Après des études de droit, Geneviève Damas a préféré devenir comédienne en Belgique. Elle est aussi dramaturge, romancière et nouvelliste. Elle publie au Québec Duras en quinze minutes chez Ventricule gauche.
Voici un survol des nouvelles de l’autrice et mes impressions très favorables. Cette recension ne comportera pas d’extraits contrairement à mes habitudes, vu la variété des univers présentés. L’autrice maîtrise habilement les sujets et fait preuve de beaucoup d’empathie.
La leçon de théâtre : enlèvement d’une critique par une comédienne saturée par la mauvaise foi de la première. Histoire drôle à lire avant de s’endormir, fou rire assuré.
La petite reine : une Belge de souche montre à une voisine immigrante comment monter à vélo. Texte sympa prônant l’entraide et le vivre-ensemble.
Un petit quelque chose : sur les drames et les souvenirs d’une famille avec un objet comme madeleine de Proust. Nostalgie quand tu nous tiens.
Éclaboussures : une journaliste au palais de justice qui s’intéresse au vécu d’accusés dans une histoire de trafic. La solidarité semble au rendez-vous.
Avenue de l’Aviation : une étudiante prise entre son souhait de réussir et la solidarité avec un ami dans un contexte de grève. Ah, la nostalgie de l’adolescence. Comme c’est beau.
Matière noire : une domestique d’origine polonaise travaille pour un scientifique russe. Il explique ses travaux sur la matière noire et elle établit un parallèle avec le deuil de son enfant. Certaines personnes auraient voulu un parcours tout autre. Tout simplement émouvant.
Ce qui n’a pas de prix : Une membre d’une délégation européenne s’intéresse à un quartier populaire plutôt qu’aux constructions modernes, lors d’une visite en Chine, au grand déplaisir des hôtes et des responsables de la délégation. Vive les chemins de traverse, l’esprit de découverte, les effluves du thé au jasmin et les chaussons brodés.
Où sont passés les tiens ? : Une touriste blanche en Haïti s'éloigne peu à peu. Elle ne devait prendre l’air que quelques minutes sans surveillance, sécurité oblige. Fascinée et émerveillée, elle va son chemin. Sa soif de voir la mer est contagieuse. J’envie cette touriste.
Que des morts : Un milieu scolaire se questionne sur la cause de suicide d’une étudiante. Des policiers mènent une enquête. Pourquoi elle ? Superbe réflexion sur le poids des mots. Être enseignant, cette nouvelle serait une lecture obligatoire en guise d’outil de sensibilisation à l’enjeu de l’intimidation.
Sur la plage de Molyvos : un journaliste voulant
proposer des reportages sur les îles d’Europe se voit coincé à traiter des
arrivées de migrants sur l’île de Lesbos. Ou quand les articles initialement
prévus devaient oblitérer les tragédies, la sienne et celles des autres. Ou
quand le malheur fait vendre des copies et génère des clics. Nouvelle-miroir
très pertinente de l’actualité en Méditerranée et en mer Égée.
Au-dessus du vide : Un étudiant erre toute une journée en ville. Et si la vie était plus authentique et plus signifiante que tous les sujets d'un seul jour en classe ? J'ai beaucoup aimé l'audace de ce personnage.
Forêt : Une jeune femme conduit un ami pour un après-midi en forêt. Il a une nouvelle à lui annoncer. La balade fut trop brève. J’aurais pris plus de temps en forêt, d’indices à propos de cette nouvelle qui bouleversera la vie de l’ami.
Typhon : Une bourgeoise s’ennuyant comme la pluie prend ce pseudonyme pour se transformer en militante écologiste. Beau pied de nez à son milieu et à son mari. Nouvelle inspirante.
Duras en quinze minutes : Deux jeunes hommes ambitieux
suivent une formation de lecture rapide. Ce serait un atout pour leur avenir
professionnel, leur a-t-on dit. Le test final sera de lire en quinze minutes le
roman Moderato cantabile de Marguerite Duras. L’un abandonne, l’autre
poursuit sa formation. Mais comme il est agréable de se perdre lentement dans
une lecture. Ils le comprendront peut-être plus tard.
