samedi 25 juillet 2026

Le bien ne fait pas de bruit de Monique Proulx

 

Certains personnages littéraires me fascinent depuis longtemps comme Yves Navarre, Umberto Eco pour l’Europe et plus près de nous, Anne Hébert ou Gabrielle Roy. Cette dernière a été l’objet d’intérêt de Monique Proulx dans son magnifique roman Le bien ne fait pas de bruit paru chez Boréal.

Le bien ne fait pas de bruit est une superbe histoire d’amitié entre Margaret Myre, une célèbre écrivaine, et la voisine, l’humble Flora. Derrière le paravent de la fiction, on voit se profiler les ombres de Gabrielle Roy et de Berthe Simard à Petite-Rivière-Saint-François dans Charlevoix.

Margaret Myre se réfugie dans un chalet des semaines entières en été surtout où elle exige la tranquillité pour écrire son Œuvre. La dévouée et admirative Flora Ste-Marie rend maints services qui vont de l’entretien du chalet jusqu’à l’écoute des confidences. Elle prépare souvent de succulents repas pour l’artiste bourgeoise si soucieuse de son bien-être. L’époux médecin est à peine toléré par la romancière lors de ses visites-éclairs. L’artiste a besoin de vastitude, d’espaces aussi grands que les plaines des Prairies de son enfance et de liberté aussi étendue qu’un fleuve aux eaux d’un bleu-gris semblable à ses yeux. Seule la présence de Flora et les feuilles blanches à remplir de mots l’apaisent vraiment. Tout le reste n’a aucune importance ou si peu.

Le mérite de ce livre au-delà de son écriture lumineuse et tendre est de nous montrer ce qu’il coûtait en retraits volontaires et en silence imposé pour cette légende littéraire connue et reconnue au Canada d’une mer à l’autre.

Monique Proulx, romancière, nouvelliste et scénariste, sait raconter des histoires avec des êtres attachants qui portent en eux des zones de lumière et de ténèbres. 

Extrait :

« Aujourd’hui, c’est jour de balançoire. Margaret est contente, la semaine continue de sourire à l’écriture et son roman clopine à petits pas mais clopine tout de même, et puis ne sont-elles pas heureuses comme des petites filles à se voir et échanger en toute simplicité comme elles le font en ce moment ? »


samedi 11 juillet 2026

La femme qui inventa l'amour de Alexandre Jardin

 

À notre époque anxiogène à souhait, l’écrivain Alexandre Jardin nous propose un roman exaltant qui prend des allures de conte philosophique intitulé La femme qui inventa l’amour aux Éditions Michel Lafon.

Une princesse du Qinghai himalayen au 13e siècle avant J.-C. défie les traditions séculaires en semant de l’amour et de la solidarité autour d’elle.

Elle se choisit comme amoureux le valeureux Cheng. Elle nargue son demi-frère Kong, le prétendant au trône, à l’heure où le roi se meurt et où elle devrait être exécutée comme bien d’autres femmes de l’entourage du souverain. Elle encourage le peuple à ne plus porter le hanfu, la tenue d’un gris terne imposée depuis toujours. Toutefois, derrière les paravents, une servante l’espionne faits et gestes.

De loin, l’empereur Di Xin Jie de la dynastie des Shang se méfie de Xi du monde des Réveillés qui a inventé un kanji, soit un idéogramme, pour nommer l’amour. Progressivement, des paysans aux marchands, on s’appropriera ce symbole qui sera reproduit jusque sur le cerf-volant des enfants.

L’écriture d'Alexandre Jardin se fait douce, chargée d’images et de paysages, voire cinématographique. Xi et Cheng vivent leur passion sous notre regard de lecteur. On voltige avec les oiseaux-jardiniers dans les minuscules jardins et on s’envole vers les contreforts et les plus hauts sommets de l’Himalaya.

Que l’amour de la princesse Xi soit !

Extraits :

« Xi se sent apaisée en sa présence, comme si cet équilibre était un simple hasard. Elle voudrait que le sourire de Cheng lui soit indifférent, mais son cœur s’accroche déjà à cette lumière. »

« L’amour fou ne se contente pas de ravir l’esprit, il change l’essence de celui qui aime. L’Amour, lorsqu’il est vrai, nous fait oublier ce que nous étions avant d’aimer. »

« Cheng et Xi sentent en cet instant que leur poésie se nourrit de la pleine poésie du monde. Plus jamais ils n’en accepteront la prose monotone. »

 

 

 

 

 


samedi 4 juillet 2026

Ni nom ni trace de Hervé Richard

 

Hervé Richard est traducteur et poète travaillant et vivant en Allemagne. L’exil lui sied bien, nostalgique de la France, mais épris des cultures allemande et russe, il posa sa valise au sortir d’une gare.

Dans son recueil de poésie Ni nom ni trace paru chez Edilivre, il se fait spectateur des autres. Il est un solitaire solidaire de la condition humaine. Il évolue en périphérie du monde où il soupèse tout et son contraire. Ainsi, il appelle le grand amour et pourtant le silence de l’autre/des autres lui plombe parfois les ailes. Il cherche à comprendre ceux et celles qui l’entourent comme s’il était marchant dans une salle des pas perdus. Il tend l’oreille, capte des confidences, décode les scènes vues, cherche à comprendre qui il est.

Cette mise à distance de lui-même lui permet de sortir une plume de l’écritoire comme le ferait un pianiste plaçant une partition à la bonne heure. Il confiera que « le poème est le parapet d’où je ne tombe ».

Ce recueil traite avec sensibilité et tendresse de l’incommunicabilité des êtres, en cette époque où les moyens de communication foisonnent, mais où nous ne nous comprenons que si peu ou trop tard.

À lire, si une poésie intimiste vous intéresse. Personnellement, j'adore.

Extrait :

« tu me vois sans me voir

m’entends sans t’attarder

m’attends sans t’attendrir

me parles sans t’écouter. »

 

 


jeudi 2 juillet 2026

Le silence des louves de Bruno Carpentier

 

Bruno Carpentier, cet auteur prolifique, nous revient en 2026 avec Le silence des louves, un roman noir au rythme haletant publié chez Melmac, dans la collection esprit noir.

Ce romancier concentre toujours ses histoires sur la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Elle lui sert de terrain de jeu. Dans ce cas-ci Clara Roussac, trois ans, disparaît de la ferme de ses aïeux située à proximité de la frontière. Fait étonnant, le grand-père ne signale sa disparition que le lendemain. Étrange, me direz-vous. C’est aussi l’opinion de la police.

Nous voici donc avec la troisième enquête de l’inspectrice Ana Boyer, femme intègre, directe et intuitive, dont le temps est dévoré par son travail au détriment de sa vie de famille.

Qui a commis le meurtre de la petite ? Les migrants afghans qui campent non loin de là, les trafiquants italiens et espagnols ou un homme du hameau ?

Et si certaines femmes de ce clan familial en avaient assez du joug patriarcal et revendiquaient à leur manière l’affranchissement de traditions séculaires ?

Vous comprendrez bien que la police en aura plein les bras pendant 75 jours ou presque d’investigation à tout démêler ce sac de nœuds.

Je vous souhaite à votre tour de vous rendre dans le secteur du Queyras pour vous joindre à Ana Boyer dans cette mystérieuse et troublante enquête. À lire à la plage ou en montagne. 

Extrait : « La louve avait plongé ses yeux en amande dans ceux de la vache. Ni l’une ni l’autre n’avait eu peur, on ne se mange pas entre sœurs. La louve savait pour le veau mort-né. La vache savait pour les louveteaux. »