Aucun message portant le libellé Gallimard. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé Gallimard. Afficher tous les messages

dimanche 26 juillet 2020

Sanction de Ferdinand Von Schirach


Ferdinand Von Schirach est un écrivain allemand qui s’intéresse à la justice et aux meurtres. Je suis tombé en librairie sur Sanction, un recueil de nouvelles publié pour l’édition française en 2018 chez Gallimard.

De prime abord, j’ai trouvé le style précis mais terne comme un jour de pluie, puis peu à peu je me suis abandonné à ces histoires où tout devrait bien aller, mais où rien ne va… quand une jurée voulant se désister fait gagner un procès pour des crimes sordides, qu’un vieil homme tranquille se fait harceler par des écoliers ou qu’un collier de perle laisser intentionnellement au sol vous fait tomber avant de vous rendre paralysé pour le reste de vos jours.

Ce recueil est construit selon une gradation dans l’intensité. Ici quelqu’un ne chute pas d’un balcon par accident. L’auteur nous livre les tenants et les aboutissants. On glisse alors pourquoi certains personnages disparaissent, comme par exemple, à la suite de la visite d’un voisin devenu fou par la solitude.

Je recommande la lecture de ce recueil de nouvelles à la croisée de littérature psychologique et du roman noir.

Extrait : « Quelques mois après cette journée en Normandie, j’ai commencé à écrire. C’est devenu trop pour moi. La plupart des gens ignorent tout de la mort violente, ils ne savent pas à quoi elle ressemble, l’odeur qu’elle a et le vide qu’elle laisse derrière elle. J’ai pensé à ceux que j’avais défendus, à leur solitude, leur étrangeté et leur effroi face à eux-mêmes… »

© Photo, billet, sauf l’extrait de F. Von Schirach, Denis Morin, 2020 


lundi 20 avril 2020

Pierre, de Christian Bobin




Christian Bobin, je l’ai découvert vers 1995 avec Le Très-Bas, soit une des plus belles hagiographies sur François d’Assise. La prose poétique de Bobin est une envolée d’oiseaux en une aube nouvelle. Rien n’est lourd. Tout est grâce. Son écriture m’apaise et m’invite à l’intériorité.

À ma librairie habituelle, je suis entré en 2019 et j’ai vu poser là, sur un présentoir Pierre, publié chez Gallimard. Je me suis dit que c’était inhabituel cette virgule dans le titre comme une continuité, un geste en action, des points de suspension. Puis j’ai débuté en ces temps de confinement la lecture de ce livre singulier qui est en fait une déclaration d’amitié et d’amour à l’endroit de Pierre Soulages, un peintre abstrait, créateur et spécialiste des outrenoirs.

L’outrenoir est une œuvre sur fond noir. Le peintre peut exercer le passage d’outils pour créer des rainures. Il peut aussi appliquer du rouge, du bleu, du blanc, ajouter plus tard du noir, puis gratter pour faire jaillir la couleur sous-jacente. L’outrenoir fait penser à du bitume mouillé par la pluie. La lumière se réfléchit sur le noir pour jaillir à notre iris.

Pierre Soulages vit à Sète. La peinture de Soulages réclame le souffle lent du contemplatif.

Aucune peinture n’est présente dans ce livre. Une recherche en ligne en complétera la lecture pour la question iconographique.

À lire, si vous aimez l’écriture, la prose poétique, la peinture, l’histoire de l’art.

Extraits :

« Quand on regarde un inconnu à la vitesse de l’éclair, on voit un ange. Cette vision permet de supporte la découverte banale de sa mort dans le monde. Voir est la grande affaire. Dans l’exposition au Creusot, je suis passé dix fois devant ce triptyque et dix fois je l’ai renié. Son peu d’éclat le protégeait de la paresse de mes regards. » p. 38

« Tes outrenoirs, tu les signes au dos – ainsi nous ne sommes jamais devant toi, devant ton nom, mais nous sommes face à je ne sais quoi de laqué, de sculpté, de noir avec des échappées de silence – les sautes de courroie de la lumière. » p. 47

« La grâce est dans les intervalles. Dans ce qui se tait et ne descend dans le caveau d’aucune image. Toi, devant nous comme un outrenoir dernier-né. L’amour – ou l’amitié –, c’est s’approcher si près du cœur de l’autre qu’on en est à jamais irradié. Étrange d’aimer un peintre. Je n’aime pas qu’on accroche quelque chose au mur. » p. 73

© Photo, texte du billet, sauf les extraits de C. Bobin,
    Denis Morin, 2020

samedi 30 juin 2018

Lettres à Théo de Vincent Van Gogh




J'aime lire des lettres depuis toujours.  On ne parle pas de factures, ni de courriels secs et brefs, mais de vraies lettres dont on a pris le temps de peser les mots, surtout qu'en un autre siècle le courrier n'arrivait pas à la vitesse d'aujourd'hui.  De plus, n'oublions pas que la correspondance est un genre littéraire en soi qui mérite notre attention.

Les lettres de certains personnes ont leur pertinence dans le fait qu’elles ne sont pas publiées ou diffusées du vivant des auteurs.  Par conséquent, on y livre ses préoccupations, ses tourments, ses sentiments sans trop de censure.  La correspondance du peintre Vincent Van Gogh (1853-1890) avec son frère  Théo n’échappe pas à la règle. 

Ces lettres montrent un peintre qui se questionne sur une relative reconnaissance, alors que plus jeune il songeait à devenir pasteur en milieu ouvrier.  Il se voit bon artisan, connecté à sa façon avec le sacré et toute la Création.  Il ne doute que très rarement de son talent.  Il tente de se faire accepter tel qu’il est.  Les rapports fraternels peuvent être tendus quand Théo se fait l’émissaire d’une famille conservatrice qui n’apprécie guère le mode de vie de Vincent.  Puis vient le temps où les échanges sont plus cordiaux, tendres, sincères.  Vincent met carte sur table.  Il confie ses déboires de santé, sa volonté de parfaire son art, son besoin d’assistance financière pour maintenir sa production d’œuvres.  Il veut le soutien de son frère, non pas sa pitié.  Il cherche aussi conseil auprès de Théo sur des sujets tels que : Vaut-il mieux rester dans la pluie du nord ou bien puiser l’inspiration à même un soleil provençal ?  Devrait-il s'associer ou non avec d'autres collègues pour tenir atelier ?  Au fur et à mesure, les tensions entre les deux frères s’amenuisent et font place à de l’entraide et à de la tendresse.

En outre, cette correspondance dépeint la vie difficile des artistes.  Or, certains d’entre eux optèrent pour une mode, une école par souci d’attirer une visibilité, alors que Vincent prit en solitaire les chemins de traverse des collines près d’Arles, aveuglé par la lumière méditerranéenne du Midi.  Il transporte un chevalet, des toiles, une palette, des pinceaux, en dépit des pies bavardes des alentours et des gamins qui lui lancent des cailloux.  Tous s’étonnent que ce grand rouquin Hollandais, maîtrisant par ailleurs fort bien le français, puisse s’installer au milieu d’un champ pour réinterpréter le monde et ses merveilles.

Voici trois beaux extraits :  
« Mon cher frère, tu sais que je me suis rendu dans le Midi et que je m’y suis lancé dans le travail pour mille raisons. Vouloir voir une autre lumière, croire que regarder la nature sous un ciel plus clair peut nous donner une idée plus juste de la façon de sentir et de dessiner des Japonais. »

« Je vais la nuit dehors pour peindre les étoiles, et je rêve d’un tableau comme cela avec un groupe de figures vivantes, des copains. »

« En somme, il y a bien plus de gens qui font habilement un croquis, que de gens qui peuvent peindre couramment et qui prennent la nature par le côté couleur.  Cela restera plus rare et que les tableaux tardent à être appréciés ou non, cela trouve son amateur un jour. »

Vincent Van Gogh connut la gloire, mais à titre posthume.  Il ne vendit qu’une seule toile de son vivant.  Ironie de l’histoire, ses toiles sont appréciées de nos jours comme celles de Modigliani ou de Picasso. Le 29 juillet 1890, Vincent gravement blessé rendit l’âme dans les bras de son frère.  Quant à Théo, pris de chagrin, il mourut quelques mois après Vincent.  La veuve de Théo fit transférer en 1913 la dépouille de son mari dans la tombe de Vincent à Auvers-sur-Oise.  Leurs enveloppes mortelles reposent maintenant en paix.

À lire : Lettres à Théo de Vincent Van Gogh, chez Gallimard, collection Folioplus Classiques.

© texte et photo, Denis Morin, 2018

mercredi 6 juin 2018

Vers la beauté de David Foenkinos



On croit choisir nos lectures.  Eh bien, on se trompe !  Souvent, les livres nous tombent entre les mains en temps opportun.  Notre vie leur lance un appel.

Voici l’exemple.  En 2017, j’écrivais Modigliani, regard vers l’abîme, sur ce personnage envoûtant tant par sa vie tourmentée, ses œuvres énigmatiques et belles, que par son histoire d’amour avec la mélancolique Jeanne Hébuterne.  Ces derniers mois, je franchissais le seuil de la boutique en ligne d’une librairie pour dénicher la jaquette du roman Vers la beauté avec le portrait de Jeanne Hébuterne peinte par son fiancé.  Il me fallait cette nouvelle parution de David Foenkinos parue chez Gallimard en 2018.

Dès les premières pages, Antoine Duris, professeur d’histoire de l’art, dépressif, troque son poste d’enseignant aux Beaux-Arts de Lyon pour un boulot de gardien au Musée d’Orsay, à Paris.  On se demande si cette fuite n'est que pour panser son cœur blessé après une rupture...  Dans ce nouveau travail, il se perd en moments contemplatifs et introspectifs.

On fait aussi la connaissance de Camille, talentueuse, taiseuse, frappée par la grâce créatrice.

Il appert que le professeur invite ses étudiants à évoluer et que l’artiste apporte sa touche de beauté dans cet apparent chaos qu’est le monde.  David Foenkinos m’a bien mené vers la beauté.  Ce roman ferait un très beau film, avis aux scénaristes et aux réalisateurs !

Je termine ce billet par un extrait qui vous donnera le ton du livre :
« Au fil des jours, Antoine serait happé par la force de ce tableau. Jeanne (Hébuterne) lui faisait survoler les heures.  Il continuait parfois à lui parler, comme à une confidente.  Cela lui faisait du bien.  Chacun cherche son propre chemin vers la consolation. (…)  Pour Antoine, la contemplation de la beauté était un pansement sur la laideur.  Il en avait été toujours ainsi.  Quand il se sentait mal, il allait se promener dans un musée.  Le merveilleux demeurait la meilleure arme contre la fragilité. »


© texte et photo, Denis Morin, 2018