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dimanche 15 mars 2020

J'ai de mauvaises nouvelles pour vous de Suzanne Myre




En 2012, les Éditions Marchand de feuilles publiaient J’ai de mauvaises nouvelles pour vous de Suzanne Myre. J’aime tellement l’humour, les réflexions, les propos drôles et parfois acerbes de cette écrivaine que je prolonge l’attente en étalant la lecture de ses œuvres. Elle me met le sourire aux lèvres et ça vitamine une journée.

Je ne ris jamais en lisant. Il n’y a qu’elle et France Boisvert qui réussissent à le faire, ce qui est un tour de force.

Ce recueil de nouvelles aborde avec intelligence vive et auto-dérision les thèmes suivants : relations de couples, le lien à la mère étouffante et névrosée, les amoureux parfaits qui gravissent les montagnes et qui méditent, l’amoureuse qui se déprécie sur son apparence, la communication, l’écriture, les chats. Ma nouvelle préférée s’intitule Sept jours, six nuits, soit le séjour en Estrie d’une Montréalaise en peine d’amour dans un chalet miteux.

Je tiendrai ma langue pour ne pas dévoiler l’effet-surprise de certaines chutes, mais disons que je recommande fortement la lecture de ce livre, tout comme les autres œuvres de Suzanne Myre. Une écrivaine incontournable !

Extraits :

« Il médite, mon chum. Ça passe avant tout, comme tout ce qui le concerne. Mes besoins primaires peuvent attendre. Depuis que tout a commencé, j’ai dû comprendre bien comme il faut que sa "quête de vérité" allait surpasser ma quête d’affection, en importance et en intensité. »

« Jamais vous n’avez demandé, ni même souhaité, devenir écrivain. Ça vous est tombé dessus comme ça, comme une punition. Il existe, vous en êtes convaincue, de meilleures façons de vivre sa vie que de se terrer dans un coin d’appartement à espérer la saloperie de muse. »

© Photo, texte du billet, sauf les deux extraits de S. Myre,
    Denis Morin, 2020


samedi 2 novembre 2019

Nouvelles d'autres mères de Suzanne Myre



Suzanne Myre publiait en 2010 le recueil Nouvelles d’autres mères aux Éditions Marchand de feuilles.

L’écrivaine décrit avec humour, cynisme et tendresse ce lien qui nous unit à la mère envahissante, celle qui a peur de se faire ravir sa place auprès du mari, celle qui insiste pour un voyage mère-fille car le temps presse, celle qui vous dit que vous avez un don pour l’écriture, celle dont on porte l’urne et les souvenirs, celle qui est kleptomane parce qu’elle veut nourrir son petit au bio, celle qui se suicide par mélancolie, celle qui attend nos appels téléphoniques.

J’ai lu ce recueil le sourire aux lèvres et la larme à l’œil. Les émotions, ça ne se provoque pas n’importe comment et ça ne s’écrit pas facilement. Ça prend du doigté et un supplément d’âme. Merci Suzanne Myre pour l’intelligence et ce supplément d’âme.

Extraits :

« Je n’ai pas dormi de la nuit. Quand ça fait des années qu’on a quitté la maison paternelle, dormir à côté de sa mère est angoissant. J’avais l’impression de régresser. Surtout au moment du bisou-bonne-nuit. Je pouvais voir son corps se soulever paisiblement à chacune de ses respirations, délicate montagne de quarante-neuf ans d’où j’étais issue… »

« J’entends parfois sa voix, quand elle me disait doucement : « Je serai toujours là avec toi, près de toi ». Mais, c’est où, là ?  Hier, j’ai enfin osé regarder mon reflet dans le miroir en brossant mes dents. Droit dans les yeux, biens secs pour une fois. Droit dans mon chagrin. C’est alors que je l’ai vue. »

« Une fois que mon masque d’ange est en place, j’utilise mes grandes manches et j’y camoufle biscuits, pots de sauce, raisins secs et vitamines, que je largue dans mes grandes poches. Pas trop à la fois. Si j’ai l’air d’une baleine à culottes de cheval en sortant du magasin, je vais éveiller des soupçons. On n’engraisse pas à faire son épicerie, ce serait même tout le contraire. »

© Photo, texte du billet,
     sauf les extraits de Suzanne Myre,
     Denis Morin, 2019


dimanche 10 mars 2019

Entretien avec Suzanne Myre



Aujourd'hui, nous nous entretenons avec la nouvelliste et romancière Suzanne Myre qui manie la plume et l'humour avec finesse. Voyons ce qu'elle veut bien nous raconter. 


A quand remonte votre premier texte?
À l’adolescence, j’étais folle du groupe Genesis, des histoires que leurs chansons racontaient. Je me suis mise, pour faire plaisir à une amie qui partageait mon obsession, à écrire des nouvelles d’horreur impliquant les membres du groupe. Je faisais toujours mourir Rutherford, le bassiste qu’elle préférait aux autres, dans des souffrances atroces aux mains d’extra-terrestres très imaginatifs tandis que Tony Bank, mon chouchou, sauvait les autres membres grâce à son clavier magique. Enfin, des niaiseries de ce genre dont je rougis en y pensant. Mais la première « vraie » nouvelle (d’une dizaine de pages) que j’ai écrite m’est venue après la lecture de Les aventures de Wesley Jackson, de William Saroyan. Je ne sais pas pourquoi ce roman m’a tant marqué, mais il a été le déclencheur. J’avais début trentaine. Ça parlait d’un type qui paniquait parce qu’il commençait à perdre ses cheveux. Inspiration venant d’une hérédité capillaire désastreuse. Puis j’ai adopté un chat que j’ai appelé Wesley.

Vous écrivez romans et nouvelles, qu’est-ce qui vous fait passer d’un genre littéraire à un autre?
Hum…, ce n’est pas tout à fait cela. Je me satisfaisais amplement à écrire des nouvelles, un style qui me vient naturellement. C’est après mon 5e recueil, Mises à mort que mon éditrice s’est mis en tête de me faire sortir de ma zone de confort et disons qu’elle est non seulement têtue mais aussi très intuitive. Comme de fait, mon premier roman, Dans sa bulle, s’inspirant de ma vie de travailleuse dans un hôpital, a été mon petit best-seller. Un autre roman a suivi puis je suis revenue à la nouvelle. C’est comme ça, il n’y a pas de raison mystérieuse. Je ne sais de quoi sera fait le prochain ni quelle forme il aura.

À qui votre humour caustique plaît-il le plus ?
Oh, il faudrait demander à qui de droit ! Aux ricaneux, je suppose, à ceux qui se reconnaissent dans mon auto-dérision, ma moquerie, mon ironie. Ceux qui sont trop politiquement corrects pourraient tiquer, ils craindront peut-être de briser l’émail de leurs dents car certains de mes textes les font grincer.  Ceci dit, si on rit en me lisant, il ne s’agit pas que de cela, un rire. Se cache dessous quelque chose de grave. L’humour vient souvent par et avec une pointe de désespoir, chez moi.

L’humour, est-ce une arme pour se défendre contre la vie ?
Contre ? Dans la vie, je dirais. Je n’ai pas eu une enfance dorée, même si, quand j’étais dedans, je ne me rendais pas compte de ce qui se passait, contrairement à mes frères et sœur plus vieux que moi. Nous avons tous développé une sorte d’humour, bizarrement. Alors j’imagine que oui, c’est un moyen de survie, pour se foutre de la gueule aux dents acérés d’un destin au sein duquel on doit se dépatouiller pour passer au-travers et se rendre jusqu’au bout. Dans mes livres, je n’essaie pas d’être drôle. Si je le suis, c’est à mon corps défendant, comme une seconde nature (ou une première, plutôt) qui émerge spontanément. Ceci dit, je le sais, quand c’est drôle et je m’en réjouis car rire en lisant, c’est aussi jouissif que pleurer. Les pages en gondolent, d’une autre manière.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?
Assurément le quotidien et toutes les choses ordinaires qui le composent, les gens, leurs prétentions et leurs difficultés à juste être, les tics, les lubies, la bêtise humaine, la sottise, les mauvais traits de caractère, les situations inusitées, dérangeantes. Plus jeune, j’étais motivée à écrire à partir d’expériences déplaisantes qui s’étaient produites dans ma vie, c’était mon matériau de prédilection. Les meilleurs exemples en sont Le cabanon, Le peignoir, La réception, Sept jours six nuits, entre autres histoires de fou. C’est moins le cas. Quoique derrière chacun de mes textes se cache quelque chose qui m’appartient. Seuls ceux qui me connaissent peuvent le ressentir, ou le deviner mais en général, je déguise bien ça.



Avez-vous l’impression d’avoir tout dit ?
Au moment de répondre à cette question, oui. Demain, ce sera peut-être une autre affaire. On pourrait affirmer que tout ne sera jamais dit mais il ne s’agit pas de cela, plutôt d’avoir juste envie d’exprimer, encore. Et c’est ça pour moi, l’écriture, un moyen d’exprimer  ce qu’il me presse de communiquer. Il me semble parfois que ma paresse de me mettre « au travail » est plus forte que mon besoin. Je suis et ai toujours été tiraillée par cette nécessité d’écrire. J’affirme que je peux très bien vivre sans écrire (pour me justifier de ne pas le faire et de vaquer à des niaiseries pour remplir le vide) mais dire pourtant que je ne suis jamais aussi heureuse que lorsque j’ai un projet en cours. Il me répugne de me forcer à m’y mettre, j’attends « le bon moment », parfois je suppose que je le laisse passer, trop occupée à être vautrée devant une série télé, ce délicieux poison maudit. Je me dis qu’il reviendra et que je saurai le saisir. C’est une idée trop optimiste pour la pessimiste que je suis. L’incubation est souvent longue.

Selon vous, les femmes ont-elles encore à se battre en littérature ?
Je ne me sens pas très concernée par ce genre de question, car je ne  pense pas à la littérature. Mais si je dois y répondre, je dirais que non, elles ont autant leur place que les hommes, des voix aussi fortes sinon plus. Ou alors je suis ignorante et elles se battent au sang.

Quels sont vos auteurs préférés ?
Il y a plutôt des livres préférés! Je lis toujours le nouveau Amélie Nothomb, curieuse de voir si celui-là sera meilleur ou moins bon car comment assurer une qualité égale quand on publie une fois l’an ? (Je suis jalouse à mort de sa productivité). J’aime les auteurs américains, sans les privilégier. Mais je lis de tout, je choisis au hasard, dans les multiples bibliothèques publiques. Ainsi, je tombe sur des trésors. Tout de suite me vient L’ours est un écrivain comme les autres de William Kotzwinkle.  Réveillez-vous monsieur! de Jonathan Ames. Ces deux se moquent des egos d’écrivains et de l’édition, j’adore ce thème et, en plus, ils sont hilarants. Je n’ai pas d’auteurs de prédilection, je ne peux dire que j’ai tout aimé de quelqu’un (mis à part Patrick Dewitt dont j’attendrai toujours avec impatience le prochain à paraître). Par exemple, j’étais morte de joie en lisant Cataonie, de François Blais, réjouie en lisant Rivières et montagne mais je n’ai pas aimé ses autres livres. J’ai adoré American Housewifes, de Helen Ellis, des nouvelles grinçantes avec lesquelles je me suis sentie des affinités. J’ai aimé l’essai de Fred Dubé,  Une pipée d’opium pour les enfants, c’est un bon chialeur, drôle avec ça, judicieux. 20 bonnes raisons d’arrêter de lire, de Pierre Ménard. Etc. Bon, j’aime ricaner quoi. Mais je lis aussi des choses sensibles et sérieuses. Heather O’Neill. Je devrais noter tout ce que je lis et aime car j’ai tendance à oublier. Mais il faut que je m’amuse en lisant (comme en écrivant), je suis un public difficile.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ? Un roman, un recueil de nouvelles ?
Sur rien, j’attends que la pomme tombe de l’arbre et j’espère être là pour la cueillir. Je suis assise sur les lauriers d’une nouvelle qu’on m’a commandée sur le thème des chats, qui paraîtra cet été dans la revue XYZ. Je savoure, en quelque sorte, la joie de sentir que j’ai fait un bon texte. Cela me prend du temps pour récidiver. Je l’ai dit plus haut, je m’éparpille en toutes sortes d’activités le plus souvent futiles, sûrement pour échapper à l’affreuse obligation de m’asseoir devant mon ordi et de briser la page blanche et donc ma procrastination légendaire, mon manque de confiance aussi. Je ne crois jamais que je serai capable de (re)faire quelque chose de bon. C’est ainsi. Il est possible que je ne me prenne pas assez au sérieux, moi et l’écriture, et la littérature en général, que je ne mets pas au-dessus d’une autre forme artistique.

Avez-vous un rituel d’écriture ?
Non. Je trouve ça têteux, de parler de rituels. Je pourrais faire une nouvelle mordante sur les rituels d’auteurs! Ça fait si chic de parler de rituel… J’écris quand j’écris, ça arrive n’importe quand mais il faut juste que je pose mon derrière au bon endroit. Bon, d’accord, j’aime le faire de jour, avec un breuvage chaud. Café le matin, thé l’après-midi, eau bouillie avec du citron sinon. Je grignote des choses friables en tapant sur mon clavier si bien qu’à un moment donné, certaines touches ne répondent plus, encastrées dans les  miettes jusqu’à  la racine. Il n’y a vraiment rien de spécial à dire quant à un rituel sacré. Mais, visualisons des vêtements mous, rien de serré à la talle, une posture qui n’a rien de digne. Et ma chatte Coquette ailleurs que sur mon clavier, que sur moi, loin de ma vue car elle est une irrésistible distraction.

© Photo, Eve-Maude, TC
© Entretien, Denis Morin, Suzanne Myre, 2019






dimanche 30 septembre 2018

Tu es Julie de François-Xavier Liagre


Je suis lent parfois dans mes choix de lecture.  Il m'arrive de voir un titre passer, puis quelques mois, voire des années plus tard, ressentir un empressement à me procurer le livre en question.

L'auteur François-Xavier Liagre, informaticien et adepte des arts martiaux, a publié en 2008 aux Éditions Marchand de feuilles le recueil de nouvelles intitulé Je suis Julie.

Ce prénom se décline à toutes les sauces, surtout douces-amères et sanguinolentes.  Parmi les variations, il y a Julie que l'on aime, celle que l'on déteste, que l'on envie, à qui l'on en veut, à qui on écrit, que l'on assassine par préméditation, que l'on tue par accident.  

Dans ce recueil, mes nouvelles préférées sont Prière de faire suivre écrite par un enfant qui se confie et Correspondance. Pour cette dernière nouvelle, un comité de lecture voit ses membres fondre comme neige au soleil,  à la suite des nombreux refus essuyés par un écrivain en herbe.

Excellent recueil pour les lecteurs de polar et de suspense. Cœurs sensibles s'abstenir.

Voici trois extraits qui vous donneront le ton de son écriture :

« Une des choses les plus pénibles avec Julie, c'est son talent pour faire sortir de leurs gonds les gens de son entourage.  Pour leur faire oublier la retenue, l'empathie, la bonne éducation.  Et délivrer la bête. »

« Jamais je ne pourrai me libérer de son emprise si je ne parviens pas à me débarrasser d'abord et avant tout de ces yeux qui me surveillent et me jugent. »

« Je vais à nouveau vivre sous ton regard, pouvoir me noyer dans le ciel de tes yeux.  Tes beaux yeux bleus, que j'ai essuyés quand tu me les as rendus.  Que j'ai lavés de leurs larmes de sang.  Et que je tiens dans le creux de ma main, pour toujours. »


© texte du billet, photo, Denis Morin, 2018


jeudi 19 avril 2018

B.E.C. Blonde d'entrepreneur en construction de Suzanne Myre



Ce livre est paru en 2014 à Montréal aux Éditions Marchand de feuilles.  Petit conseil d’auteur, de blogueur et de lecteur, quand vous avez la joie de tomber sur un écrivain qui nourrit vos neurones et votre coeur, suivez ses œuvres à la trace, lisez son corpus littéraire.

En mars 2018, j’avais lu le percutant recueil de nouvelles L'allumeuse (voir le billet s’y rapportant).  Avide d’en connaître davantage sur l’imaginaire de Suzanne Myre, je me procure B.E.C. avec sa magnifique couverte composée d’une femme en attente du prince charmant portant un papillon nacré en guise de loup.

Je vous dis d’entrée de jeu que ce n’est pas un roman fleur bleue.  Tout le monde reçoit à des degrés divers des coups de bec que la vie peut nous infliger quand ce n’est pas nous-mêmes qui nous en chargeons sans ménagement.  

La lecture fut faite lors de mes déplacements de banlieusard.  Mon visage s’est garni d’un large sourire à maintes reprises dans le train et le métro.

La narratrice, Laurence, s’identifie à titre de veuve d’entrepreneur.  Elle a pourtant tout pour être heureuse : un travail convenable, un appartement coquet, beaucoup d’esprit et un chum beau comme un cœur, mais… Jean-Marc, l’entrepreneur en construction, gère ses chantiers, sa cadence au jogging et fréquente sa blonde pour des miettes de journée.

Pour se détendre, Laurence pratique l’origami et la cleptomanie après ses mots croisés.  Laurence et Jean-Marc apprécient les films d’auteur, le théâtre et le rummy.  On dirait que je remplis un formulaire d’une agence de rencontre avant l’internet.

La narratrice ne demande rien d’autre à son amoureux que des mots doux et du temps à deux.  Or, Jean-Marc, ne faisant pas dans la demi-mesure, offre à sa dulcinée un voyage au Mexique en formule tout inclus. Les vacances se déroulent bien jusqu’au jour où Laurence est prise la main dans le sac… Je n’en dis pas plus pour la trame de l’histoire.

Suzanne Myre déborde de tendresse pour ses personnages et nous guide dans ce roman qui est un véritable « page turner ». J’ai apprécié Laurence, Jean-Marc, Diep la pharmacienne de descendance vietnamienne, Rémi le psycho-clown gay, la lumineuse Paulina, etc.  La plume de l’auteure me fait penser à du John Irving et à du Françoise Dorin.  

Somme toute, voici un livre que madame voudra lire la première et dont monsieur se régalera par la suite.


© texte et photo, Denis Morin, 2018

samedi 3 mars 2018

L'allumeuse de Suzanne Myre



On fait de belles surprises en littérature. Il s’avère que Suzanne Myre, nouvelliste et romancière, en est une.  Son nom m’était familier par les couvertures de ses publications antérieures vues sur le site de son éditrice et par des critiques littéraires favorables.

Tout récemment, je suis entré en librairie, intrigué par la couverture de L’allumeuse, recueil de nouvelles paru en 2018 aux Éditions Marchand de feuilles.  Je me suis dit qu’une écrivaine née sur la rue Balzac à Montréal-Nord c’était singulier comme destinée, voire prémonitoire, avant de me diriger vers la caisse.

Ce recueil possède un style percutant, sans mots superflus.  Suzanne Myre y traite des déboires de l’enfance vécue à Montréal-Nord dans les années 1970, mais on peut facilement transposer ces parcelles de vie dans d’autres milieux modestes.  La lecture m’a même ramené à des moments d’intimidation à l’école vécus durant ma propre enfance.  En revanche, j’avais le sourire aux lèvres en lisant une nouvelle dans laquelle on se demande comment détacher des perles de vin rouge ou de sang sur le tissu.  Je fus ému par Frigo, le petit chat abandonné puis adopté.

L’auteure jette un regard intelligent sur la condition humaine où le cynisme et l’empathie vont de pair. Les gamines rebelles, la femme violentée parlant à son enfant à naître, le directeur d’école blasé, tous sont en fait des carencés de tendresse, d’où leur détresse et leur mal de vivre.

Suzanne Myre peint avec des mots les clairs-obscurs de la tragi-comédie qu’est la vie.


© texte et photo, Denis Morin, 2018