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dimanche 15 novembre 2020

Présents composés de Juan Joseph Ollu



Chez Annika Parance paraît dans la collection Sauvage, le recueil de nouvelles Présents composés de Juan Joseph Ollu. 

Cinq nouvelles constituent le nouvel opus : Une fenêtre ouverte, Bad boy, L’indécis, Valentine, Le présent composé.

Les histoires se vivent autant à Paris qu’à Montréal. On se sent vite pris dans le tourbillon de ces vies observées à partir d’un balcon, le temps de griller des cigarettes, par la cadence du bassin dans un véhicule une nuit d’hiver, les propos d’un indécis, les confidences d’une femme momentanément mal assortie en amour, un homme infidèle à son compagnon.

Trahit-on ceux qu’on aime par l’esprit, le cœur et le corps? Le tourment amoureux est-il beaucoup plus insidieux et complexe que de céder à un bel inconnu devant une vitrine de haute couture ?

Lire du Juan Joseph Ollu, c’est la sensualité et l’émotion qui s’étalent au grand jour sans fausse pudeur, juste pour la beauté et la douceur. C’est du Yves Navarre en version années 2000. Quand je le lis, au-delà de la musique house tonitruante d'un bar un vendredi soir, j’entends surtout en fond sonore le nuevo tango d’Astor Piazzolla et la voix douce de François Hardy derrière ses mots.

J’aime, j’aime, j’aime…

Extrait :

« Avec un peu de mal, Alexandre se fit donc à cette rupture qu’il avait voulue malgré lui, si l’on pouvait parler de rupture pour si peu. Je ne crois pas qu’il ait souffert trop longtemps. Peut-être s’était-il protégé juste à temps ? Quant à moi, j’avais été clair dès le début. C’est un avantage d’être honnête, de l’être en tout cas le plus possible : pas de fausses promesses, pas de serments truqués, de projets inconsistants. Tout cela aurait pu se terminer par une vraie liaison, mais me comporter avec une telle félonie envers toi m’est absolument inconcevable. »

© photo, texte du billet, sauf l’extrait de J. J. Ollu, Denis Morin, 2020

 


dimanche 14 juin 2020

Entretien avec Juan Joseph Ollu


Les terrasses étant fermées, je me suis rendu chez l’écrivain pour partager une bouteille de merlot australien en son salon chacun à son bout de sofa. La vie et la littérature suivent leur cours. L’imaginaire n’est jamais en repos. Il lui suffit d’un personnage, d’une idée, d’une émotion pour que s’amorce un projet d’écriture. De cette discussion autour de l’écriture, il en a résulté cet entretien.  Bonne découverte.


Que représente un livre pour vous ?

Une multitude de choses. Beaucoup de plaisir et de découvertes d’abord. Ensuite il y a l’objet : qu’il soit précieux, ancien, neuf ou de poche, un livre est toujours beau. J’ai grandi parmi eux et depuis toujours ils sont un élément essentiel du décor qui m’entoure, de mes voyages d’où j’en ramène toujours. Il me semble que je n’en posséderais jamais assez ! Je lis beaucoup, mais je relis aussi ; c’est ainsi qu’un livre pour moi, c’est un complice, un vieil ami que l’on retrouve avec joie… ou mélancolie.

Quelle place occupe l’écriture dans votre vie ?

Une place centrale, bien sûr ! Je n’écris pas sans cesse, bien sûr, et le rythme n’est pas toujours régulier, mais je ne peux pas imaginer une existence sans l’écriture. On peut aimer ou ne pas aimer, mais dans la vie, écrire est ce que je sais faire de mieux, c’est ce qui m’apporte le plus de satisfaction. C’est parfois frustrant, difficile, laborieux, mais j’ai une chance inouïe de pouvoir m’y adonner. C’est mon mode d’expression, c’est ce qui me permet de continuer à avancer malgré les aléas, et ça m’apporte beaucoup.

Écrivain du matin, de l’après-midi ou du soir ?

J’aimerais répondre plus précisément mais j’écris un peu n’importe quand, même s’il est vrai que mes idées sont plus claires le matin et le soir que l’après-midi. En revanche je préfère l’été et dans une moindre mesure la fin du printemps et le début de l’automne, car j’aime écrire dehors. Écrire la nuit en plein été, c’est formidable.

Écrire, c’est de famille ou non ?

Écrire précisément, pas tout à fait, même si mon père s’y est adonné, sans toutefois poursuivre dans cette voie. Mais l’amour du livre, de la littérature et des arts en général, ça oui, sans aucun doute. Ça m’a été inculqué au berceau et d’aussi loin que je me souvienne, la culture a joué un rôle primordial dans ma vie et dans certains choix importants.

La littérature peut-elle être représentative d’un peuple ?

Ça, ça mériterait une longue discussion !


Votre écriture est très cinématographique, verriez-vous Un balcon à Cannes ou Dolce vita au grand écran ?

J’adore le cinéma et sans hésitation, je serais extrêmement heureux de voir Dolce vita ou des nouvelles extraites d’Un balcon à Cannes transposés au grand écran. Ce serait un rêve. Ce serait aussi très flatteur qu’un scénariste ou un réalisateur juge mon univers assez intéressant pour se l’approprier et l’interpréter. Ce serait un projet artistique passionnant. Maintenant, je ne sais pas quel effet cette interprétation me ferait, je ne sais pas quelle serait ma réaction devant le visage, la voix et le physique de personnages sortis tout d’abord de mon imagination… c’est l’inconnu et ça m’intrigue. Mais si l’occasion se présentait et que le projet me semblait de qualité, je n’hésiterais pas. Je demanderais peut-être même à apparaître en caméo !

Dans Dolce vita, il y a Adrien pris entre Alejo (dont il n’arrive pas à décrocher) et Maximilien (qui assume bien ses désirs). Au niveau de l’univers LGBT, avez-vous le sentiment de poursuivre à votre façon l’œuvre d’écrivains comme Yves Navarre ou Jean Genest.

À ma façon peut-être. Ce serait un beau compliment. Mais je n’oserais pas me prétendre l’héritier de ces écrivains que j’admire et que j’apprécie beaucoup mais qui ne m’ont pas particulièrement inspiré. J’irais plutôt vers Cocteau, Sagan, Beauvoir, Henry James ou – même si on l’a relativement oublié - Philippe Hériat, qui a écrit un magnifique roman d’éducation sentimentale ambiguë, L’innocent. Ce qui m’intéresse, ce sont les relations humaines et leurs complications, leur profondeur. En revanche, et c’est indéniable, le militantisme et le courage de ces grands écrivains ont certainement quelque chose à voir avec la transformation et la longue évolution de la vision que l’on a de ce qu’on appelle aujourd’hui l’univers LGBT. Et peut-être que sans eux, des personnages comme Maximilien, dans Dolce vita, ne vivraient pas leur sexualité comme ils la vivent, c’est à dire en l’assumant, sans façon et naturellement. En toute liberté. Comme tout le monde devrait pouvoir le faire, peu importe le sexe, la culture, l’orientation sexuelle ou la classe sociale.

Vous arrive-t-il de mener de front deux projets simultanés ?

Oui. Pas toujours, mais ça m’arrive. Passer d’un projet à l’autre me permet de respirer, de me changer les idées tout en continuant à écrire et à créer. C’est ainsi que j’ai écrit parallèlement un recueil de nouvelles et un roman. J’arrive pour l’instant à passer d’un univers à l’autre et à éviter les répétitions…

L’état de grâce face à la littérature, ça existe ?

Ça existe, ça oui, à la fois en tant qu’écrivain ou que lecteur. Rien n’est plus formidable que s’immerger dans l’univers d’un écrivain ou d’un artiste, d’ailleurs. Ça vaut pour le cinéma, la peinture ou la musique. Plus troublant mais tout aussi intense : se laisser emporter par son propre univers quand il prend son envol, quand les personnages commencent à évoluer par eux-mêmes et vous dépassent…

Voudriez-vous traduire des écrivains hispanophones vers le français ?

Je pense que ce serait un exercice très intéressant mais je ne suis pas sûr d’avoir les compétences pour traduire de la littérature. C’est un travail énorme que de traduire un auteur, un monde, des sentiments… J’admire ceux qui ont ce talent. Et aussi, peut-être encore plus ceux qui traduisent de la poésie. Ça, ça me semblerait tout à fait impossible.

Seriez-vous poète à vos heures ?

Je ne sais pas si je pourrais avoir l’audace de me considérer poète mais j’écris en effet de la poésie. Principalement de la prose poétique. C’est un mécanisme de création qui diffère radicalement du roman ou de la nouvelle et qui me détend. J’ai écrit un recueil de poésie au cours de la dernière année, que j’ai intitulé Les poings dans les poches. C’était la première fois que mes poèmes faisaient partie d’un projet précis, d’un ensemble. J’ai beaucoup aimé le rédiger, mais en ce moment j’avoue que je ne sais pas trop quoi en faire, alors je le laisse de côté. J’aimerais bien qu’il devienne un livre et qu’il ait sa vie à lui mais il faudrait pour cela que je me décide à le faire lire, à le présenter et pour l’instant je ne suis pas tout à fait prêt.

Et vos projets d’écriture à venir, quels sont-ils ?

J’ai un recueil de nouvelles intitulé Présents composés qui devait sortir en mai et qui a été repoussé à l’automne prochain. J’aurais bien aimé une publication au printemps mais vu les circonstances… et puis le livre est fini donc je suis à la fois heureux et impatient ! Sinon je termine actuellement un roman dont l’action se déroule entre l’Italie et le Liban, avec un passage à Montréal. Le tout reste à peaufiner, bien sûr. Parallèlement il y a le recueil de poèmes que j’ai mentionné précédemment… À suivre !




© Billet et photos, Denis Morin, Juan Joseph Ollu, 2020

mercredi 27 mai 2020

Entretien avec Annika Parance


Annika Parance exerce le singulier métier d’éditeur à Montréal depuis huit ans. Elle publie des écrivains atypiques. En cette période de confinement planétaire, elle prend la peine de s’entretenir avec moi à distance par le biais de nos cellulaires. Je sais son temps très précieux et je la remercie d’autant plus de se prêter au jeu.

Annika Parance, le goût des livres, ça remonte à loin ?

D’aussi loin que je me souvienne à l’enfance. J’ai toujours été fascinée par les livres, par l’écrit, la façon dont on dit les choses. Je dirais même dès l’état fœtal dans le monde utérin. Ah, ah ! Mon père était auteur-compositeur-interprète et ma mère a fait des études de lettres.

L’état de grâce en littérature, se peut-il ?

Oui, il existe par la beauté à l’intérieur d’un livre. Tout simplement par la beauté de la langue. Je voudrais aussi que les livres publiés par ma maison soient beaux tant dans le contenant que dans le contenu, que le livre soit attrayant, même si le contenu prime avant tout.

Seriez-vous tentée par l’écriture ?

Oui et non. Je suis quelqu’un de discret, de très privé. Mais je pense qu’un éditeur indépendant se révèle en filigrane par ses choix et ses goûts éditoriaux. Par contre, je suis passionnée par l’écriture des autres.

Le métier d’éditeur, ça s’apprend ou c’est inné ?

J’étais si fascinée par les livres quand j’ai mis mes études en veilleuse pour travailler dans le monde de l’édition, tout d’abord à faire des cartons dans un entrepôt, puis peu à peu à en connaître les rouages. Devenir éditeur, cela faisait partie de mes rêves les plus profonds, mais c’est en mettant les pieds au Québec il y a 30 ans que j’y ai trouvé le milieu fécond pour créer une maison d’édition, la mienne.

Et la place des femmes en littérature, devant et derrière le livre, ça se vit comment ?

Il y a encore du chemin à parcourir pour l’équité et pour que les femmes se réalisent pleinement dans toutes les sphères. Ça peut être lourd et difficile d’être une femme écrivain comme une femme d’affaires. Je crois en la solidarité et la complémentarité homme-femme pour aller de l’avant dans les arts et dans la société.

Hormis le livre papier et le livre numérique, avez-vous déjà songé au livre audio ?

L’autre jour, j’étais sur Zoom pour une entrevue et l’un de mes auteurs, Vincent Giudicelli a lu un extrait d’une nouvelle provenant du recueil Il faisait beau et tout brûlait. J’ai savouré cet instant. Cet écrivain est critique musical et comédien, mais il sait lire des textes, ce qui n’est pas donné à tout comédien ou à tout artiste. C’est fabuleux l’audio, je pense que c’est une des nombreuses voies pour (r)amener les gens à la littérature. J’aimerais beaucoup développer une collection de livres audio et audio adaptés (pour les mal voyants) dans les prochaines années.

Comment se fragmente votre horaire entre lecture, administration et réseautage ?

Je travaille seule (et avec des pigistes bien sûr) et ma maison d’édition tient dans mon ordinateur. Je peux donc travailler d’où je suis. Par exemple, nous faisons cet entretien téléphonique. Je suis en Estrie et vous, à Deux-Montagnes. Revenons à la gestion du temps, durant les jours ouvrables, je passe environ 45 heures par semaine à travailler. Je dis travailler, mais ce travail s’avère ma passion. Donc, l’administration, les opérations courantes et le réseautage se font durant ces heures-là. Le reste du temps, je fais de l’édition pure. La proportion de tâches administratives est devenue bien trop importante par rapport à celle consacrée à la lecture et à la création.

Vos écrivains sont d’ici et d’ailleurs, cela vous honore. Quels sont vos critères de sélection ?

Merci. Je ne cherche pas forcément des écrivains qui ont une maîtrise parfaite de la langue. Je recherche des écrivains qui savent manier la langue et qui ne tiennent pas un discours normatif sur la vie. Les écorchés de la vie m’interpellent par leur manière de voir le monde. Il y aura d’ici quelques mois un nouveau roman de Marie-Christine Arbour qui écrit si bien sur les milieux marginaux.

Je ne fais pas de compromis non plus. Si un livre n’est pas à point, il ne paraît pas. J’y tiens mordicus. Derrière chaque parution, il y a un travail en amont avec l’auteur pour obtenir un livre à son meilleur. Ce dialogue avec l’écrivain est essentiel.

Vos idoles en littérature ?

Comme ça, à brûle-pourpoint, je vous dirais Marguerite Yourcenar et Marcel Proust pour la qualité de l’écriture et surtout parce qu’ils étaient libres et qu’ils écrivaient tout simplement. Les deux ont vécu en retrait, en observateurs.

Quelles sont vos parutions à venir ?

Il y aura un nouveau recueil de nouvelles de Juan Joseph Ollu dans la collection Sauvage et le dernier livre de Julia Kerninon en septembre. Mais pour l’instant, je prépare la sortie prochaine de Errance de Mattia Scarpulla, un jeune écrivain d’origine italienne ayant transité par la France. Il vit au Québec maintenant. Il fait partie de ces écrivains du multilinguisme tels Romain Gary et Vladimir Nabokov. Il y a dans ce roman, une critique sociale et un questionnement sur l’identité, car quand on émigre on est quelqu’un d’autre. Une partie de soi reste là-bas et une autre partie de soi se vit ici.

Voilà, je vous remercie à mon tour pour cette discussion. J’ai apprécié notre conversation. Vivement les lettres et les écrivains !


© Entretien, Denis Morin, Annika Parance, 2020
© Annika Parance. Crédit photo : Bruno Gautier




samedi 28 mars 2020

Dolce vita de Juan Joseph Ollu




Je viens de refermer la couverture de Dolce vita de Juan Joseph Ollu paru en 2016 chez Annika Parance Éditeur. Je m’attendais à retrouver une ambiance tango du style Je te veux, tu me jettes et me rejettes, mais je te veux encore…  Je fus bien servi, au point d’en verser des larmes.

Commençons par le début. Maximilien, jeune lycéen parisien, de descendance italienne par sa mère, beau, musclé, fait du skate, boit, fait la fête, bascule les filles, se fait séduire par des femmes matures. Il aime et prend plaisir à mordre dans la vie. Toutes ses certitudes sont ébranlées par l’arrivée d’Adrien, un enseignant séduisant et mystérieux qui enseigne l’espagnol et le cinéma. Ce dernier a une prédilection pour le cinéma italien. En fin d’année académique, Maximilien se prend d’affection et de désir pour Adrien qui goûte pour un verre et pour le lit la présence de son étudiant.

À l’été, Adrien compte faire un stage en Suisse pour le silence et pour guérir d’une histoire d’amour avec Alejo que Maximilien trouvera sur sa route à Paris.

Puis en prévision de septembre, Adrien s’installe à Rome pour sa maîtrise, tout comme Maximilien s’établit aussi dans la Ville éternelle pour continuer ses études. S’ensuit un lent tango entre Maximilien qui veut s’attacher et Adrien tourmenté, toujours amoureux d’Alejo.

Ce roman mené fort habilement dépeint les tourments amoureux, la bisexualité et l’homosexualité au masculin, l’attachement aux autres et la peur de la perte des êtres aimés (famille, amoureux, amis), l’intensité de vivre.

Chaque lecteur/lectrice prendra le parti de Maximilien, d’Adrien ou d’Alejo. Tout n’est ni noir, ni blanc. La même histoire aurait pu être déclinée sur un mode hétérosexuel que c’eût été tout aussi passionnant. Ce roman ressemble à Rome dont les bâtiments ternes au petit matin prennent de teintes ocre, orange, rose sous la lumière méditerranéenne du midi. Ecco un’ottima storia di amore da leggere !

Extraits :

« Je devais découvrir par la suite que c’était chez lui une habitude. Toujours avoir un livre avec lui, ou plusieurs. Pour la littérature et les mots, bien sûr, mais aussi comme portes de sortie ou possibilités de parenthèses, d’évasion et de fuite. Et le cinéma, influençant ses actions et sa déraison. »

« Quel ennui aussi que de croire, pour certains, la souffrance, l’attente, le désir et la tourmente des sentiments ne représentaient rien d’autre qu’un cliché à fuir. Je pensai retourner au lit, mais je me secouai. Non, je n’allais pas rester là, je n’allais pas rester hors du mouvement. Je m’habillai et je sortis dans la nuit qui commençait. »

« Il arriva presqu’à l’heure. Je le repérai tout de suite ; il marchait d’un pas dégagé et je le trouvai encore plus beau que dans mon souvenir. J’avais de quoi comparer, maintenant. Plus fragile, aussi, eus-je l’impression, mais peut-être était-ce l’émotion et cette espèce de délire qui finissaient par me tourner la tête. »

© Photo, billet, sauf les extraits de J. J. Ollu,
    Denis Morin, 2020





mardi 17 mars 2020

Un balcon à Cannes de Juan Joseph Ollu


Juan Joseph Ollu se ballade entre la France et le Québec. Recherchiste et traducteur, son cœur bat depuis longtemps pour la littérature. J’eus l’occasion de le croiser à deux reprises lors d’événements culturels. En le regardant déambuler avec une coupe de rouge à la main, j’entendais Oblivion d’Astor Piazzolla. Oui, je procède par intuition et association avec les gens. Je ne m’étais pas trompé…

Une fois la couverture d’Un balcon à Cannes, recueil de nouvelles paru en 2012 chez Annika Parance Éditeur, j’entrais dans un univers particulier fait d’humour, de cynisme, de gestes retenus, d’amitié, de sentiments à fleur de peau, de désir assumé, d’envolées.

Ouvrons le livre. Dans L’affaire de la rose en chocolat, je suis agacé par une jeune femme blasée, une emmerdeuse de première classe, cherchant à voler la vedette durant la fête d’un ami. Puis AF2224 où l’écriture de l’écrivain me subjugue avec cet homme qui trompe son copain mais qui lui revient après un voyage. La dérobade évoque le questionnement d’une jeune femme qui se compare à ses copines, qui jauge son histoire d’amour et l’ennui déjà présent si tôt dans sa vie. La lettre nous montre le trajet d’une homme la nuit dans Paris. Il réfléchit sur les lettres, l’amour. Il porte en lui le mépris de lui-même et l’espoir. L’appartement, c’est l’amour qui se lit, se vit et se délie comme un lit défait par trop d’attente, par trop de non-dits et d’amertume. Un balcon à Cannes est la pièce de choix du recueil. Il y a une femme qui retrouve un ami de jeunesse endeuillé par un amoureux. Tendresse, amitié, bienveillance, spleen et sensualité sont au rendez-vous dans cette dernière nouvelle qui ferait un si beau film.

J’écoute justement le violoncelliste Stjepan Hauser jouer Oblivion le temps d’écrire ce billet.

Vivement Ollu et vivement Piazzolla.

Extraits :
« Nous étions bien ensemble, bien sûr, mais il ne nous serait pas venu à l’idée de changer le cours de nos vies. Il n’était pas question d’amour ou de passion à long terme. Nous avions décidé de rentrer séparément, afin qu’à Rome même, tout soit fini, et que ce qui s’y était passé y reste, avec en mémoire des souvenirs secrets et étanches. »

« Au moins, il s’est réfugié dans une vie qui lui ressemble, faite de légèreté, de réclusion, mais aussi de plaisirs nocturnes, de littérature. Il s’est offert toutes les apparences du bon pour y couver son malheur. »

© Photo, texte du billet, sauf les extraits de J. J. Ollu,
    Denis Morin, 2020