dimanche 13 novembre 2022

Xavière - Mes saisons d'Hélèna Courteau

 

Hélèna Courteau est une artiste accomplie (trapéziste, comédienne, lectrice de poésie, metteure en scène, directrice de l’école de cirque Forains Abyssaux, etc.). Rien ne l’arrête en termes de création. Le cinéma, les arts visuels, le théâtre et l’écriture la fascinent et sont les éléments déclencheurs d’inspiration. Son esprit tourbillonne en un kaléidoscope de fulgurances novatrices.

Un jour, elle eut l’audace de réciter la poésie de Louise Dupré et d’Hélène Monette en se balançant dans les airs, suspendue par un trapèze. D’ailleurs, Louise Dupré souligne la démarche artistique d’Hélèna Courteau dans sa préface de Xavière – Mes saisons, roman paru en 2022 chez ÉLP Éditeur.

Dans ce roman, on assiste au parcours de Xavière de l’enfance à l’âge adulte. La gamine émerveillée et curieuse file vers l’adolescence et l’âge adulte avec cette soif d’authenticité et de liberté. Elle voyage aussi de la Mauricie vers la Gaspésie, sans oublier ses séjours à Montréal. Elle appartient aux paysages parcourus, ébahie par toute la beauté du monde et des êtres croisés sur sa route.

Ce livre doit se savourer lentement comme un bon vin ou un cidre de glace. Nul besoin de se presser. C’est ce que j’ai fait dès les premières pages. Chaque chapitre est un court métrage en soi avec son intrigue, ses personnages, son dénouement, son avancée vers le large. Les mots sont portés par un souffle poétique chargé d’images et d’embruns. L’émotion est à portée d’iris et les nombreuses références culturelles m’ont fait penser au très beau roman Femme-forêt d’Anaïs Barbeau-Lavalette.

Bref, j’attends les prochains opus d’Hélèna Courteau avec impatience.

Extraits :

« C’est dans un silence houleux que je t’envoie ce mail. Les oies habitent encore les lieux. Je les vois tournoyer autour du piano, telles l’avant-garde de ton bateau amiral insulaire. »

« Un vague projet de vidéo-poème dans les cartons, c’est trois petits Montréalais qui accostent sur ton Isle, l’été dernier. Des jeux sont inventés dans l’espace bleu. Mais, dès leur fugue vers l’auberge Le Bateau Ivre, leur plage, tenant lieu de plateau de tournage, est aussitôt désertée. Le synopsis du scénario est remballé sans retour. »

 

© Photo, texte du billet, sauf les extraits d’Hélèna Courteau, Denis Morin, 2022


lundi 31 octobre 2022

La deuxième plume de Franck Bel-Air de William Techer-Perez

 

William Techer-Perez, c'est l'identité d’un auteur qui a du style comme son écriture qui en a tout autant. En 2021, le directeur littéraire Yoann Laurent-Rouault chez JDH Éditions lui propose de se joindre à la collection Black Files au contenu de suspense et de policier avec le roman La deuxième plume de Franck Bel-Air. Il avait bien vu.

Dans ce roman, nous avons en parallèle un gérant de magasin-entrepôt sur le point de disjoncter qui écrit des romans comme d’autres respirent. Un éditeur lui suggère d’endosser le rôle d’écrivain-fantôme pour un écrivain people à l’inspiration aussi sèche que le désert. Accepté. Marché conclu. Puis, survient la disparition d’une employée.

En parallèle, un policier flemmard et une jeune collègue orpheline d’un père policier enquêtent sur cette même disparition.

L’auteur de ce roman s’interroge à voix haute et avec un humour cynique sur les lettres, le négoce des livres, le talent, le lectorat à qui l’on dicte le goût du jour. Faut-il nécessairement s’isoler, détruire, tout saccager autour de soi pour créer ? Vampirise-t-on l’existence au point d’en écarter les autres de sa ligne de vie ? Y a-t-il lieu de détester l’illustre artiste sous les projecteurs alors que cette complicité mercantile nous relègue inexorablement au placard le plus sombre ?

William Techer-Perez répond à ces questions par la voix de son écrivain-fantôme. Les dialogues entre celui-ci et Franck Bel-Air sont brillants. Je referme ce livre ravi.

À découvrir chez JDH Éditions. Dites-nous William, à quand le prochain opus ?

Extrait :

« Il m’énervait avec sa manie d’avoir réponse à tout. En un sens nous nous ressemblions. Mis à part le fait que j’occupais la place de l’ombre, nous n’étions pas si différents : arrogants, sardoniques, tristes et prosaïques. Deux sous-merdes dont l’une adulée et l’autre vulgairement anonyme. »


© Photo, texte du billet, sauf l’extrait de William Techer-Perez, Denis Morin, 2022

 

 


dimanche 23 octobre 2022

Quand Champlain rencontre Frontenac de Mélanie Jean

 

L’album Quand Champlain rencontre Frontenac vient de paraître à l’automne 2022 aux Éditions Le Baladin.

Géographe de formation, Mélanie Jean pratique la photographie. Elle parcourt artistiquement l’espace et les époques. Quoi de mieux que la ville de Québec, première cité francophone d’Amérique du Nord, en guise de terrain de jeu !

Ainsi, elle s’est promenée à travers les rues étroites, les places et s’est documentée sur ces lieux qui confèrent à Québec cette touche si européenne si prisée des touristes et des citoyens. Les immeubles sont les traces de la Nouvelle-France, puis du passage au Régime anglais avec l’arrivée progressive de marchands écossais et d’ouvriers irlandais.

Mélanie Jean a eu recours à des drones pour créer des photos panoramiques absolument magnifiques. De plus, ses notes nous accompagnent tout au long de ses trajets. Nous assistons à un spectacle visuel et à un cours d’histoire. C’est du pur ravissement !

Pour orner une table à café ou pour offrir à des passionné.e.s d’histoire, vous pouvez vous procurer le livre aux Éditions Le Baladin à editionslebaladin@outlook.com ou à la Libraire La liberté sise au 1073, route de l’Église à Québec. 

Bonne découverte !

© Photo, texte, Denis Morin, 2022

 


mercredi 19 octobre 2022

La bigame de Felicia Mihali

 

Felicia Mihali trace sa route lentement et dignement à titre d’écrivaine, de traductrice et d’éditrice. Elle sort deux fois plutôt qu’une des chemins balisés. Son roman La bigame paru chez Éditions Hashtag en 2018 procure une lecture singulière et formidable.

Dans cette histoire, une narratrice quitte la campagne roumaine et les rues affairées de Bucarest pour les quatre saisons de Montréal. Elle part avec son compagnon Aron, l’intello élégant, érudit et contestataire. Notre narratrice débute des études littéraires à l’université. Peu à peu, le cercle du couple s’agrandit jusqu’au jour où survient Roman, tout aussi fascinant que le premier. Un jour, lassée de materner Aron, elle le quitte pour gagner les bras de Roman.

Le monde est vu par la lorgnette fascinante de la narratrice. Elle analyse la conduite des autres et se connaît très bien aussi. Il y absence de répliques entre la couverture et la quatrième de couverture. Ce roman justifie à lui seul cette étude psychologique réussie de la protagoniste et d’autrui.

Felicia Mihali nous pose les questions suivantes :

Quitte-t-on vraiment ses racines ? Oublie-t-on la maisonnée de sa mère, le pays du père si distant et ses traditions lourdes ? Un amoureux en vaut-il un autre ? Est-il possible de s’épanouir avec un deuxième homme tout en gardant une certaine tendresse pour le premier ? L’intégration dans ce nouveau monde se crée-t-elle en jetant un pont entre l’Europe d’hier et l’Amérique de maintenant ? Est-il approprié de se sentir à la fois d’ici et d’ailleurs ?

Je vous invite chaleureusement à lire ce roman avec cette narratrice proactive, dynamique qui décide de s’inventer un avenir plutôt que de subir la banalité des jours. J’adore !

Extrait : 

« Plus que tout, je me sentais utile dans sa vie grâce aux conseils avisés que je lui donnais pour améliorer son travail de journaliste communautaire. Il m’écoutait, méfiant. Mon arrivée dans sa vie rimait avec la conquête, non seulement d’une femme, mais aussi de l’art le plus subversif qui soit, celui de la parole. »


© Photo, texte du billet, sauf l’extrait de Felicia Mihali, Denis Morin, 2022

 

 

 


dimanche 9 octobre 2022

Disparaître de Jacques Lemaire

Jacques Lemaire, issu du monde de l’enseignement, publie en 2022 chez Les Éditions Sémaphore ce recueil de nouvelles intitulé Disparaître.

Le nouvelliste peint des manières sur le comment disparaître aux yeux du monde, des autres, par la fugue, par la mort imposée, par l’oubli, l’itinérance. Le style est précis et les ambiances mystérieuses et glauques. Edgar Allan Poe n’est pas loin. Le prose est dramatique et prenante. Le lecteur en sera quelque peu ébranlé par la dureté de la vie. 

Par habitude, je lis avant le sommeil et certains personnages sont venus le hanter. Rassurez-vous, j’en suis sorti vivant à l’aube venue, malgré l’inquiétude d’un fusil sur la nuque ou d’une lame dont le fil effleure la carotide. Un cauchemar demeure toujours une tragédie. On se réveille en sursaut en pleine nuit, essoufflé par les itinéraires sans but apparent.

Par contre, il est de ces voyages dont on ne revient pas alerte et vif. La destinée des personnages présentées ne baigne pas dans la félicité la plus béate. L’auteur nous fait bien sentir la gravité des choses, le poids des actes commis, la conséquence, la fatalité, la mort telle une délivrance de soi à soi-même ou face à autrui. La neige en bord de fleuve et la mousse au pied des arbres peuvent-elles boire le sang versé et les larmes amères du regret ?

Somme toute, dans Disparaître, Jacques Lemaire prend le risque d’affronter les ombres et d’aborder la partie ténébreuse de nous-mêmes. C’est réussi et on en redemande.

Extraits :

« Le tatouage se poursuit, un point après l’autre, un pixel sur cet écran que je vous embrasser, mais non, je ne vais pas me laisser aller, je tiens à ma réputation, je sais ce que vaut l’honneur dans ce métier. Ce genre de folies que me tente aujourd’hui ne fait partie de mes habitudes. Pas une miette. Normalement, une peau c’est une peau, voilà tout. Cette fois-ci, c’est autre chose. »

« Je traverse d’autres rues, j’avance le long de terrains vagues, puis sur les passerelles au-dessus des autoroutes. À Notre-Dame, je tourne à droite et je m’enfonce dans les ruelles, vers le fleuve. Il n’y a plus personne sur les trottoirs. Tant mieux : je suis certain que la peine me tord la bouche et je ne veux pas qu’on s’apitoie. »

© Photo, texte du billet, sans les extraits de Jacques Lemaire, Denis Morin, 2022


mardi 20 septembre 2022

Témoin de rien de Tom Noti

 

Tom Noti nous réserve des surprises. Sous ce visage doux se cache la tourmente de l’écrivain qui vibre comme les cordes d’un violoncelle et qui nous livre aux Éditions La Trace le roman Témoin de rien.

Imaginez deux sœurs et leur père, un despote, qui leur donne un terrain, à condition qu’elles y établissent maison. D’une part, il y a Jeanne et Simon et d’autre part, il y a Gaétane et Pierre. Entre elles, une haie de cèdres trouée en son centre par où on circule et où le vieux chien entend tout, les mots d’amour, les humeurs variables, les cris, les gifles, le pleur du petit qui grandit ou la prière dite pour l’enfant dont on est en deuil. La descendance se soumet et se rebelle face aux événements avec cette impression de ne jamais arriver à la cheville des disparus.

Parvient-on à bout de la perte des êtres chers ou d’une infidélité ? Faut-il absolument subir le joug d’êtres tyranniques ? Peut-on être heureux, quand sa sœur voisine est en plein désarroi ? On peut subir les coups, se défendre ou bien être témoin de rien, témoin de tout.

Lors de la lecture, j’ai pensé à ces familles méditerranéennes très proches qui se côtoient au quotidien, s’entraident, s’aiment beaucoup et parfois se déchirent.

Un nouvel opus de ce romancier qui maîtrise très bien l’art de l’introspection et de la psychologie minutieuse des personnages. Un écrivain à lire et à suivre évidemment.

Extrait :

« Il y a eu la naissance d’Hector. La légère tension quand au prénom. Il semblait à Jeanne qu’Hector était l’un des prénoms de la liste de sa sœur. Mais elle n’était plus sûre. Rien n’avait jamais vraiment été affirmé, rien de gravé dans le marbre. Simon voulait un Hector si par chance ils avaient un garçon, mais sans doute par superstition, il n’avait pas annoncé le prénom, celui de son père. (…) Le silence ouaté a donc entouré la naissance d’Hector et le choix de son prénom. Ce silence paisible qui précède souvent les immenses tristesses. »

 

© Photo, texte, sauf l’extrait de Tom Noti, Denis Morin, 2022


samedi 17 septembre 2022

D'autres font du vitrail d'Isabelle Dionne

 


Il arrive souvent, voire fréquemment que des étudiants en lettres rêvant d’être des Pierre Lapointe, François Hardy, Réjean Ducharme, Anne Hébert, bifurquent de la trajectoire des songes, étudient au point d’en décrocher un diplôme de maîtrise ou de doctorat pour jouer à l’enseignant épris de livres et de beaux textes. Puis la vie étant ce qu’elle est, elle nous ramène à l’envie obsédante d’écrire pour soi et les autres. 

Ceci ressemble en partie au parcours et aux aspirations d’Isabelle Dionne qui enseigne le français au collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière après une maîtrise en recherche et création littéraire de l’Université du Québec à Rimouski. 

Un roman émerge des brumes riveraines intitulé D’autres font du vitrail publié en 2022 chez Hamac.

L’intérêt de ce livre réside en ceci de courts textes confinés en deux-trois feuillets, un titre évocateur, un majuscule pour débuter une annonce, désamorcer une peine, garantir le ravissement, un point final pour passer à autre chose dans sa vie.

Ces confidences disposées en chapitres brefs se lisent comme des micronouvelles. J’ai ressenti de la peine, de la tendresse et des moments de grâce en parcourant ce livre bien humble, mais d’une écriture si authentique.

Vivement de prochains opus.

Extraits :

« l’hiver parfois mon cœur s’engourdit scelle les peines les enferme à double tour celles-ci se dissipent s’envolent en oiseaux de givre au soleil »

« L’idée d’acheter une toile québécoise par année devient tradition familiale un meilleur investissement que le pétrole l’armement ou les banques aux profits records toujours »

« je me relève m’éloigne du jardin salue cette abeille avec gratitude respect pour ce dévouement ma reconnaissance se mêle alors de tristesse devant cette vie sacrifiée au travail cet insecte en train de mourir d’épuisement »

© Photo, texte du billet, sauf les extraits d'Isabelle Dionne, Denis Morin, 2022


dimanche 4 septembre 2022

Une vie à écrire, cahiers Yves Navarre no 1

 

À l’automne 2014 se réunissaient à Galway en Irlande des intellectuels, des acteurs du monde littéraire et culturel, des ayants droit afin de réfléchir sur le corpus scriptural d’Yves Navarre (1940-1994). On se souvient surtout de lui pour Le Jardin d’acclimatation qui lui valut le Prix Goncourt en 1980.

Une vie à écrire, dans la collection Cahiers Yves Navarre, publiée en 2015, par les Éditions H & O contient justement les interventions de ce colloque, en plus de deux nouvelles inédites de l’écrivain intitulées Certains oseraient encore prétendre et La gobeuse d’âmes.

Quel écho trouva les écrits de cet écrivain dans ma propre vie ? Navarre et les deux Marguerite (Yourcenar et Duras) sont des coups de foudre de jeunesse. Un enseignant me vit rêveur mélancolique à mes 16 ans et me prêta ses livres perso, soit Le petit galopin de nos corps (Y. N.), Mémoires d’Hadrien (M. Y.) et Barrage contre le Pacifique (M. D.).

Chez Navarre, je découvrais sa manière de décrire la sensualité et une sensibilité à fleur de peau derrière ses phrases brèves, sa ponctuation non conventionnelle, son style parfois hachuré, mais tellement lyrique. Je fus séduit aussi par son visage avec ce je-ne-sais-quoi proustien. Je me reconnaissais en lui tout simplement.

Rédacteur publicitaire, militant pour les droits d’auteur en France, Yves Navarre voulut qu’on le considérât comme écrivain à part entière, pas juste un porte-étendard du monde homosexuel. Tragédien dans l’âme, il aurait voulu gommer le mépris des uns et maintenir fièrement sa place au soleil.

Je remercie l’Association des Amis d’Yves Navarre et aux Éditions H & O de pérenniser cette plume.

© Photo, texte du billet, Denis Morin, 2022


samedi 27 août 2022

Vaste ciel et Des eskers de beauté de Michel X Côté

 

Le poète et peintre Michel X Côté poursuit discrètement sa route avec ce magnifique recueil intitulé Vaste ciel / Des eskers de beauté publié en 2021 chez Les Éditions du Quartz. Des œuvres annotées par lui sont le trait d’union entre les deux parties du livre.

J’aime cet artiste très humble qui nous transporte ici en Abitibi celle de maintenant comme celle de son enfance. Aucune enflure dans sa plume. La justesse du ton et des images. Les majuscules et la ponctuation ont filé à l’anglaise. Rien d’autre. Les instants passés et le présent suffisent à eux seuls.

L’homme décrit les paysages composés de forêts et de mines en exploitation ou abandonnées. Il puise ses racines en ces lieux et ces lieux le décrivent tout aussi bien. Je l’imagine entouré de papier, de monceaux de papier, de livres dont la lecture l’enivre et de bouteilles d’encre, car l’écriture et le dessin se marient si bien.

Michel X Côté tient à la fois du créateur à l’imaginaire en pleine effervescence et du contemplatif chérissant le silence. C’est justement pour cela que je vous redis mon admiration à son endroit et que je vous recommande la fréquentation de son univers.

Extraits :

« ma ville natale hantée

par des fantômes d’enfants

avalés par le gaz de mine »

 

« toute forêt ne peut être

que l’étendue de la solitude

de chacun de ses arbres »

 

« en Abitibi les corbeaux

étourdis par le tournoiement

des arbres derviches

s’inventent des falaises

Pour essayer leurs ailes »

 

© Texte du billet, photo, sauf les extraits de Michel X Côté, Denis Morin, 2022


jeudi 18 août 2022

Yourcenar - une île de passions de Hélène Dorion et de Marie-Claire Blais

 

Un jour, Marie-Claire Blais demande à Hélène Dorion ses projets d’écriture. Cette dernière se confie spontanément et la première lui avoue tout aussi directement qu’elle aimerait se joindre à elle pour ce futur libretto d’opéra sur Marguerite Yourcenar.

De longues années furent requises après maintes versions pour aboutir à cette œuvre lyrique épurée en deux actes livrant l’essence de la femme de lettres mondialement connue. Le compositeur Éric Champagne assuma la partie musicale. L’opéra Yourcenar – une île de passions fut coproduit par l’Opéra de Montréal, le Festival d’opéra de Québec et Les Violons du Roy et présenté en première mondiale en ce mois d’août 2022 à Québec et à Montréal.

Hélène Dorion eut l’idée brillante d’un livre décrivant le processus de création qui vient de paraître chez Les Éditions de l’Homme. Ce projet de livre et d’opéra me plaît beaucoup pour les raisons suivantes : Yourcenar, une Belge première femme de l’Académie française célébrée par deux écrivaines québécoises, une œuvre majoritairement constituée de femmes (deux librettistes, une metteure en scène, une scénographe, une conceptrice lumière, trois cantatrices, six femmes du chœur), des entretiens avec les artisan.ne.s du projet, une coproduction québécoise; en supplément, nous avons droit au livret. Ça déplace de l’air, des ondes et des vagues.

Et pour toutes ces mêmes raisons, je vous recommande chaleureusement cet ouvrage rare qui vous permet justement une plongée dans l’imaginaire des artistes et qui est aussi un fabuleux voyage dans le monde intime de ce monument de la littérature mondiale.

Extrait :

« Tu m’as vue devenir

celle que j’étais déjà

dans ton regard.

 

Notre île d’amour et de mots,

nos horizons de ferveurs et de luttes

nous garderont à jamais unies… »

 

© Photo, texte du billet, sauf l’extrait de H. Dorion et M.-C. Blais, D. Morin, 2022

 

 


mercredi 17 août 2022

Otage au Mali de Alain Maufinet

 

Alain Maufinet possède un style qui séduit le gamin et l’adulte en moi. Dans ce nouvel opus Otage au Mali paru en 2021 dans la collection Nouvelles Pages chez JDH, l’auteur nous sert une autre ambiance comme dans Le chant des brisants sorti antérieurement dans la collection Magnitudes aussi chez JDH. D’ailleurs, j’ai déjà écrit un billet sur ce roman qui m’avait beaucoup plu.

Voici que Ronan, un Français de condition moyenne rêveur et nomade dans sa tête, décide qu’il est temps pour lui de visiter les confins sud du Sahara. Sahel, il arrive. Il débarque au Mali en bon touriste naïf qui se voit kidnapper par un groupe. S’agit-il de militaires corrompus ou des trafiquants prenant leur revanche par la cocaïne sur les pays impérialistes ? Sera-t-il exécuté faute de paiement d’une rançon ? Et si cet homme devait être sauvé par Yasmine, une femme mystérieuse, cette amazone qui gère sa vie ?

L’intérêt de ce roman réside en ces deux niveaux de lecture. Vous avez une histoire d’aventure à la Bob Morane. Ça bouge et ça décoiffe, puis finement notre auteur nous susurre des réminiscences. Voilà que Ronan repense aux femmes de sa vie. Ces femmes le hantent et il accepte cette mélancolie. Les images et les ambiances collent à son esprit comme autant de cartes postales de villages d’antan visités et de lieux abandonnés. Et si on était sauvé par l’amour ?

Un roman à lire absolument. Le roman d’action avec en filigrane le roman d’amour. Bravo, on adore !

Extrait :

« Ronan attend un développement qui ne vient pas. Il doit se contenter de légendes anciennes qui épousent des histoires modernes. Elles ressemblent à celles d’autres peuples sous d’autres cieux. Yasmine s’immobilise pour le fixer. Elle s’approche à le toucher. La flamme mauve de son regard l’enveloppe. »

 

© Photo, texte du billet, sauf l’extrait de Alain Maufinet, Denis Morin, 2022