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samedi 1 août 2020

L'apparition du chevreuil d’Élise Turcotte



Élise Turcotte est une femme de lettres québécoise s’étant méritée à maintes reprises des prix prestigieux. Elle enseigne aussi la littérature à Montréal.

Dans L’apparition du chevreuil, roman publié en 2019 chez Alto, Élise Turcotte nous présente une écrivaine émancipée et convaincue qui doit prendre ses distances des médias sociaux où elle reçoit des menaces à peine voilées d’un militant de l’extrême-droite. Ces points de vue divergents sur l’éducation de son neveu l’ont fait prendre ses distances de sa famille, de sa sœur trop soumise et surtout du beau-frère qui souhaite transformer un garçon rêveur et craintif d’à peine six-sept ans en un garçon courageux qui n’a pas peur des bruits de la forêt et des grognements d’un ours. L’écrivaine ira se réfugier dans un chalet en plein hiver pour avoir la sainte paix, jusqu’au jour où son beau-frère surgira et qu’elle comprendra que son neveu a été enlevé par son père dans une cabane abandonnée tout près de là.

Je n’en dirai pas plus afin de ne pas dévoiler l’intrigue ni rompre le charme de ce roman avec son lot de métaphores. Justement, ce roman me donner le goût d’aller découvrir ses recueils de poésie.

À découvrir !

Extrait :

« Quand son père part travailler, au début de la soirée, l’enfant vient me chercher en vélo pour aller au parc du héron. C’est notre secret, un rituel ; ainsi, je lui apprends à mentir, la sœur aussi, par omission. Depuis l’épisode du chien, une menace plane sur la petite famille. L’enfant a parlé d’un fusil, il se demande si son père a tué le chien, il se demande si sa mère va mourir. Au parc du héron, il s’assoit près de moi et le demande… »

© Photo, texte du billet, sauf l’extrait de É. Turcotte,
    Denis Morin, 2020

samedi 21 mars 2020

Pas même le bruit d'un fleuve de Hélène Dorion



Chaque livre écrit par Hélène Dorion est un événement en soi. Elle sème des instants de grâce et poursuit son questionnement sur la vie.

Dans Pas même le bruit d’un fleuve, roman publié en 2020 chez Alto, le personnage d’Hanna met la main après le décès de sa mère Simone sur des carnets, des photographies, des articles de journaux concernant le naufrage de l’Empress of Ireland, navire ayant coulé en 1914 au large de Rimouski.

Qui était vraiment Simone, cette mère distante, rêveuse et mélancolique qui notait des impressions, des pensées, des poèmes, pendant que son mari Adrien marchait avec Hanna sur la grève, en bordure du fleuve ? Connaît-on vraiment ses parents ? Ont-ils aimé avant de se marier ? Sommes-nous les enfants de qui nous pensons être issus ? Simone a-t-elle eu un destin similaire à celui de sa propre mère ? Hanna poursuit sa quête familiale et personnelle en compagnie de Juliette, une artiste-peintre, de Montréal à Pointe-au-Père.

Hélène Dorion se promène entre le passé de Simone de 1947-1952 au présent d'Hanna en 2018, de Québec à Kamouraska, etc. Les titres des chapitres sont des citations de poètes. Étant originaire du Bas-Saint-Laurent, ce sont les lieux de mes propres parents, de mes tantes, que je redécouvre.

Sans le savoir, Hélène Dorion possède une écriture qui appelle les mots, ceux des autres. Elle a cette magie dans sa prose poétique. Quand je referme un livre écrit avec autant de finesse et de cœur, j’ai juste le goût de noircir à mon tour un nouveau carnet.

Extraits :

« Ma mère n’a pas voulu parcourir le trajet de sa vie à rebours, les glaces auraient pu céder, le brouillard se lever et elle aurait perdu de vue l’horizon et la mort avec lui. Aujourd’hui, je sais que c’était d’abord pour moi que je souhaitais accomplir ce voyage. Pour passer quelques jours seule avec elle, pour le rejoindre dans son silence et qu’elle rejoigne dans le mien. »

« Simone est revenue du fleuve en grelottant, exténuée par sa longue baignade. Chaque jour, elle va ainsi à la nage, aussi loin qu’elle peut, indifférente à l’épuisement qui la gagne alors qu’elle fait face au reflux des vagues. Après avoir mis des vêtements chauds, elle redescend au salon rejoindre sa mère. Sans un mot, elle s’assoit près d’elle sur le canapé. Deux vies côte à côte… »

© Photo, texte du billet, sans les extraits de H. Dorion,
    Denis Morin, 2020

jeudi 25 octobre 2018

Les villes de papier de Dominique Fortier



Ce roman biographique de Dominique Fortier sur la poétesse américaine Emily Dickinson (1830-1886) a été publié en 2018, à Québec, par les éditions Alto.  Belle audace !

La couverture m'a fasciné avec son spécimen d'herbier.  Cela m'a ramené à l'école élémentaire où les religieuses nous montraient comment faire sécher des plantes et des fleurs que l'on insérait au cœur d'un dictionnaire. On remerciait le Ciel ou la vie pour cette beauté offerte.  Emily a dû sensiblement effectuer le même procédé en son époque.  On l'imagine très bien enfant ou jeune fille cueillant des fleurs avec sa sœur Lavinia et son frère Austin.

Dominique Fortier dans son sixième livre nous propose avec une prose quasi poétique la vie de cette écrivaine,* volontairement recluse, au fil des années et au gré des habitudes répétitives comme des rituels et des manies.  Duras disait que l'écrivain avait besoin de son cocon de silence pour écrire vraiment.  Emily Dickinson s'est retirée progressivement du monde, trouvant plus d'émerveillement, de joie à contempler les nuages et les arbres en floraison de la fenêtre de sa chambre.  Le présent livre nous questionne sur l'écriture, sur la solitude, sur le souhait de se dévoiler aux autres en publiant ou non, sur le silence. Est-ce que l'art n'est au fond qu'une plongée à l'intérieur de soi avant de chercher à se tourner à tout prix vers les autres ?

« À la saison froide, Emily se couvre de neige et les doctes mésanges de leurs pattes fines viennent y écrire des poèmes tout blancs. »

« En attendant ses poèmes griffonnés sur des emballages, des cartons, des enveloppes continuent de s'accumuler dans ses tiroirs où ils forment de fragiles châteaux de papier. »

« Elle rassemble les poèmes en fascicules de quelques dizaines de pages.  Puis elle emprunte la boîte à couture de Lavinia, enfile une aiguille, coiffe son doigt du dé d'argent et, avec mille soins, coud, un point à la fois, ces petits livres à exemplaire unique.  »

Voici un livre à déguster, je vous en recommande la lecture.


* (Je ne fais pas la distinction comme en France où un écrivain écrit du roman; j'englobe tous les genres littéraires par le terme écrivain : poésie, dramaturgie, correspondance, conte, nouvelle, roman, biographie, essai.)

© Photo, texte de ce billet, 
    sans les citations, Denis Morin, 2018