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samedi 29 septembre 2018

Jouer avec le feu de Jocelyne Langlois


Jocelyne Langlois est peintre, poétesse et romancière.  Elle vient de faire paraître, en septembre 2018, aux Éditions de l'Apothéose son recueil de poésie Jouer avec le feu.  Il est à noter que l'ouvrage est illustré magnifiquement par elle, y compris le superbe phénix en couverture.

Dans ce recueil, on y perçoit de l'humour, de la tendresse, de même qu'une femme qui accepte de plus en plus les dons reçus de la vie.  Elle s'assume pleinement.  Jouer avec le feu, c'est aussi la capacité de Jocelyne de se renouveler, de retomber sur ses pattes après les innombrables contrariétés qui peuvent survenir au fil des jours.  La poétesse reformule, joue avec les mots, la température et la mythologie.  Cela donne une lecture savoureuse que je vous recommande chaleureusement.

En voici deux extraits :

« Un poème habite un arbre, déçu
Coincé entre la sève et l'écorce biscornue
Il attend toujours et depuis
Le grand amour de sa vie
Un auteur humble, doué et sage, à la plume d'amour
Qui un jour recevra de lui mille vers inspirés en retour. »

« Redescendue sur terre, j'aperçois quelques arbres ployant sous le fardeau de ce manteau devenu trop lourd.  J'invente le mot neigitude pour désigner l'amour de la neige. »

© texte de ce billet, photo, Denis Morin, 2018




samedi 19 mai 2018

Autre naissance de Forough Farrokhzad



Forough Farrokhzad (1935-1967) était à la fois poétesse, actrice et cinéaste.  Cette artiste secoua la poussière en Iran où on la percevait comme une femme excentrique dont il fallait taire le nom et qu’il fallait avoir à l’œil.  Elle vivait pour la poésie et l’ordinaire de la vie eut raison d’elle, puisqu’elle mourut dans un banal accident de voiture.

La notoriété lui vient (mal)heureusement surtout à titre posthume.

Les Éditions du Noroît, à Montréal, ont eu la brillante idée en 2017 de nous la faire découvrir en français, grâce aux bons de Bahman Sadighi poète, peintre et traducteur vivant maintenant à Montréal.

À travers les mots de Forough Farrokhzad, j’ai revu les destins singuliers tels que Camille Claudel et Virginia Woolf.

Dans ce recueil Autre naissance, Forough s'ennuie vraiment dans la banalité des choses et du quotidien. Par son imaginaire, elle emprunte des chemins de traverse.  Sa poésie contient tendresse, amour, désir, refus du conformisme et féminisme. 

Je vous livre un instant de contemplation sur le bord d’une fenêtre :
« Dans l’attente de la pluie d’un nuage inconnu
Le bassin de notre maison est vide
Les petites étoiles inexpérimentées
Tombent par terre de la hauteur des arbres
Et dans la nuit. »

Voici un soupçon de féminisme :
« J’ai balayé les marches du toit
Et j’ai lavé les vitres des fenêtres
Pourquoi seul le père a-t-il le droit
De rêver pendant le sommeil ? »

Et là, une sensualité qui lui serait reprochée :
« Mon amant
Est un homme simple
Un homme simple que j’ai
Enfoui
Dans le pays néfaste des merveilles
Tel le dernier signe d’une religion étrange
Dans les replis du creuset de mes seins. »

Ou bien encore une touche de mélancolie :
 « Dans une chambre à la grandeur de la solitude
Mon cœur
À la mesure d’un amour
Regarde les prétextes simples de son bonheur
Le beau déclin des fleurs dans le vase. »

Je vous recommande cette lecture pour un point de vue féminin sur le monde.  Ses poèmes écrits sont écrits en toute franchise, sans aucune censure.  Le traducteur a cru bon d’écrire quelques pages en fin de recueil pour nous la présenter et la situer dans le contexte culturel de son époque.  À découvrir.


© texte et photo, Denis Morin, 2018

dimanche 8 avril 2018

À deux doigts de la terre de Noella Leblanc



L’auteure est née à Saint-Eustache, dans les Basses-Laurentides, à l’époque où cette ville de la banlieue montréalaise était campagne.  Jeune adulte, ses yeux ont vu une partie de l’Europe et le Sénégal, avant de revenir s’installer en 1975 avec mari et enfants au Québec.  Elle possède une formation en éducation et en arts.

Elle participe assidûment au Café littéraire que j’anime à l’association eustachoise Toulèsarts vouée à la promotion de la poésie écrite dans la langue de Vigneault et de Leclerc.

Cette enseignante à présent retraitée nous fait voyager avec les mots.  Elle manie les sons et les images à sa guise.  Dans À deux doigts de la terre, recueil publié en autoédition en 2015 chez Bouquin Bec, elle dépeint autant ses états d’âme que les paysages parcourus. 

« Que pourrais-je te dire
tu devines parfois
dans le velours de l’œil
l’éclat d’un ciel d’été. »

Elle décrit les joies enfantines, la vie avec son amoureux, le rythme des saisons.

« Quand viendras-tu au jardin ?
Une gerbe nouvelle
Se pare de grâce et s’offre légère. »

Elle se montre aussi sensible à la misère humaine…

« Réfugié aux mœurs étranges
à l’intérieur du mur poli
langue allongée, manteau charnu
fragile et tendre
je vis d’un va-et-vient
pour fuir air froid, soleil ardent. »

À deux doigts de la terre, Noëlla Leblanc, femme pacifique, fredonne des airs anciens, hume le parfum des fleurs, se réjouit du chant des oiseaux, tout simplement reconnaissante envers la vie.  Une poétesse à découvrir.


© texte et photo, Denis Morin, 2018