cours. L’imaginaire n’est jamais en repos. Il lui suffit d’un personnage, d’une idée, d’une émotion pour que s’amorce un projet d’écriture. De cette discussion autour de l’écriture, il en a résulté cet entretien.  Bonne découverte.


Que représente un livre pour vous ?

Une multitude de choses. Beaucoup de plaisir et de découvertes d’abord. Ensuite il y a l’objet : qu’il soit précieux, ancien, neuf ou de poche, un livre est toujours beau. J’ai grandi parmi eux et depuis toujours ils sont un élément essentiel du décor qui m’entoure, de mes voyages d’où j’en ramène toujours. Il me semble que je n’en posséderais jamais assez ! Je lis beaucoup, mais je relis aussi ; c’est ainsi qu’un livre pour moi, c’est un complice, un vieil ami que l’on retrouve avec joie… ou mélancolie.

Quelle place occupe l’écriture dans votre vie ?

Une place centrale, bien sûr ! Je n’écris pas sans cesse, bien sûr, et le rythme n’est pas toujours régulier, mais je ne peux pas imaginer une existence sans l’écriture. On peut aimer ou ne pas aimer, mais dans la vie, écrire est ce que je sais faire de mieux, c’est ce qui m’apporte le plus de satisfaction. C’est parfois frustrant, difficile, laborieux, mais j’ai une chance inouïe de pouvoir m’y adonner. C’est mon mode d’expression, c’est ce qui me permet de continuer à avancer malgré les aléas, et ça m’apporte beaucoup.

Écrivain du matin, de l’après-midi ou du soir ?

J’aimerais répondre plus précisément mais j’écris un peu n’importe quand, même s’il est vrai que mes idées sont plus claires le matin et le soir que l’après-midi. En revanche je préfère l’été et dans une moindre mesure la fin du printemps et le début de l’automne, car j’aime écrire dehors. Écrire la nuit en plein été, c’est formidable.

Écrire, c’est de famille ou non ?

Écrire précisément, pas tout à fait, même si mon père s’y est adonné, sans toutefois poursuivre dans cette voie. Mais l’amour du livre, de la littérature et des arts en général, ça oui, sans aucun doute. Ça m’a été inculqué au berceau et d’aussi loin que je me souvienne, la culture a joué un rôle primordial dans ma vie et dans certains choix importants.

La littérature peut-elle être représentative d’un peuple ?

Ça, ça mériterait une longue discussion !


Votre écriture est très cinématographique, verriez-vous Un balcon à Cannes ou Dolce vita au grand écran ?

J’adore le cinéma et sans hésitation, je serais extrêmement heureux de voir Dolce vita ou des nouvelles extraites d’Un balcon à Cannes transposés au grand écran. Ce serait un rêve. Ce serait aussi très flatteur qu’un scénariste ou un réalisateur juge mon univers assez intéressant pour se l’approprier et l’interpréter. Ce serait un projet artistique passionnant. Maintenant, je ne sais pas quel effet cette interprétation me ferait, je ne sais pas quelle serait ma réaction devant le visage, la voix et le physique de personnages sortis tout d’abord de mon imagination… c’est l’inconnu et ça m’intrigue. Mais si l’occasion se présentait et que le projet me semblait de qualité, je n’hésiterais pas. Je demanderais peut-être même à apparaître en caméo !

Dans Dolce vita, il y a Adrien pris entre Alejo (dont il n’arrive pas à décrocher) et Maximilien (qui assume bien ses désirs). Au niveau de l’univers LGBT, avez-vous le sentiment de poursuivre à votre façon l’œuvre d’écrivains comme Yves Navarre ou Jean Genest.

À ma façon peut-être. Ce serait un beau compliment. Mais je n’oserais pas me prétendre l’héritier de ces écrivains que j’admire et que j’apprécie beaucoup mais qui ne m’ont pas particulièrement inspiré. J’irais plutôt vers Cocteau, Sagan, Beauvoir, Henry James ou – même si on l’a relativement oublié - Philippe Hériat, qui a écrit un magnifique roman d’éducation sentimentale ambiguë, L’innocent. Ce qui m’intéresse, ce sont les relations humaines et leurs complications, leur profondeur. En revanche, et c’est indéniable, le militantisme et le courage de ces grands écrivains ont certainement quelque chose à voir avec la transformation et la longue évolution de la vision que l’on a de ce qu’on appelle aujourd’hui l’univers LGBT. Et peut-être que sans eux, des personnages comme Maximilien, dans Dolce vita, ne vivraient pas leur sexualité comme ils la vivent, c’est à dire en l’assumant, sans façon et naturellement. En toute liberté. Comme tout le monde devrait pouvoir le faire, peu importe le sexe, la culture, l’orientation sexuelle ou la classe sociale.

Vous arrive-t-il de mener de front deux projets simultanés ?

Oui. Pas toujours, mais ça m’arrive. Passer d’un projet à l’autre me permet de respirer, de me changer les idées tout en continuant à écrire et à créer. C’est ainsi que j’ai écrit parallèlement un recueil de nouvelles et un roman. J’arrive pour l’instant à passer d’un univers à l’autre et à éviter les répétitions…

L’état de grâce face à la littérature, ça existe ?

Ça existe, ça oui, à la fois en tant qu’écrivain ou que lecteur. Rien n’est plus formidable que s’immerger dans l’univers d’un écrivain ou d’un artiste, d’ailleurs. Ça vaut pour le cinéma, la peinture ou la musique. Plus troublant mais tout aussi intense : se laisser emporter par son propre univers quand il prend son envol, quand les personnages commencent à évoluer par eux-mêmes et vous dépassent…

Voudriez-vous traduire des écrivains hispanophones vers le français ?

Je pense que ce serait un exercice très intéressant mais je ne suis pas sûr d’avoir les compétences pour traduire de la littérature. C’est un travail énorme que de traduire un auteur, un monde, des sentiments… J’admire ceux qui ont ce talent. Et aussi, peut-être encore plus ceux qui traduisent de la poésie. Ça, ça me semblerait tout à fait impossible.

Seriez-vous poète à vos heures ?

Je ne sais pas si je pourrais avoir l’audace de me considérer poète mais j’écris en effet de la poésie. Principalement de la prose poétique. C’est un mécanisme de création qui diffère radicalement du roman ou de la nouvelle et qui me détend. J’ai écrit un recueil de poésie au cours de la dernière année, que j’ai intitulé Les poings dans les poches. C’était la première fois que mes poèmes faisaient partie d’un projet précis, d’un ensemble. J’ai beaucoup aimé le rédiger, mais en ce moment j’avoue que je ne sais pas trop quoi en faire, alors je le laisse de côté. J’aimerais bien qu’il devienne un livre et qu’il ait sa vie à lui mais il faudrait pour cela que je me décide à le faire lire, à le présenter et pour l’instant je ne suis pas tout à fait prêt.

Et vos projets d’écriture à venir, quels sont-ils ?

J’ai un recueil de nouvelles intitulé Présents composés qui devait sortir en mai et qui a été repoussé à l’automne prochain. J’aurais bien aimé une publication au printemps mais vu les circonstances… et puis le livre est fini donc je suis à la fois heureux et impatient ! Sinon je termine actuellement un roman dont l’action se déroule entre l’Italie et le Liban, avec un passage à Montréal. Le tout reste à peaufiner, bien sûr. Parallèlement il y a le recueil de poèmes que j’ai mentionné précédemment… À suivre !




© Billet et photos, Denis Morin, Juan Joseph Ollu, 2020

samedi 13 juin 2020

Partir de Christian Lemieux-Fournier




« La vie fait très bien les choses… » comme le dit se bien ma mère. Je vous explique pourquoi tout de suite. Un vendredi, ma mère me téléphone avec sa voix affaiblie pour me dire qu’elle entrait à l’hôpital le lendemain, car le cœur ne va plus. Or, ce même jour, Postes Canada sonne à ma porte. J’ouvre et je trouve Partir de Christian Lemieux-Fournier avec cet arbre-ballon qui monte dans le ciel. Les larmes me viennent aux yeux.

Ce livre de récits personnels vient de paraître en 2020 chez Les Éditions Sémaphore. En contemplant la couverture, je vois un signe. Cela fait depuis deux mois que je dis à ma mère que le Ciel l’appelle.

En privé, j’accuse réception du bouquin à Madame Lise Demers qui dirige la maison. Elle me répond aussitôt en mots rassurants. Merci beaucoup. Ma mère est retournée à la maison, mais le temps lui est compté.

Dans les jours suivants, je lis cinq-six pages chaque soir. Je goûte mon plaisir par fragments. L’auteur très sympathique nous raconte dans une prose accessible et sincère les souvenirs qui le lient à sa mère la rebelle et résiliente, à son père l’infatigable travailler, à Josée la sœur courageuse qui presque mourante planifie un voyage-éclair dans la Grosse Pomme, à Xavier le neveu adorable, à Noémie et à Colin les enfants qui pousse leur père à expérimenter le parachute et la montgolfière, à Michèle l’épouse-fée discrète mais combien efficace.

Ces récits si beaux, si authentiques nous soulignent que nous évoluons reliés les uns aux autres qu’ils soient vivants ou disparus.

Merci à l’auteur pour ce partage émouvant mais jamais mièvre. Le bonheur, il le connaît.

Extraits :

« Je me souviens. De tant et tant de choses. Et d’autres encore, de quoi remplir des pages et des pages. Mais j’ai beau chercher, nulle part je ne trouve, dans aucun dictionnaire, livre, encyclopédie, ouvrage de référence, anthologie, comment j’ai pu oublier, avec une telle mémoire, les noms de mes amis d’enfance et de ma parenté. »

« Après quelques jours, parmi la multitude, en pensant à ma famille, à tous ceux qui sont partis, je me sens curieusement bien, comme s’il y avait un fil à suivre et que je le suivais. Bien sûr, je ne suis qu’un parmi tous, une petite unité; mais j’ai l’impression, non la certitude, d’être à ma place, là, partout, ailleurs, de faire partie de cette vie, d’en être un rouage, un grain de sable pour former la plage, une étoile pour créer une constellation. Dans la multitude je suis. »


© Photo, billet, sauf les extraits de C. Lemieux-Fournier,
    Denis Morin, 2020

vendredi 5 juin 2020

Errance de Mattia Scarpulla



Ce printemps 2020 m’a donné le temps de ce confinement pour lire et relire Errance, le roman particulier de Mattia Scarpulla qui paraît en 2020 chez Annika Parance. Il est à noter que le français est une langue seconde pour l’auteur qu’il maîtrise à merveille.

Mattia Scarpulla est un intello nomade ayant vécu en Belgique, en France avant de s’installer au Québec. Dans son cursus universitaire, il s’intéresse autant aux lettres qu’à la danse. D’ailleurs, il est un docteur ès arts spécialisé en danse de l’Université de Turin. Il s’est impliqué dans des prestations théâtrales et littéraires. Il écrit de la poésie, des nouvelles et aborde ici pour la première fois le roman avec une telle intensité ! Bravo !

Avant d’entrer dans l’objet de ce billet, je dois avouer une chose. J’ai déjà été intervenant en santé mentale et j’ai des membres de ma famille immédiate qui ont eu à gérer leur violence. Certaines scènes ont fait remonter mes propres souvenirs en surface. Donc, des passages du roman sont des coups en pleine gueule, mais ce n’est pas une œuvre sur la folie. On cause ici d’immigration et d’identité. Je tenais à vous prévenir.

Stefano a une copine, Sophie, et leur enfant, Elisa, qu’il laisse au Havre pour séjourner à Brest, dans le Finistère, en Bretagne. Durant ce déracinement temporaire, Stefano boit et en perd ses repères. On est entre le réel et l’imaginaire avec une dichotomie, un dédoublement… Il se promène dans sa tête entre Turin, l’île Saint-Louis à Paris et Groningue. Est-ce que ce passé s’est vraiment déroulé ou est-ce un passé qu’il s’est forgé ? Stefano alias Bruno dérive dans ses pensées. Des éclats de colère surgissent ça et là comme des fragments du passé non réglés, à gommer ou à pulvériser. Ça cogne. Ce roman époustouflant se termine par un épilogue de Sophie qui a repris le contrôle de son existence et l’épilogue d’Elisa partie retrouvée son père. Je me retiens pour ne pas briser le charme de ce superbe roman.

Mattia Scarpulla eut l’idée intéressante d’intégrer des dialogues et des expressions en italien, ce qui confère au récit une couleur méditerranéenne et une authenticité. Connaissant la langue de Dante, je me suis revu marchant dans les rues de Rome avec les voix qui fusent des balcons. Ce fascinant chassé-croisé linguistique est réussi. Un grand lyrisme provient de la musicalité des deux langues.

La liste des pièces musicales mise en toute fin est intéressante, puisque les arts nourrissent les artistes comme ils nourrissent nos jours dont certains événements sont marqués par une chanson, un air entendu.

Vraiment, c’est un tremblement de terre ce roman sur l’identité, la vengeance, les convictions profondes, les classes sociales et le déracinement. Je pense aussi aux jeunes en Occident et ailleurs dans le monde qui tentent de survivre entre les études et les stages. L’auteur fait allusion aux années de plomb en Italie mais sans tomber dans le traité historique. Mattia Scarpulla possède un souffle et un style. Ça tient de l’envoûtement. À lire évidemment.

Grazie mille al scittore per questa meravigliosa opera di arte!

Extraits :


« Nous restons pendant une trentaine de minutes à nous regarder en silence. Nos yeux se remplissent de larmes. Nous levons nos deux poings et les laissons s’abattre brutalement sur la table. Le verre d’Erica se renverse. Je me lève pour éviter le liquide. Un serveur s’approche avec un torchon que j’utilise pour éponger la table et une serpillière qu’il voudrait passer au sol. »

« J’accompagne Rebecca à des soirées, elle me tient la main, me caresse les cheveux tout en parlant avec ses amis, loue mes mille qualités. Rebecca me fascine. Sa double personnalité. L’amour et la haine envers sa famille. Sa tendresse exagérée envers moi en public. Sa froideur et sa valse avec la vengeance lorsqu’on est enfermés dans notre chambre. »


© Photo, Annika Parance,
     Texte du billet, sauf les extraits de M. Scarpulla,
     Denis Morin, 2020



mercredi 3 juin 2020

73Armoire aux costumes de Charles Sagalane



Par cette 73Armoire aux costumes paru en 2016, le poète Charles Sagalane revisite ses souvenirs personnels, familiaux, de voyage. C’est son Musée-moi constitué des observations faites par le principal intéressé.

Il se met en scène et fait des éléments vestimentaires une scénographie ludique, nostalgique, parfois contestataire. Une veste lui rappelle son père, un ourlet sa mère si patiente. La genèse personnelle remonte d’abord aux vêtements de ses proches. Ces costumes sont trophées de mémoire pour qui sait se recueillir, réfléchir sur le cycle des saisons et sur les mots entendus.

En toute similitude, j’ai conservé aussi une couverture de laine tissée par ma grand-mère paternelle, un veston de lin de mon frère trépassé, le chapeau d’été d’un ami cher disparu.

Cela donne un recueil agréable où le poète convie le lecteur à visiter l'armoire aux costumes pour créer son propre parcours.

Opus sensible et brillant !

Extraits :

« Machine à coudre Bernina / Collection Denise Lavoie
« Toi, mon enfant, tu portais le vêtement. Moi j’allais surfiler ta vie brève. Ourler, orner. Point zigzag du quotidien et point plume des jours de fête. Si je n’étais pas ta mère, je tiendrais d’autres cieux. Mais, pour l’heure, marche arrière marche avant – que tu sois beau et résistant.
« Quand tu étais l’enfant, je boutonnais ton vêtement. À toi maintenant d’en découdre avec mes jambes-rêves. C’est ainsi que les choses doivent être. Décousues. Recousues. Et si brèves. Comme ce papier que tu déposes sur mes genoux. »

« Le poète exerce l’élégance de son œil, le chatoiement de ses sensations, l’élasticité de ce qu’il perçoit. Sans cesse, il se fait le vêtement du réel. (…)
« En guise de gamme vestimentaire, le poète fabrique des formes. À d’autres, le soin du patron, de la confection et des retouches, du défilé et de la vente. À lui seul, les voyelles seyantes. »

© Photo, texte du billet, sauf les extraits de C. Sagalane,
    Denis Morin, 2020





samedi 30 mai 2020

47Atelier des saveurs de Charles Sagalane



Charles Sagalane nous offrait en 2013 le recueil de poésie 47Atelier des saveurs aux Éditions La Peuplade. Dans cet ouvrage, les souvenirs de voyage, les anecdotes et les saveurs se mêlent, se mélangent pour obtenir des moments de vie révélés. Le poète agite habilement la madeleine de Proust. Une tasse de thé le ramène en Extrême-Orient ou vers des proches aimés disparus. Parfois, c’est une réunion de famille qui prédispose aux nouveaux essais culinaires. Tantôt, c’est le frérot avec qui il concocte un nouveau brassin. Tout est prétexte à la bière, au thé dégusté, aux épices rapportées d’un voyage. Avec ce doux poète, tout se partage par le biais des mots. Les mets et les boissons deviennent matières à jeux et provoquent les sourires. Joignez-vous aux invités. Bonne découverte. Bonne lecture.

Extraits :

« Mars 2011 / 1995 Yunnan Blend / Pu Er, Saint-Gédéon, Qc
« Seize ans. Ce n’est pas l’âge de la jeunesse pour un thé. Les parfums sont couchés dans un caveau de terre. La liqueur interroge les souvenirs. Ceux de la veille, chez grand-maman, à dénicher des objets qui embaument sa présence. Prends-en une, demain, y’en aura plus. » Réconfort de humer les courtepointes comme maintenant je flaire les sombres feuilles. »

« 30 et 31 juillet 2012, Paëlla de mariscos, Saint-Gédéon, Qc
« Mouches vertes
au soir d’été nous mangeons
chacun dans notre assiette
« Mouches vertes
comme moi se pourlèchent
d’abord des crevettes
« Mouches vertes
un cachalot la carcasse
rose des crevettes »

© Photo, texte du billet, sauf les extraits de C. Sagalane,
    Denis Morin, 2020