samedi 16 novembre 2019

Ici ou ailleurs de Jean Echenoz et de Guy Delisle



Il était une fois l’écrivain Jean Echenoz qui fut inspiré par les dessins de Guy Delisle, puis il y eut aussi une autre fois où ce fut plutôt l’inverse… Le dessinateur Guy Delisle voulut associer des rues, des places de Paris et d’autres lieux aux mots de Jean Echenoz.

Il en résulte ce superbe livret-carnet intitulé Ici ou ailleurs, paru en 2019 aux Éditions Pow Pow.

Fait à noter que les artistes osent de plus en plus s’associer à d’autres artistes ayant d’autres pratiques artistiques pour notre plus grand bonheur !  À découvrir.

jeudi 14 novembre 2019

Une coccinelle au Nunavik d'Isabelle Larouche




Isabelle Larouche, écrivaine spécialisée en littérature jeunesse que j’avais découverte avec le roman Prophéties, nous revient par le nord, si ce n’est par le sud… Elle vient de faire paraître un joli conte Une coccinelle au Nunavik

D’une part, il y a Isabelle qui enseigne dans une école primaire à Kangiqsualujjuaq dans la baie d’Ungava se fait livrer des légumes en provenance du sud. Rien à signaler jusqu’au jour où une coccinelle qui s’était glissé entre deux feuilles de laitue jouera à la touriste.

Ce conte charmant est publié par Les éditions du soleil de minuit. Isabelle Larouche est l’autrice, tandis que les illustrations sont réalisées par Christine Sioui Wawanoloath et la traduction en inuktitut est de Sala Padlayat.

Voici une autrice à lire dont l’écriture convient aux 7 à 77 ans.

© Photo, texte, Denis Morin, 2019

lundi 11 novembre 2019

Professeur de paragraphe de France Boisvert



France Boisvert est une écrivaine (roman, nouvelle, poésie) qui enseigne et dessine. Elle publiait en 2017 chez Lévesque éditeur, dans la collection Réverbération, Professeur de paragraphe.

Maurice Lecamp enseigne la littérature, son champ de bataille, à des cégépiens armés de leur quincaillerie technologique qui n’en ont rien à cirer de Baudelaire, de Boileau, de Félix Leclerc, de Yourcenar ou de Duras. Le monde change et lui veut se cantonner aux plus grands écrivains. Son couple aussi bat de l’aile avec sa conjointe lexicologue à la pige dont le contrat consiste à remanier un dictionnaire selon la nouvelle orthograve (sic) au grand désespoir du doctorant enseignant qui dessine parfois au tableau pour attirer l’attention des étudiants distraits.

Ce roman se lit le sourire aux lèvres. C’est habilement mené. Ce professeur grincheux et érudit est attachant. Je lis surtout en fin de soirée au lit. Il m’arrive rarement de rire aux éclats à minuit, moi qui ris si peu, mais cette écrivaine y est parvenue. Je recommande chaleureusement la lecture de ce roman à ceux et celles qui pensent qu’enseigner ce n’est rien. Vous changerez d’avis. Pour l’instant, on court vite à sa librairie préférée pour se le commander. Fait à noter aussi que le dessin en couverture émane de la main de France Boisvert. Elle fait dans les talents multiples comme d’autres font dans le multitâches.

Extraits :

« Pour marquer la rentrée de la littérature classique, j’annonce les grands auteurs de l’époque et, tel un majordome dans quelque bal de débutantes, je décline toute la noblesse par le menu. J’enchaîne à propos de Versailles, la cours hors de Paris qui ne connaît pas de salut, la cour où piétine une noblesse reléguée en banlieue comme Rosemère pour eux. (…) Il y a une punkette qui exige d’être baronne de Varsovie, une autre au nez parsemé d’anneaux, l’égérie des Bourbon, je n’y vois aucun inconvénient d’autant plus qu’ils ont une imagination folle, faut-il le reconnaître. »

« Ça y est, je m’excite, je m’exalte, je prends la craie pour dessiner au tableau comment on est passé de l’âge de pierre, où l’on gravait comment on est passé de l’âge de pierre, où l’on gravait des idéogrammes aux tablettes d’argile où l’on sculptait des consommes avec un stylet. (…) Soudain, derrière, un grand dadais lève la main pour dire que personne ne lui a jamais raconté ça, qu’il n’était pas au courant de rien pour les dessins de Lascaux et le cantilène de sainte Eulalie... »

« Cette langue réformée est de celle de ceux qui finiront par en édifier la chaire dans les universités.  Il s’agit de vendre un nouveau produit, la lancer pour en faire le commerce, celui des références. Le but marchant visa à renouveler le stock des bibliothèques dans les universités françaises, les cégeps québécois, les collèges, les lycées et les athénées européens… »

© Photo, texte du billet,
    sauf les extraits de France Boisvert,
    Denis Morin, 2019

samedi 2 novembre 2019

Ces étonnantes coïncidences de Diane Boudreau





La poète, pédagogue et conférencière sur Félix Leclerc, Diane Boudreau vient de faire paraître en 2019 un petit essai, Ces étonnantes coïncidences.

Elle y parle du hasard, des coïncidences, du synchronisme.

D’ailleurs, nous nous sommes croisés lors d’un événement de poésie et je me suis mis à lui parler du psychologue et psychothérapeute Jean-François Vézina et de son livre Les hasards nécessaires. Diane, à son grand étonnement, me confia alors écrire sur ce sujet. J’ai fait le pont entre elle et le psychologue qui l’encouragea à aller de l’avant dans ce projet d’écriture.

Dans son traité, Diane Boudreau donne des exemples personnels ou bien ceux de connaissances ayant vécu des coïncidences à des moments-charnières de leur vie comme si l’univers nous livrait des réponses providentielles à des questions et à un besoin nécessitant une solution.

Ce livre est écrit avec la limpidité de l’eau de source et l’empathie.

Vous pouvez commander votre exemplaire directement à Diane Boudreau en la contactant via Facebook.

© Photo, texte du billet,
     Denis Morin, 2019

Infidélités de Stéphane Lefebvre



Stéphane Lefebvre, informaticien et grand voyageur, signait en 2015 chez Annika Parance Éditeur un premier roman intitulé Infidélités.

Ce roman d’actualité débute par un repas pris par cinq amis dont l’un annonce sa conversion à l’homosexualité. Cet aveu inattendu pousse chacun d’entre eux, leurs conjointes, à se questionner sur le thème de la fidélité et de l’infidélité.

Peut-on coucher avec quelqu’un d’autre ? En prévient-on son épouse ? Et si elle comporte de la sorte ? Peut-on être fidèle à une société qui n’hésite pas à liquider ses effectifs pour maintenir un rendement économique à toute épreuve ? Doit-on vivre en conformité avec des standards sociaux à tout prix ? Est-il mieux d’être honnête face à soi-même avant de l’être à l’égard des autres ?

Toutes ces questions sont répondues avec finesse et tact par Yann, le narrateur, qui troquera son poste de gestionnaire pour cofonder un studio de yoga.

J’ai beaucoup aimé ce livre aux destins qui s’entrecroisent tels les tessons colorés d’une mosaïque.

Extraits :

« Il n’y a pas une vérité unique, chacun a la sienne, différente de celle des autres, sans pour autant que toutes ces vérités soient erronées. Chacun adopte celle qui lui convient. Moi, j’étais heureux avec la mienne. »

« La tromperie, principale peur du couple, était détruite, et la jalousie, principal élément destructeur, était transformée en envie. Il restait à voir si cette ouverture se maintiendrait dans la durée. »

© Photo, texte du billet,
     sauf les extraits de Stéphane Lefebvre,
     Denis Morin, 2019

Nouvelles d'autres mères de Suzanne Myre



Suzanne Myre publiait en 2010 le recueil Nouvelles d’autres mères aux Éditions Marchand de feuilles.

L’écrivaine décrit avec humour, cynisme et tendresse ce lien qui nous unit à la mère envahissante, celle qui a peur de se faire ravir sa place auprès du mari, celle qui insiste pour un voyage mère-fille car le temps presse, celle qui vous dit que vous avez un don pour l’écriture, celle dont on porte l’urne et les souvenirs, celle qui est kleptomane parce qu’elle veut nourrir son petit au bio, celle qui se suicide par mélancolie, celle qui attend nos appels téléphoniques.

J’ai lu ce recueil le sourire aux lèvres et la larme à l’œil. Les émotions, ça ne se provoque pas n’importe comment et ça ne s’écrit pas facilement. Ça prend du doigté et un supplément d’âme. Merci Suzanne Myre pour l’intelligence et ce supplément d’âme.

Extraits :

« Je n’ai pas dormi de la nuit. Quand ça fait des années qu’on a quitté la maison paternelle, dormir à côté de sa mère est angoissant. J’avais l’impression de régresser. Surtout au moment du bisou-bonne-nuit. Je pouvais voir son corps se soulever paisiblement à chacune de ses respirations, délicate montagne de quarante-neuf ans d’où j’étais issue… »

« J’entends parfois sa voix, quand elle me disait doucement : « Je serai toujours là avec toi, près de toi ». Mais, c’est où, là ?  Hier, j’ai enfin osé regarder mon reflet dans le miroir en brossant mes dents. Droit dans les yeux, biens secs pour une fois. Droit dans mon chagrin. C’est alors que je l’ai vue. »

« Une fois que mon masque d’ange est en place, j’utilise mes grandes manches et j’y camoufle biscuits, pots de sauce, raisins secs et vitamines, que je largue dans mes grandes poches. Pas trop à la fois. Si j’ai l’air d’une baleine à culottes de cheval en sortant du magasin, je vais éveiller des soupçons. On n’engraisse pas à faire son épicerie, ce serait même tout le contraire. »

© Photo, texte du billet,
     sauf les extraits de Suzanne Myre,
     Denis Morin, 2019


vendredi 25 octobre 2019

Les hommes grillagés de Martine Roffinella



Martine Roffinella, on ne s’ennuie jamais à la lire. Son œuvre littéraire aborde entre autres l’amour au féminin dont les jeux de séduction et de domination, l’alcoolisme, l’anorexie, le polar, le témoignage de foi. Épatant ! Mais cette fois-ci, l’écrivaine se fait animatrice littéraire en milieu carcéral chez les hommes. Elle nous livre en 2019 ce très beau récit Les hommes grillagés aux Éditions H & O. Audace tant chez l’écrivaine que chez cette maison !

Elle arrive soucieuse du regard des voisins lorsqu’elle attend pour entrer. Est-elle la sœur, la fille, l’épouse de l’un des prisonniers ? Elle transporte avec elle une serviette contenant du papier, des crayons, un Bescherelle. Elle amène aussi avec elle ses certitudes, ses convictions, qui seront peu à peu ébranlées au contact de ces hommes meurtris. Elle leur parle de se refaire une dignité et une liberté, grâce à l’écriture. Le groupe décide d’écrire une pièce de théâtre sur le vécu des taulards. Ils se livreront, mais elle aura tôt remarqué la hiérarchie qui subsiste entre eux entre les murs. Elle accepte de ne pas les juger. Elle se montre empathique sans se laisser envahir par les ombres portées par eux. Elle leur explique que l’écriture peut être un exutoire, une manière de transcender le quotidien. Son regard note le rituel du parloir, des détenus qui se font beaux, des visiteuses surveillées, puis il y a les prisonniers qui en sont privés parce qu’ils auront lancé des injures à un gardien à la mémoire longue. Lors des ateliers, les participants l’écoutent attentivement, puis s’investissent dans l’écriture d’une œuvre commune. À la fin des ateliers, ils préféreront participer une dernière plutôt que d’aller assister à un concert rock tenu au même moment.

Ce livre se clôt avec les prénoms de ces hommes qu’elle remercie, pourtant j’ai l’impression qu’en écrivant à propos d’elle avec eux, c’est elle qui en a appris encore plus à propos de l’humanité via ce microcosme.

Somme toute, Martine Roffinella avec son sens de l’observation, son écoute, son empathie, sa finesse d’esprit aurait été un excellent reporter de guerre ou psychanalyste. Rien de moins.

Extraits :

« J’arrive là comme l’incarnation de l’honnêteté. Sorte d’image diaphane, à mi-chemin entre l’icône et l’œuvre de bienfaisance. Dans mon esprit, l’idée du châtiment mérité, culturellement propre, plane encore. (…) Mes habits d’innocence sont taillés sur mesure. Je me sens irréprochable. Presque humanitaire. Réconfortée d’accomplir une mission du cœur, un don de mon organe le plus précieux : le talent. »

« Pendant que dans le corridor de la Maison d’Arrêt, un défilé de femmes brave le cynisme ambiant, les idées qui traînent, la fouille. Les retenues. Les mots qui glissent d’une bouche à l’autre, sous surveillance. La frontière qui sépare en deux terres étrangères les promesses des uns, et les espoirs des autres. »

« Autres séances, entre sueur et exaltation. Autres jeudis où, artisans de notre vérité, nous érigeons ensemble un bâtiment ouvert, avec une cour de promenade. Notre cour des mots. Tout y circule. L’air se capte par poches chaudes. La connaissance mutuelle se joue là, dans cette étroitesse surveillée. Ce qui fuse appartient au respect. »

© Photo, texte du billet,
    sauf les extraits de Martine Roffinella,
    Denis Morin, 2019

lundi 21 octobre 2019

Deux dates sur une pierre de Josette Hersent






Peu de gens savent aborder le deuil avec délicatesse, tendresse, sans mot superflu, comme le firent Victor Hugo avec Les contemplations, Anne Philippe avec Le temps d’un soupir, Gabriel Zimmermann avec Depuis la cendre. Josette Hersent le fait tout aussi brillamment.

Ainsi, elle publiait en 2013 aux Éditions du Chameau le recueil Deux dates sur une pierre, une suite à Blaise ou la symphonie inachevée, recueil paru en 2009. J’avais fait un billet à ce propos.

Dans ces deux livres, elle nous entretient de son lien maternel face à Blaise Hersent-Lechâtreux (1970-2006), jeune diplômé, enseignant, fondateur du Parti Blanc pour signaler son refus de voter, musicien, plus précisément pianiste.

Ce qui me frappe le plus dans l’écriture de Josette Hersent, c’est la fluidité du style. Elle n’impose pas son deuil. Elle nous le partage en évoquant la vie de son fils. Elle nous raconte ce fils porté, chéri, aimé comme ses autres enfants tout bonnement. Elle pleure ce départ précipité. Elle dépeint les joies de la maternité et de l’enfance qui s’éveillait à la vie sous ses yeux, l’élève brillant, le frère et l’ami bien-aimé, l’oncle complice, le musicien.

On voit la poète qui, au cimetière communal, va saluer son frère, mort jeune adulte, le temps d’un Ave, avant d’aller visiter Blaise à quelques pas de là, dans une même allée, membres d’une même famille ici-bas, membres d’une même famille dans l’au-delà.

Somme toute, c’est en lisant la mère que je redécouvre son fils si attachant, si brillant. Sous les mots délicats et précis de Josette, j’entends Blaise jouer au piano pour exprimer sa joie d’être là, même à distance. Sa mère lui parle et Blaise nous répond, présent. Magnifique !

Extraits :

« Je ferme doucement, les yeux, et je te vois…
Assis à ton piano, sur ses touches… tes doigts…
Légers vifs à la fois ou doux comme caresse
Glissant sur une étude ou se jouant de tristesse… »

« C’était à ce moment où le manque creusait
En dedans de mon ventre un douloureux abcès
Souviens-toi, m’as-tu dit, du garçon, du bébé…
Qui a laissé la place à l’homme que j’étais…
Ce garçon, ce bébé, tu ne l’as pas pleuré
Chaque étape de vie, le faisait évoluer
Quand tu ne le « voyais » plus, pourtant il était…
Et mon âme, aujourd’hui, elle, ne t’a pas quittée. »

© Photo, texte du billet,
    sauf les mots de Josette Hersent et de Blaise,

    Denis Morin, 2019

mercredi 16 octobre 2019

Agathe de Anne Cathrine Bomann




Ann Cathrine Bomann, psychologue et championne de tennis de table, vit à Copenhague au Danemark. Son premier roman Agathe tient du phénomène. Elle est maintenant traduite en une vingtaine de langues dont une très belle version française parue en 2019 aux Éditions La Peuplade.

Ouvrons maintenant la couverture… Entrons et voyons assis un psychanalyste septuagénaire qui anticipe déjà la retraite après cinquante ans de pratique. Il ne reste que huit cents entretiens avec ses clients qu’il compte comme un enfant marque les jours à son calendrier avant les vacances estivales. Tout va comme prévu jusqu’au jour où sa secrétaire, l’impassible madame Surrugue lui impose à l’agenda une nouvelle patiente qui insiste pour se faire suivre par lui. Il n’apprécie ni l’initiative de sa secrétaire ni la témérité de cette inconnue.

Blasé et exaspéré par sa clientèle habituelle, le psychanalyste est mis en présence d’une femme dépressive qui se mutile, qui voit la vie en gris. Peu à peu, elle l’amènera à réfléchir sur sa qualité d’écoute et sur lui-même, puis au fur et à mesure, il aidera cette femme à marcher vers la lumière.

Ce roman est finement écrit avec des chapitres brefs. Le vieil homme joue le rôle du spectateur, du témoin et du narrateur. Je vous encourage fortement à lire ce petit bijou ! Merci aussi à La Peuplade de nous donner accès à la littérature scandinave.

Extrait :
« Ce n’est pas vrai qu’il est trop tard, Agathe. Je crois que la vie consiste en une longue série de choix que nous sommes obligés de faire. Et ce n’est que lorsque nous refusons de prendre sur nous cette responsabilité que tout devient indifférent.
« J’avais prononcé des variantes de ces lignes des centaines, peut-être même des milliers de fois, mais comme je n’avais pas d’expérience positive réelle avec laquelle remplir ces mots, cela restait de pures abstractions. (…) Elle était allongée là avec ses poignets marqués de cicatrices, transparente et fragile comme du verre, et même si je me sentais hypocrite, l’intention était bonne. »

© Photo, billet,
    sauf l’extrait du roman,
    Denis Morin, 2019

vendredi 11 octobre 2019

Couleur de l'âme de Mario Cyr



La poésie fait son entrée en 2019 chez Annika Parance Éditeur avec Couleur de l’âme de Mario Cyr.

Mes impressions sont les suivantes : Fragments d’enfance, de vie. Temps volé à la quiétude/à l’inquiétude, aux jours (mal)heureux où il ne se passait rien ou si peu, au point où les choses, les êtres se disent et s’écrivent en une économie de mots. Touches impressionnistes se dévoilant à mon iris.

La beauté et la laideur se côtoient, l’ordinaire peut créer l’émoi, nourrissant la pensée du poète comme de son lecteur, car il suffit d’ouvrir vraiment les yeux et d’aller au-delà de l’apparence anodine de la réalité. 

Justement pour aller au travers des mots, j'ai l'habitude de relire deux, trois fois un recueil pour me laisser porter par l'imaginaire présenté. J'ai beaucoup apprécié. Merci au poète.

Extraits :

« le ruissellement
des disparus la liste
messe anniversaire

le bébé dans la paume
de l’homme »

« des chapelets défaits
comme colliers
perles disparues
dans les interstices

un dernier joint
à la grille du refuge
ils font cercle émaciés
mâchouillent racines et baies
un moineau se prend dans la tignasse
d’une femme

et se met à rire

mystère à l’enfant seul visible »

© Photo, texte du billet,
    sauf les extraits du poète,
    Denis Morin, 2019

mercredi 9 octobre 2019

Ambassador Hotel de Marie Desjardins



La romancière Marie Desjardins nous arrive en 2018 aux Éditions du CRAM avec un pavé intitulé Ambassador Hotel et doté des sous-titres La mort d’un Kennedy et La naissance d’une rock star.

La force de l’écriture de ce roman réside dans la restitution de ces années effervescentes et créatives sur le plan culturel, surtout musical, avec l’émergence de groupes rocks et la présence de personnages charismatiques dans les médias. Je me revois gamin admiratif regardant à la télévision dans le salon de mes parents les Kennedy et leur apparence impeccable, les Beatles, les Rolling Stones, etc. Le roman ressemble à une biographie, celle du chanteur Roman Rowan (personnage fictif), et le parcours de son groupe, RIGHT. On dirait un film comme une lente cérémonie des adieux. Justement, les chapitres se tissent sur la trame du temps. D’une part, il y a les années où on veut s’extirper de son milieu modeste en Angleterre, où on chante incognito et où on se fait connaître dans les années 1960, et d’autre part, les années 2010 où on règne en roi et maître sur la scène et où on sait pourtant que le rideau de scène devra tomber tôt ou tard. Mieux vaut le faire descendre soi-même.

Marie Desjardins possède une psychologie fine des personnages et nous décrit avec brio les années 1960 et les suivantes avec l’acuité d’une sociologue. Du grand art. À découvrir.

© Photo, texte, Denis Morin, 2019