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dimanche 20 septembre 2020

La cafétéria du Pentagone de Michel X Côté

 

Michel X Côté menait sa réflexion en 2011 sur l’occupation du territoire dans le recueil de poésie La cafétéria du Pentagone paru chez Mémoire d’encrier. Les lieux n’appartiennent plus à l’Amérindien ni au Québécois francophone, tous deux dépossédés, forcés à errer et à subir la destruction des paysages sous la détonation des explosifs qui éventrent la terre. Le minerai et le fric passent avant les gens du pays. Les animaux fuient tant qu’ils peuvent le bruit assourdissant des scies et de la machinerie. Une fois le sol vidé des ressources et les eaux contaminées, on ira piller ailleurs, puis l’Amérindien et le Québécois francophone resteront hébétés, enchaînés aux scories et à la terre ravagée, une bière à la main, titubant, rêvant au monde d’avant le chaos, d’avant le profit à tout prix.

Ce poète originaire de l’Abitibi est peintre et parolier. Il est aussi commissaire auprès des artistes-peintres des Premières Nations.

Je ne peux que vous inviter fortement à découvrir ses mots.

Extrait :

« là ou nous vivons

sous les constellations

du loup du lynx-mammouth et de l’ours

c’est là que nous voulons vivre

envoûtés par la danse

des aurores boréales

là où nous savons encore nous parler

de la douleur des étoiles

accouchant de la lumière »

 

© Texte du billet, sauf l’extrait de Michel X Côté, Denis Morin, 2020

 


jeudi 27 août 2020

Des preuves de prédation de Michel X Côté

 

Michel X Côté publiait en 2002 aux Éditions Trois-Pistoles le recueil Des preuves de prédation. Les Amérindiens et les Métis ont compris qu’ils appartenaient aux paysages et qu’ils étaient une partie intrinsèque de ce monde. Le territoire ne se définit pas par des bornes de cadastre et des titres de propriété. Loin de là. Les vents, les saisons, la cime des arbres nous définissent et tissent notre être.

Le poète déplore cette mainmise blanche et industrielle sur une région telle l’Abitibi que l’on transforme en mines, en collines rasées. Les forêts d’avant restent dans la mémoire du marcheur et du rêveur contemplatif. Il se désole à l’idée du permis à demander pour visiter le lieu où sa mère accoucha autrefois.

L’écrivain souligne aussi les abus de l’homme sur l’homme, le corps du client qui se pose sur celui de la prostituée, l’enfance que l’on achète ailleurs, les victimes de ces conflits militarisés…

Une touche de tristesse amère nous reste au cœur, mais est-ce ainsi que nous souhaitons vivre ? Le poète constate et se désole de l’envers mercantile du décor.

Michel X Côté est un poète québécois à lire, si ce n’est déjà fait.

Extraits :

« Nos jardins sont des champs de mines

Cueille ma douleur mon cœur

J’entends pleurer ma voisine

Nous tenons entre nos mains

Des fruits ensanglantés

Les beaux corps humains

De nos enfants mutilés »

 

« Un lac de faille

Au creux d’une main ouverte

Un continent noyé abordant

Aux rivages râpés du ciel

Je vois une fonderie avaler

La dernière clarté d’une ville »

 

© Photo, texte du billet, sauf les extraits de M. X. Côté, Denis Morin, 2020

 

 


dimanche 26 mai 2019

L'eau des fontes de Michel X Côté



Michel X Côté est poète, parolier, peintre. Il signe en mai 2019 un superbe recueil L’eau des fontes aux Éditions du Quartz, à Rouyn-Noranda. Il avait signé en 2014 avec cette maison, le recueil Rivière errante.

Le poète parcoure des paysages dans ce livre (forêts, mines, pinède aménagée, parcs, désert) à pied, en songes comme le font les Amérindiens qui causent avec les anciens ou avec un animal totem, au bout du pinceau sur une toile, à la pointe du stylo.

Il décrit l’Abitibi de sa jeunesse, voisine de l’Ontario. Il décrit ses promenades en bordure du Lac des Deux-Montagnes. Il montre des vieillards rebelles qui fuient la douleur et l’abandon dans les mouroirs de l’État vers le Nevada ou les Hautes-Laurentides.

Au segment Prodigue du recueil, son écriture m’a rappelé l'émouvante chanson Mon fils de Félix Leclerc.

À force de contemplation et de silence, il devient ces paysages. Il se les approprie et nous les rend très finement. En fait, je goûte la force de ses morts derrière l’apparente retenue du poète au quotidien. On aime de plus en plus !

Extraits :
« ta vie battue s’affale
dans des chambres de vent et de gel
je ne sais rien des poisons qui t’ensorcellent »

« des icebergs glissent devant ma porte
avec la lenteur appuyée
d’un char allégorique
qui se serait trompé de rue »

« un loup perdu dans le regard de sa proie
chanson d’errance et de faim charnelle
je ne me suis jamais couché sur le papier
dans la nuit des autres »

« je regarde un paysage
jusqu’à devenir
aussi pâle et ténu
que le dessin au crayon de ses ombres  »

© Photo, billet,
    sauf extraits du poète,
    Denis Morin, 2019





dimanche 3 mars 2019

L'été de la carotide de Michel X Côté



Michel X Côté est natif de Rouyn-Noranda. Ce bachelier en arts a été tout d'abord impliqué dans le milieu des arts visuels entre autres à titre de commissaire d'expositions promouvant les arts des Premières Nations.  Il s'est fait aussi parolier d'artistes dont le groupe Abbittibbi, Richard Desjardins, Karen Young, Michel Faubert, Claire Pelletier.

Il est toujours envoûtant et déroutant de commenter un recueil de poésie tel que L'été de la carotide, sa troisième parution aux Écrits des Forges. Allons, osons lire et pagayer entre les lignes.

Le poète-marcheur a chaussé ses bottes de cent lieues. Il parcourt les saisons à Kanehsatake/Oka, en bordure du lac des Deux-Montagnes. Il observe. Son regard retient, puis il transpose la réalité par des mots empreints de pudeur et des éclats de couleurs vibrantes dans ses oeuvres picturales. Il se sait traversé par le temps, par l'usure des jours. Son coeur opéré le lui a rappelé, mais il se sait surtout reconnaissant d'être vivant et créatif. La vie lui donne un second souffle. La poésie du poète-marcheur, badaud seul ou promeneur du chien, se fait forte, libre, libérée de la majuscule et de toute ponctuation, à l'image du lac des Deux-Montagnes qui étale sa blanche étendue en janvier et qui arbore la bleue en juillet.

Pas besoin de se rendre à Paris ou à Saint-Paul de Vence pour croiser des perles poétiques, on en déniche tout près de Montréal. Un poète à découvrir.

Extraits :

" comme un renard fou
de solitude se jette
sous les roues j'aurai su
trop tard juste avant le blast
que l'amour me suivait à la trace "

" je bois le thé des premiers bourgeons
je relis l'hiver dans le texte
les cendres de décembre font un pain amer
sous l'aile migratoire de l'outarde
des fleuves livrés au feu se lèvent
je garderai de ce monde
le reflet de la lune
dans une goutte de rosée "

" le monde ne retrouve ses aubes
qu'à travers ses manques
reste la vérité
paradoxale du poème
résister à l'anéantissement
en n'affirmant rien "

" sur mon lit de papier
je ne désigne plus le monde
que par l'extase "


© Photo, texte, Denis Morin, 2019,
    sauf les extraits du poète