jeudi 18 août 2022

Yourcenar - une île de passions de Hélène Dorion et de Marie-Claire Blais

 

Un jour, Marie-Claire Blais demande à Hélène Dorion ses projets d’écriture. Cette dernière se confie spontanément et la première lui avoue tout aussi directement qu’elle aimerait se joindre à elle pour ce futur libretto d’opéra sur Marguerite Yourcenar.

De longues années furent requises après maintes versions pour aboutir à cette œuvre lyrique épurée en deux actes livrant l’essence de la femme de lettres mondialement connue. Le compositeur Éric Champagne assuma la partie musicale. L’opéra Yourcenar – une île de passions fut coproduit par l’Opéra de Montréal, le Festival d’opéra de Québec et Les Violons du Roy et présenté en première mondiale en ce mois d’août 2022 à Québec et à Montréal.

Hélène Dorion eut l’idée brillante d’un livre décrivant le processus de création qui vient de paraître chez Les Éditions de l’Homme. Ce projet de livre et d’opéra me plaît beaucoup pour les raisons suivantes : Yourcenar, une Belge première femme de l’Académie française célébrée par deux écrivaines québécoises, une œuvre majoritairement constituée de femmes (deux librettistes, une metteure en scène, une scénographe, une conceptrice lumière, trois cantatrices, six femmes du chœur), des entretiens avec les artisan.ne.s du projet, une coproduction québécoise; en supplément, nous avons droit au livret. Ça déplace de l’air, des ondes et des vagues.

Et pour toutes ces mêmes raisons, je vous recommande chaleureusement cet ouvrage rare qui vous permet justement une plongée dans l’imaginaire des artistes et qui est aussi un fabuleux voyage dans le monde intime de ce monument de la littérature mondiale.

Extrait :

« Tu m’as vue devenir

celle que j’étais déjà

dans ton regard.

 

Notre île d’amour et de mots,

nos horizons de ferveurs et de luttes

nous garderont à jamais unies… »

 

© Photo, texte du billet, sauf l’extrait de H. Dorion et M.-C. Blais, D. Morin, 2022

 

 


mercredi 17 août 2022

Otage au Mali de Alain Maufinet

 

Alain Maufinet possède un style qui séduit le gamin et l’adulte en moi. Dans ce nouvel opus Otage au Mali paru en 2021 dans la collection Nouvelles Pages chez JDH, l’auteur nous sert une autre ambiance comme dans Le chant des brisants sorti antérieurement dans la collection Magnitudes aussi chez JDH. D’ailleurs, j’ai déjà écrit un billet sur ce roman qui m’avait beaucoup plu.

Voici que Ronan, un Français de condition moyenne rêveur et nomade dans sa tête, décide qu’il est temps pour lui de visiter les confins sud du Sahara. Sahel, il arrive. Il débarque au Mali en bon touriste naïf qui se voit kidnapper par un groupe. S’agit-il de militaires corrompus ou des trafiquants prenant leur revanche par la cocaïne sur les pays impérialistes ? Sera-t-il exécuté faute de paiement d’une rançon ? Et si cet homme devait être sauvé par Yasmine, une femme mystérieuse, cette amazone qui gère sa vie ?

L’intérêt de ce roman réside en ces deux niveaux de lecture. Vous avez une histoire d’aventure à la Bob Morane. Ça bouge et ça décoiffe, puis finement notre auteur nous susurre des réminiscences. Voilà que Ronan repense aux femmes de sa vie. Ces femmes le hantent et il accepte cette mélancolie. Les images et les ambiances collent à son esprit comme autant de cartes postales de villages d’antan visités et de lieux abandonnés. Et si on était sauvé par l’amour ?

Un roman à lire absolument. Le roman d’action avec en filigrane le roman d’amour. Bravo, on adore !

Extrait :

« Ronan attend un développement qui ne vient pas. Il doit se contenter de légendes anciennes qui épousent des histoires modernes. Elles ressemblent à celles d’autres peuples sous d’autres cieux. Yasmine s’immobilise pour le fixer. Elle s’approche à le toucher. La flamme mauve de son regard l’enveloppe. »

 

© Photo, texte du billet, sauf l’extrait de Alain Maufinet, Denis Morin, 2022

 

 


dimanche 7 août 2022

La pluie de la mort d'Éric Roger

 

Il existe de ces êtres qui font éclater les cases et qui vont leur chemin libres, ne devant rien à personne, si ce n’est qu’à leur propre gouaille et leur détermination. Fils d’un artiste-peintre, il a tracé sa voie par la musique et la poésie. 

Éric Roger est comme un chat à neuf vies. Ce rêveur contemplatif a été chanteur de rock métal et animateur radio. Son parcours ne s’arrête pas là puisque le bug de l’an 2000, c’est lui avec sa belle énergie et son animation talentueuse des soirées Solovox où les poètes invité.e.s sont accompagné.e.s par un pianiste. 

En 2022, la maison TNT a publié son 4e recueil de poésie intitulé La pluie de la mort dont l’illustration de couverture est d’Away du groupe Voïvod. Elle vous accroche le regard. Pas moyen de passer à côté. Quant à son contenu, un chant d’amour à la belle femme dont on ne se lasse pas et celui de l’enfant admiratif de son père. Des photos d’Éric Roger ponctuent le livre. On en redemande de cette tendresse, de ces battements de cœur singuliers. Il y a chez Éric Roger dans ce recueil le ton de la confidence et de l’incantation.

Vous pouvez vous procurer ce recueil en contactant le poète via Facebook ou bien à la boutique en ligne de chez TNT : https://editionstnt.com/livres/

Ce fut vraiment une très belle découverte. 

Extraits : 

« Un papillon s’est blessé

Je l’invite à se poser sur mon doigt

Où l’espoir de s’envoler

Est encore possible

Depuis mes doigts ont des ailes

Et soudain ma plume devient un papillon

Qui écrit des poèmes »

 

« L’horizon se souvient de nous

Embrassons-le comme nous nous

Embrassions toute la nuit

Sous l’effet des mains qui touchent

Les corps qui ressemblent à des guitares

Tu sais ces guitares qui ne veulent plus

Arrêter de jouer »

 

© Photo, texte du billet, sauf les poèmes d’Éric Roger, Denis Morin, 2022


dimanche 31 juillet 2022

Anne Hébert, contre vents et marées de Michel Lord

 

Miche Lord, professeur, chercheur, chroniqueur littéraire à la revue de la nouvelle XYX, toujours directeur adjoint aussi de la revue University of Toronto Quaterly, ne cesse d’écrire et de lire. C’est sa respiration. Cette fois-ci chez Lévesque Éditeur, il s’intéresse au corpus littéraire d’Anne Hébert. Il étudie savamment et brillamment les thèmes (vie, mort, amour, haine, chute, dislocation), les récurrences, l’interpénétration de la poésie et de la prose.

Cet ouvrage met très bien en scène cette ex-scénariste aux allures de sage couventine qui s’exila à Paris pour mieux se distancier d’un Québec conservateur et oppressant. Cela contextualise et déclenche l’imaginaire. Elle put alors dénoncer les contraintes abrutissantes et crier à haute voix sa rage de vivre. Prendre sa place au soleil à titre d’artiste et de femme. D’ailleurs, Anne Hébert elle-même et son entourage québécois se surprennent des élans passionnés et de la violence étalée émanant de cet être pareil à une eau dormante.

En outre, cette analyse savante a le mérite de vouloir plonger dans l’œuvre de cette ambassadrice des lettres québécoises et canadiennes.

De mon côté, ce livre résonne en moi, puisque mes plumes préférées à la fin de l’adolescence étaient Yourcenar, Duras, Yves Navarre et Anne Hébert. Michel Lord identifie bien les raisons pour lesquelles le lectorat pouvait et peut encore être fasciné par elle.

Je ne peux que vous encourager fortement à lire la présente étude de Michel Lord et à vous procurer les écrits d’Anne Hébert.

 

© Photo, billet, Denis Morin, 2022


mardi 19 juillet 2022

In extremis de Sylvain Turner

 

Sylvain Turner est un artiste dans l’âme et un orfèvre des mots. Il conçoit, rédige, traduit, se fait chroniqueur littéraire, parolier. Il a publié entre autres dans les revues Gaz Moutarde, Possibles, Exit. C’était un ami intime de feu le poète Denis Vanier. Sa trajectoire l’amène à la parution du recueil de poésie In extremis en 2022 aux Éditions TNT à Montréal.

La lecture de ce recueil me chamboule. C’est émouvant et troublant. Un homme se promène, déambule, à ce qui ressemble à un étrange purgatoire. Notre monde. Témoin de l’actualité, des crimes commis au nom de différentes idéologies, sans oublier les tourments de l’amour et de la chair.

Les courts textes de prose poétique sentent le (dés)espoir, la vie qui se consume, le jour qui nous désole, la nuit où l’on jouit, la sueur, le sang ou le sperme à peine séché. Il est bien rare de lire de la poésie qui nous ramène aux excès de Baudelaire ou de Jean Genet. Vraiment troublant et cru. Ce poète longe vos vies sans que vous vous en aperceviez; il va par les boulevards et les rues. Rien ne lui échappe. Il capte tout.

Voici un tout nouveau poète au catalogue de chez TNT. Je suis preneur du poète et de ses textes. À découvrir.

Extraits :

« L’enfant tire sur la porte d’acier avant d’investir les lieux. Je pars à sa suite, incapable de l’abandonner à son sort dans cet endroit propice à tous les crimes. J’entends ses pas s’éloigner dans un silence de mort subite, lui crie de m’attendre. Je n’obtiens pour toute réponse que l’écho d’une voix qui ne m’appartient plus. Je reste là, interdit, à crever mes encres. »

« Je m’égarais dans les angles morts de son regard, me perdais dans ses étreintes éthyliques. Quand je dormais, elle trafiquait les lignes de nos mains et mettait le feu à nos cartes du ciel, déterminée à réinventer notre destinée. » 

© Photo, texte du billet, sauf les extraits de Sylvain Turner, Denis Morin, 2022


vendredi 1 juillet 2022

Bizzareries du banal de Éric C. Plamondon

 

Éric C. Plamondon a l’impression d'écrire depuis toujours. Il excelle visiblement dans la nouvelle. C’est ainsi que Les Éditions Sémaphore nous proposent le recueil de nouvelles Bizarreries du banal, soit 13 histoires étranges.

J’aime ces histoires brèves qui se lisent au lit avant l’assoupissement ou par moment d’insomnie ou bien dans un trajet en métro. Économie de mots, intrigues, chutes assurées.

Voici les titres :  Une journée entre amis, Le réparateur de télé, Le reliquaire, L’actrice, Les lunettes, Ascenseurs, L’invitée, Patriotes, Verdure, L’accident, Récit descriptif, Circulez!, Le visage.

Ces titres confèrent déjà au livre une bonne part de mystère, car l’auteur s’éloigne dès les premières lignes de leur apparente banalité.  En les écrivant sur le présent billet, il me revenait à l’esprit ces êtres étranges qui vivent en parallèle avec les citoyens dits ‘’normaux’’. Vous les croisez à la quincaillerie ou au supermarché, ils vous observent l’air de rien, voyant en vous un ami/ennemi potentiel.

Il est de ces jours où un choix fait, un chemin emprunté, une décision changent la donne, où le destin dérape comme si une pelure de banane avait été placé expressément là sous la semelle pour faire tomber le marcheur.

Je suggère fortement à l’auteur de s’orienter vers le roman policier, car il sait tenir le lecteur en haleine et crée des ambiances plutôt terrifiantes, si on se met dans la peau de certaines ‘’proies’’.

Disons que c’est bon signe, quand on regarde une couverture et que les histoires remontent en surface. Courrez vite chez votre libraire pour commander votre exemplaire.

Pour en savoir un peu plus sur cette nouvelle plume, je vous suggère de consulter son site ericplamondon.com.

Extraits :

« Il me fallait également un motif crédible pour expliquer ma présence chez eux durant plusieurs semaines. Je résolus de me présenter comme un écrivain à la recherche d’inspiration et de tranquillité pour la rédaction de son premier roman. Classique, mais ça pouvait marcher. »

« C’est la panique dans les cirques partout au pays. Depuis qu’un troisième visage a été découvert, toujours dans les mêmes circonstances, les clowns n’ont plus envie de rire. Comme c’est le cas dans la plupart des cirques depuis la découverte du deuxième visage, la troisième victime était accompagnée par un gardien de sécurité jusqu’à ce qu’il soit démaquillé et changé. »

© Photo, texte du billet, sauf les extraits d’Éric C. Plamondon, Denis Morin, 2022

 


dimanche 19 juin 2022

L'Homme qui veille dans la pierre de Alain Cadéo

 

Il est toujours plaisant de lire un inédit, un livre qui sera présenté au public le 18 août 2022. C’est le cas avec L’Homme qui veille dans le pierre (L’âme de Mayacumbra) de Alain Cadéo aux Éditions La Trace. Il s’agit de la suite de Mayacumbra dont je vous ai déjà parlé.

Or, vingt ans plus tard, Jeanne demande à son autre fils, Augustin, peintre reclus, de se lancer sur les traces du disparu. Elle pressent qu’une surprise providentielle niche en pleine jungle. En bon fils obéissant, Augustin quitte la France pour ce hameau perdu dans un creux humide, au pied d’une montagne vrombissante cracheuse de feu.

Oh ! Découverte ! Théo eut le temps de connaître Lita, d’être père de Maria, jeune femme mystérieuse aux yeux verts comme ceux du défunt. À son tour, Maria est la mère de Lina, cette gamine qui nommera son grand-oncle ‘’grand-père’’.

Ce roman à la prose si poétique contient deux niveaux de lecture : le récit d’un cadet qui marche dans les pas de son aîné et le journal intime d’un homme que la gamine lira plus tard. Au fond, ces deux niveaux forment déjà les contours en rouge et en noir de peintures rupestres que le peintre se plaît à dessiner par pur ravissement.

Solstice, un grand gaillard métisse, offrira à Augustin les cahiers de son frangin qu’il conservait par devers lui pour plus tard et qu’il remettrait au moment propice, sachant que la vie est constituée de cycles, de départs et d’étonnants retours.

Solitaire, Augustin tissera des liens avec les résidents de cet étrange lieu qui considèrent Théo à titre de protecteur. D’ailleurs, les villageois racontent parfois entendre sa voix au travers de sa geôle de lave refroidie, percevoir la robe grenat de Lita descendre par un sentier escarpé et ouïr le braiment du fidèle Ferdinand.

Mayacumbra et L’Homme qui veille dans le pierre sont à lire évidemment.

Extraits :

« Lis, glisse et passe. Laisse-toi porter par ce radeau de phrases. Ne nage pas à contre-courant. Soit, tu brûleras tout, soit tu mettras dans un tiroir ce paquet d’impressions que tu ressortiras un jour, plus tard. Derrière toute musique qui nous est familière, au-delà d’un tableau que l’on connaît par cœur, foisonnent mille détails qui remontent à la surface. On appelle cela le temps de la décantation. »  

« De moi, mort enfin, on ne trouvera peut-être que cela : une suite de pages craquantes, jaunies comme autant de mues, de chrysalides… Et puis rien, que le vent, qui portera très loin, plus haut encore, l’aile de mon sourire… Mon sourire, pour toi Lita, mon émeraude, mon secret du bout du monde… »   Théo

© Photo, texte du billet, sauf les extraits de Alain Cadéo, Denis Morin, 2022

 

 

 

 


lundi 6 juin 2022

La constellation des origines de Johanne Bilodeau

 

Johanne Bilodeau, artiste-peintre, se lance dans l’aventure de l’écriture avec La constellation des origines, roman publié en 2022, chez Le bout du mille. La couverture avec cette chaise et ce tableau dans le tableau est Désir et regret, une œuvre de l’autrice elle-même. Bravo, superbe entrée en matière.

Mauve, peintre, veille sur sa mère Éléonore, ancienne artiste ayant cessé de créer. Elles vivent ensemble à Pointe-aux-Trembles, au bout de l’île de Montréal, à portée de rivière et de fleuve. Les promenades quotidiennes la plupart du temps en silence entre mère et fille seront l’élément déclencheur d’une introspection et d’une quête des racines.

Mauve, larguée par le mari et voyant leurs quatre filles gagner en autonomie, s’interroge sur ses origines françaises, micmac, acadiennes, irlandaises, franco-américaines. Tous ces ancêtres sont les fibres qui la composent. L’errance, le départ, le retour, l’enracinement et le déracinement font partie du vécu des prédécesseurs comme du sien. Par eux et par elles, Mauve définit son essence et ses liens avec le monde.

Johanne Bilodeau alterne la narration omnisciente (à la troisième personne) à la narration au Je, cela donne des éclairages différents. On passe ainsi de la clarté diffuse d’un sous-bois à la lumière vive d’une clairière. Tout n’est pas à trancher au couteau. Chaque décision majeure d’un.e ancêtre eut inévitablement un impact sur la destinée de l’entourage immédiat; impact qui se répercutera jusqu’à la descendance plus ou moins lointaine.

La constellation des origines est l’itinéraire d’une artiste avec ses envolées, ses coups de pinceau, ses temps d’accalmie, ses doutes et ses instants de grâce. Ce roman contient une bonne dose de prose poétique qui fait du bien tel un thé au jasmin réconfortant et parfumé. Il y a une certaine parenté dans le style avec Hélène Dorion.

Vivement de nouveaux opus. Une nouvelle plume à lire.

Extraits :

« Sur le manteau de la cheminée, un jouet antique interpelle la flâneuse. Celle-ci lève le nez et l’observe, gardant entre eux une certaine distance. Le petit cheval berçant auquel il manque les deux bascules appartenait à son parrain Ozias. Mauve se souvient du jour où elle a décidé de faire sien l’objet de bois. »

« Puis, à bord d’une légère embarcation en bois sculpté, je dessine les contours de mon habitat. Sur les eaux limpides des canaux de l’archipel, des traces persistent de mon passage. Sillons mémoriels, écumes des souvenirs, lignes de vie, tous participent à l’élaboration de la Constellation vivante des origines. »

 

© Photo, texte du billet, sauf les extraits de Johanne Bilodeau, Denis Morin, 2022


samedi 28 mai 2022

Arsenic et Eczéma de Alain Cadéo

 

Alain Cadéo recycle, glane des concepts, les reformule et les ressème. Des mots s’échappent portés par les vents. Le paysan-artisan peut être satisfait du travail accompli. Il nous sert cette fois-ci une pièce de théâtre intitulée Arsenic et Eczéma publiée chez Les Cahiers de l’Égaré.

En fait, Azema et Arsène parcourent le ventre d’une ville. Les collègues surnomment ces égoutiers respectivement Eczéma et Arsenic. Le premier, philosophe optimiste et réaliste du moins en apparence, est trahi par sa propension à se gratter, alors que le deuxième est plus amer qu’un citron. Bref, tout les oppose. Après avoir réparé, bricolé, débouché, rafistolé, les deux techniciens cherchent la sortie 109 pour remonter en surface. Au détour d’un passage, on se bute à un muret que l’on veut éventrer par curiosité.

Est-il bon de satisfaire à ce point sa soif de savoir ? Une rumeur émane de la brèche. A-t-on affaire aux âmes errantes des combattants emmurés, à une infestation-monstre de rats dodus ou à une créature mystérieuse ? Et si les dieux en avaient marre de cette humanité à la con responsable de tant de destruction, de guerres et de saccages ? Et si ces immortels de l’Olympe criaient vengeance ?

Pour en savoir davantage, je vous invite à lire cette pièce à deux personnages ou presque, surtout si vous pensez que les sous-sols recèlent des secrets et des êtres à ne pas déranger.

Extrait :

« ECZEMA : - N’empêche qu’on a toujours le choix. Tu peux te faire une grosse crise d’angoisse ou rester calme. Tu peux mourir en hurlant dans ton boyau plein de merde ou t’éteindre tranquille, gentiment recroquevillé dans ton p’tit coin en attendant la fin. »


© Photo, texte du billet, sauf l’extrait de A. Cadéo, Denis Morin, 2022


dimanche 22 mai 2022

L'an 2222 de Alain Thibodeau

 

En 2022, Alain Thibodeau publie aux Éditions Crescendo! le roman d’anticipation L’an 2222. La lecture m’a bien étonné. D’habitude, je devine assez vite la trame et les intentions de l’auteur, mais pas cette fois-ci.

Nous sommes en un siècle de réchauffement climatique. Des projets d’exil en Antarctique sont à l’agenda des grands décideurs. Les oreillettes Bluetooth ont été remplacées par des assistants vocaux implantés dans les molaires. Les véhicules sont nettement moins polluants.

Un garçon orphelin adopté par une star des médias rêve d’un avenir autre. Jude souhaite vraiment devenir Judith. Désespérément. Cela se fera avec hormones et transplantation de l’utérus. Une docteure la conseillera pour une première grossesse avec son propre sperme d’avant. Mais Judith fera tout en son pouvoir pour ne pas être une bête de cirque montrée en heure de grande écoute par sa mère adoptive, animatrice télé si imbue d’elle-même. Puis l’amour sera aussi de la partie.

Je n’en dirai pas plus pour éviter de divulgâcher l’histoire.

Est-ce que Judith sera plus heureuse que Jude ? L’exil vers un nouveau continent est-il un jardin d’Éden ou une fuite vers l’avant ? Avec le réchauffement climatique et les tempêtes, faudra songer à nouveau à l’arche de Noé, ici, ailleurs, sur une exoplanète. Ce sera un jour dans l’ordre du possible. Je sais, j’en fais sourire quelques-uns avec ce discours alarmiste.

Néanmoins, pour l’instant, je vous invite à découvrir cette nouvelle plume.

Extrait : 

« Le bonheur de Jude était extrême ! Il réalisait pleinement que l’événement qu’il espérait de tout son coeur depuis des années était sur le point d’arriver. Pourtant, il aurait voulu sauter de joie, mais n’en trouvait plus la force, comme si toute son énergie avait servi à l’attente. » 

© Illustration, Crescendo!; texte du billet, sauf l’extrait de A. Thibodeau, Denis Morin, 2022


samedi 21 mai 2022

La roche de Jean-François Casabonne

 

Homme de théâtre, poète, écrivain, Jean-François Casabonne publie en 2022 aux Éditions Somme toute La roche. Ce texte est à mi-chemin entre un monologue et une prose poétique. Je fus dérouté agréablement par le ton spontané du texte qui mériterait d’être présenté sur scène.

Narcisse tente de retirer une grosse pierre du sol. Mais au fait, par cette roche, ne serait-ce pas justement son rapport au monde, sa place, ses liens avec les autres qu’il veut (dé)nouer ? Il effectue un retour en arrière sur son père-cheval basque, sa mère, le faux-vrai-père. Même un test d’ADN ne résout pas tout.

Si vous aimez le théâtre et si le questionnement sur les origines vous interpelle, ce texte est pour vous. 

Extrait :

« T’sé, des fois, à ton insu, la vie t’met l’nez dans c’que tu savais même pas qu’tu portais déjà, comme un bulbe de pensée qui éclot au moment voulu dans l’champ d’ton cerveau. Donc, premier coup d’pelle. J’fesse une roche à peu près trois pouces de creux dans l’sol… »


© Photo, texte du billet, sauf l’extrait de JF Casabonne, Denis Morin, 2022