Aucun message portant le libellé Martine Roffinella. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé Martine Roffinella. Afficher tous les messages

vendredi 25 septembre 2020

Pour une absente de Martine Roffinella

 

Martine Roffinella ose, se méfie des lieux communs, emprunte des chemins qui lui sont propres. Dans ce nouvel opus Pour une absente paru en 2020 chez Rhubarbe, maison qui publie des textes inclassables, elle nous cause non pas d’une femme, mais de deux femmes. 

En effet, la première partie est un hommage à Barbara intitulé Elle prend la voix. Nous avons cette artiste en ce point en commun. Nous adulons la chanteuse qui débuta sa carrière en Belgique et sur la Rive gauche à Paris, assise au piano ou dans sa chaise berçante. Barbara nous cajole avec ses mots sombres, ses notes parfois cristallines. Certains poèmes semblent avoir été provoqués par des mots de chansons égrenés comme cailloux et fil d’Ariane pour que ravissement et joie nous reviennent et pour que des chansons surgies de la mémoire nous guérissent des amours anciennes. Défi relevé et réussi. 

Dans le deuxième segment désigné par Les lieux d’attente… Barbara en aurait fait une balade mélancolique de ce beau titre. Ici, c’est la bien-aimée, celle que l’on aurait couverte de lumière et de miel, que l’on attendait ou que l’on attend encore à la gare ou au coin du feu sous les flammes jaunes aux reflets mauves. Cette bien-aimée donnait à la poète des élévations telle la fumée d’encens qui monte en volutes dans l’air tiède d’une église romane toute de pierre construite, mais c’est dans la consternation et l’émoi que cette femme chérie a abonné la poète au journal quotidien du manque, du vide, du pourquoi et du ‘’j’aurais voulu te garder mais le train sifflait déjà ton départ’’. Aussitôt arrivée, à peine étreinte que voilà disparue.

Extraits du segment sur Barbara… 

« Vous n’étiez pas au rendez-vous

Mais elle attend

Ici même

Pas encore de voyage

Elle déjà derrière

Eux toujours devant

L’illusion du mimosa

Et des îles bétonnées

Aux assassins blonds d’amours »

 

« La photo est bonne

Quel besoin d’y revenir

Puisque la scène double ses mains

Comme une transparence ouverte »

 

Extrait du segment sur les lieux d’attente… 

« Je t’avais gardé un arbre

Tu y es entrée nue

Tu n’as rien trouvé beau

Rien d’autre que les chantiers

Qui bordent les histoires neuves

J’aurais dû percevoir

Dans ton goût pour la sève

Ton refus des choses grises

Tu murmurais

Il y avait tant de chaleur

Que mes pieds se sont brûlés »

Si vous souhaitez lire de la poésie qui s’adresse à la tête et au cœur, vous vous arrêtez à la bonne enseigne. Pour votre information, la photo floue en couverture est de l'écrivaine, blogueuse et photographe. Bonne lecture.

© Photo, texte du billet, sauf les trois extraits de la poète, Denis Morin, 2020

   

 


jeudi 6 février 2020

Conservez comme vous aimez de Martine Roffinella



Martine Roffinella nous revient en 2020 avec le savoureux roman Conservez comme vous aimez aux Éditions François Bourin.

En voyant les plats pastels dans une palette de couleurs agréables et douces, je me suis dit que j’allais lire une histoire de gens esseulés qui se réunissent pour de la vente de contenants en plastique et autres matériaux. Je n’avais pas lu la quatrième de couverture.

Puis dès les premiers paragraphes, j’ai senti le tapis me glisser sous les pieds ou plutôt je me suis senti emporté par le dérapage de Sibylle, rédactrice publicitaire aux portes de la cinquantaine qui travaillait jusqu’à l’arrivée de Capucine, Princesse Commerciale, une blondinette vaniteuse et ambitieuse, dans une boîte de publicité dirigée par P.Y., un égocentrique qui se tamponne les narines avec de la neige et qui utilise abusivement d’un franglais irritant.

Sibylle connut ses heures de gloire avec son slogan Conservez comme vous aimez à la suite d’une campagne pour une gamme de contenants en plastique allant au frigo et au congélateur, slogan que la nouvelle recrue de la boîte trouve trop proustien. Cette dernière revampe le concept par un J’aime, je conserve. Reléguée aux oubliettes, Sibylle développe des manies qui tournent à l’obsession, ce que l’on qualifierait de trouble obsessionnel compulsif. Elle vérifie ses phares de voiture, elle resserre ses robinets, elle s’assure de l’étanchéité de ses 101 plats mis au congélateur, etc. Elle est suivie par un Papa-Psy qui lui prescrit des cachets anxiolytiques ou autres. Il menace de la faire interner, si elle ne réprime pas l’expression de certaines envies. Sibylle écrit même à un commissariat pour attirer l’attention sur elle. Selon toutes les apparences, elle est devenue barjo, folle à lier ou presque.

Ce roman questionne beaucoup la société occidentale du ‘’consommez et jetez’’, d’éphémérité, de course au pouvoir, de vanité. Nous vivons dans une prison des apparences où les personnes authentiques se font broyer par une concurrence impitoyable.

Durant la lecture, j’imaginais Isabelle Huppert en Sibylle, Thierry Lhermitte en patron despotique et Léa Seydoux en Capucine. Je me suis fait mon cinéma et c’est le propre des histoires bien ficelées que de provoquer la réflexion et l’évasion. (Pour ma photo, j’ai opté pour des plats allant au four. Je me suis amusé simplement avec l’harmonie des couleurs.) Je fais aussi exprès de ne pas mettre d'extrait, puisque je souhaite piquer votre curiosité.

Pour le reste, je n’en dirai pas plus. Voici un roman psychologique à découvrir !

Vivement Martine Roffinella !


© Photo, texte, Denis Morin, 2020

vendredi 25 octobre 2019

Les hommes grillagés de Martine Roffinella



Martine Roffinella, on ne s’ennuie jamais à la lire. Son œuvre littéraire aborde entre autres l’amour au féminin dont les jeux de séduction et de domination, l’alcoolisme, l’anorexie, le polar, le témoignage de foi. Épatant ! Mais cette fois-ci, l’écrivaine se fait animatrice littéraire en milieu carcéral chez les hommes. Elle nous livre en 2019 ce très beau récit Les hommes grillagés aux Éditions H & O. Audace tant chez l’écrivaine que chez cette maison !

Elle arrive soucieuse du regard des voisins lorsqu’elle attend pour entrer. Est-elle la sœur, la fille, l’épouse de l’un des prisonniers ? Elle transporte avec elle une serviette contenant du papier, des crayons, un Bescherelle. Elle amène aussi avec elle ses certitudes, ses convictions, qui seront peu à peu ébranlées au contact de ces hommes meurtris. Elle leur parle de se refaire une dignité et une liberté, grâce à l’écriture. Le groupe décide d’écrire une pièce de théâtre sur le vécu des taulards. Ils se livreront, mais elle aura tôt remarqué la hiérarchie qui subsiste entre eux entre les murs. Elle accepte de ne pas les juger. Elle se montre empathique sans se laisser envahir par les ombres portées par eux. Elle leur explique que l’écriture peut être un exutoire, une manière de transcender le quotidien. Son regard note le rituel du parloir, des détenus qui se font beaux, des visiteuses surveillées, puis il y a les prisonniers qui en sont privés parce qu’ils auront lancé des injures à un gardien à la mémoire longue. Lors des ateliers, les participants l’écoutent attentivement, puis s’investissent dans l’écriture d’une œuvre commune. À la fin des ateliers, ils préféreront participer une dernière plutôt que d’aller assister à un concert rock tenu au même moment.

Ce livre se clôt avec les prénoms de ces hommes qu’elle remercie, pourtant j’ai l’impression qu’en écrivant à propos d’elle avec eux, c’est elle qui en a appris encore plus à propos de l’humanité via ce microcosme.

Somme toute, Martine Roffinella avec son sens de l’observation, son écoute, son empathie, sa finesse d’esprit aurait été un excellent reporter de guerre ou psychanalyste. Rien de moins.

Extraits :

« J’arrive là comme l’incarnation de l’honnêteté. Sorte d’image diaphane, à mi-chemin entre l’icône et l’œuvre de bienfaisance. Dans mon esprit, l’idée du châtiment mérité, culturellement propre, plane encore. (…) Mes habits d’innocence sont taillés sur mesure. Je me sens irréprochable. Presque humanitaire. Réconfortée d’accomplir une mission du cœur, un don de mon organe le plus précieux : le talent. »

« Pendant que dans le corridor de la Maison d’Arrêt, un défilé de femmes brave le cynisme ambiant, les idées qui traînent, la fouille. Les retenues. Les mots qui glissent d’une bouche à l’autre, sous surveillance. La frontière qui sépare en deux terres étrangères les promesses des uns, et les espoirs des autres. »

« Autres séances, entre sueur et exaltation. Autres jeudis où, artisans de notre vérité, nous érigeons ensemble un bâtiment ouvert, avec une cour de promenade. Notre cour des mots. Tout y circule. L’air se capte par poches chaudes. La connaissance mutuelle se joue là, dans cette étroitesse surveillée. Ce qui fuse appartient au respect. »

© Photo, texte du billet,
    sauf les extraits de Martine Roffinella,
    Denis Morin, 2019

mercredi 11 septembre 2019

Merveille au Mans



Martine Roffinella nous a habitués à une littérature où les amours et le désir étaient au féminin et au pluriel. Mais cette fois-ci, coup d’audace, elle nous revient pour la rentrée littéraire 2019 avec un polar intitulé Merveille au Mans publié chez Les Lettres Mouchetées. La mystérieuse photo de couverture est aussi de son cru.

Merveille manie aussi bien la plume, le clavier d’ordinateur que l’Opinel. Elle vit pratiquement cloîtrée, mais se déplace entre Paris et le Mans. La médiocrité l’enrage et le manque de reconnaissance publique l’exaspère tout autant. Elle avait commencé à se pratiquer sur des chats et des chiens, puis elle en eut marre et passa aux choses sérieuses. Elle attire ses victimes comme une araignée sait tendre la toile avant de frapper au cou. Les victimes se vident de leur fluide pourpre au goût métallique, puis elles les cuisinent avec des herbes de Provence et des oignons. Il semblerait qu’au Mans les rillettes sont fameuses. Merveille fait bien les choses. Pas de demi-mesure avec elle.

Monsieur Viande, ancien employé d’abattoir, convertit en fin limier, cherche à comprendre pendant une dizaine de jours les motivations de l’assassin. Il assiste l’inspecteur Lampe qui ne voit rien et ne comprend rien. Merveille laisse des indices écrits, visuels, olfactifs que Monsieur Viande décode très bien. L’humour est aussi au rendez-vous, puisque les victimes sont : Gérard Cou, Gaël Jambe, Sylvain Poitrine, Marc Pied, Christophe Tendon, Grégoire Joue.

À présent, je me fais discret sur les motivations profondes de Merveille. Donc, un roman déconcertant et divertissant que je vous recommande chaleureusement. Du grand art !

Extrait :
« Viande se détourne, puis se ressaisit. L’épaisseur du cerveau qui a conçu cette machination l’épouvante et le séduit à la fois. Il marche au cœur d’une forêt dense, composé d’organes dérobés, de sang tiré comme du vin, de peaux rôties et de torse regardant la mer. Car ce torse décapité regarde la mer, il en est certain. Comme s’il avait toujours rêvé de partir loin, sans prendre un billet de train ou d’avion. »

© Photo (pas un Opinel), texte du billet,
    sauf l’extrait de Martine Roffinella,
    Denis Morin, 2019

mardi 16 avril 2019

Elle de Martine Roffinella





Un corpus littéraire, ça se débute habituellement par des poèmes écrits à l’adolescence, puis par un roman publié ou non. En 1988, Martine Roffinella publia son roman Elle aux Éditions Phébus. Lors d’une émission de la mythique émission Apostrophes de Bernard Pivot, ce dernier l’encensa, soufflé par la force du livre.

Comme vous pouvez le constater, je découvre des livres en différé, ce qui ne me dérange pas le moins du monde.

Ce roman fut si apprécié qu’il fut réédité en 1999 par la même maison. La photo du haut vous montre l’édition originale et celle du bas la réédition.

Une étudiante adolescente voit entrer une enseignante pour un cours de français vêtue d’un élégant tailleur rose.  C’est la culture, la lumière, la grâce qui apparaissent à ses yeux. Pendant trois ans, l'étudiante retiendra ses gestes, contiendra ses regards. Mais elle surveillera l'enseignante en bordure du préau, tout près de l’entrée de l’école. L'étudiante voudra des leçons particulières pour mieux comprendre, mieux rédiger. Toutefois, l’enseignante ne sera pas dupe du jeu au bout d'un certain temps.

Ensuite, l’étudiante devenue femme se manifestera, exprimera son désir à l’enseignante menant une vie rangée auprès d’un homme et de leur enfant. L’enseignante tentera de résister…

Peut-on parler d’amour et de désir au même niveau entre deux individus ?  Qui aime le plus ? Qui souffre le plus ? Aimera-t-on sans (se) détruire ? L’une vouvoie pour prendre du recul, alors que l’autre plonge dans cet amour-là tête première.

Martine Roffinella savait déjà avec ce premier roman comment décrire avec brio les tourments du cœur et du corps.  Hugo, Duras, Yourcenar savaient parler de l’amour, mais elle aussi. Roffinella, un must !

Extrait :
« Non, je t’aime, encore plus qu’avant. Un vrai amour qui dure. Comme dans les romans. Avec des pleurs, des rendez-vous manqués, des âmes qui se consument, et toujours un qui aime moins fort que l’autre, qui finit par se lasser de l’amour de l’autre. Elle réplique, je ne me lasse pas de vous. Mais vous m’effrayez avec votre grande passion… »

© Texte du billet,
    sauf extrait de l’écrivaine,
    Denis Morin, 2019

mercredi 6 mars 2019

Entretien avec Martine Roffinella





Entretien avec Martine Roffinella

Aujourd'hui, nous nous entretenons avec la grande écrivaine Martine Roffinella, découverte en 1988 par Bernard Pivot sur le plateau de l'émission Apostrophes pour le roman Elle.  Depuis ce temps, elle poursuit sa route avec audace et brio.

1.       Pourquoi et pour qui écrivez-vous ?
C’est une fonction vitale, pour moi. Comme respirer, s’hydrater ou s’alimenter. Impossible d’échapper à l’écriture. La question du « pour qui ? » ne se pose donc qu’après le premier jet, que je ne contrôle jamais, puisqu’il s’agit d’une sorte d’opération corporelle obligatoire. Cette interrogation est d’ailleurs souvent liée à la possibilité de publier le texte ou pas – c’est la voix des éditeurs que j’entends à mes oreilles (car eux décident, finalement, ce qui est digne ou pas de parvenir jusqu’aux lecteurs). Au fur et à mesure des versions du texte, il faut alors se rapprocher de la lisibilité par le plus grand nombre. Parfois je ne cède pas à cette obligation quasi commerciale, et cela donne ensuite de très faibles ventes (pour ne pas dire inexistantes). Mais j’ai besoin, de temps à autres, de cette liberté d’expression-là.

2.       À quand remonte votre premier texte (jugé littéraire) ?
J’ai publié mes premiers poèmes en revue vers l’âge de 14 ans, et c’est à 18 ans que j’ai expédié mon premier manuscrit chez les grands éditeurs (il y a donc 40 ans). Ce roman s’intitulait « La Marge ». Quelqu’un chez Gallimard m’a encouragée à poursuivre dans cette voie. J’ai écouté le conseil mais n’ai jamais été publiée par cette prestigieuse maison.

3.       Est-il plus facile d’être femme écrivain maintenant qu’à l’époque de George Sand ?
Je l’ignore, car il me semble que les préjugés sont encore bien présents (mais insidieux). Il y a peu, alors que je me permettais un avis sur une question littéraire, un auteur-homme m’a taxée d’un « Ma petite Martine » dans sa réponse qui laisse très clairement apparaître un sexisme persistant. Les femmes de lettres semblent encore être trop souvent perçues comme « inférieures » à leurs collègues masculins.

4.       Comment définiriez-vous vos univers dans vos romans et vos récits ?
Je travaille depuis toujours sur l’humain dans ses déplafonnements multiples, ses dérèglements, ses obsessions, ses excès, ses errances – tout ce qui fait ses différences et ses formidables imperfections. Ainsi j’ai consacré plus de dix ans et plusieurs ouvrages à l’exploration des relations de soumission/domination (« Le Fouet », « Love », « Rien entre nous », « Camisole-moi »). Avec « L’Impersonne » j’ai débuté un nouveau cycle, qui explore au fond la solitude dans tous ses états – jusqu’à l’aliénation.

5.       Est-ce que le roman devient un double de vous-même ?
Je me suis amusée à ce jeu-là une seule fois, dans « Lesbian Cougar Story », où la narratrice s’appelle en effet Martine Roffinella et est écrivaine. Cette petite supercherie m’a permis d’aller assez loin dans l’autodérision.
Sinon, j’aime que mes romans créent une troisième personne en fait – en plus de mon double et de moi-même. Ce n’est pas le lecteur non plus, mais tout simplement l’œuvre. Qui est dans ce cas une personne à elle seule.

6.       Si vous étiez mécène, pour quels auteurs ouvririez-vous un musée ?
Guillevic – selon moi un immense poète. Mais en fait, comment choisir ? J’aime passionnément la littérature ! Il faudrait dans ce cas un musée pour tou.tes.s les écrivain.e.s talentueu.ses.x qui ne parviennent pas à se faire connaître auprès du public, et qui en souffrent beaucoup. Oui, créons un musée des au.trices.teurs VIVANTS !

7.       Quel est votre modus vivendi en écriture ?
Je n’en ai pas. Comme ma première éditrice Jane Sctrick me l’a conseillé alors que j’avais à peine 30 ans : « Ne vous forcez jamais à écrire, attendez que ce soit au bord des lèvres. » J’attends donc que ce soit « au bord des lèvres ». Soit c’est un cahier de brouillon qui recueille ce premier flot qui vient généralement d’un seul coup, soit je tape directement sur le clavier de l’ordinateur. Je n’ai ni codes ni règles, c’est le texte qui décide : je ne fais qu’obéir.

8.       Quelles sont vos influences ?
A mon âge (bientôt 58 ans), je suis dégagée de toute influence, sur ma voie propre et singulière. Plus jeune, je me sentais proche de Duras. Cela se sent d’ailleurs peut-être un peu dans mon premier livre « Elle », paru alors que j’avais 26 ans. Mais très vite, j’ai entendu ma propre musique qui ne ressemblait à aucune autre. J’avais en tête de créer un nouveau genre littéraire, où il serait possible de visiter plusieurs strates d’écritures romanesques (ce que j’ai d’ailleurs tenté avec « L’Impersonne »). Finalement, quel orgueil de ma part !

9.       Donnez-nous cinq mots qui vous résument.
Passion. Ténacité. Colère. Susceptibilité. Générosité.

10.     Êtes-vous une solitaire solidaire ?
Oui je pense l’être – et c’est en ce sens que j’invite très régulièrement sur mon Blog : http://martineroffinella.fr d’autres écrivain.e.s et artistes à venir parler de leur travail et présenter leurs œuvres. C’est une forme de solidarité active. Qui trouve un bel écho sur les réseaux notamment.

11.     Si je vous dis Duras, Sagan, Beauvoir, Yourcenar… Avec quelle écrivaine célèbre avez-vous des atomes crochus ou vous sentez-vous apparentée ?
Je vais peut-être vous surprendre, mais je ne me sens apparentée à personne. J’aime passionnément les écrivain.e.s que vous citez – j’y ajoute l’immense Virginia Woolf, que je vénère. Mais de là à y être apparentée, non. Raison pour laquelle, sans doute, je suis dans une immense solitude depuis toujours.

12.     Des projets ?
Oui, un roman social qui me tient très à cœur : « Conservez comme vous aimez », et qui paraîtra en janvier 2020 aux éditions François Bourin.


© Photo, Martine Roffinella
© Entretien, Denis Morin, Martine Roffinella, 2019

vendredi 25 janvier 2019

Kilogramme Zéro de Martine Roffinella


Martine Roffinella est une écrivaine qui sort des sentiers battus, qui livre très bien les tourments de l'âme humaine.  Elle se fait portraitiste des femmes.  Ça donne une littérature envoûtante, jamais tiède, déconcertante.

Dans Kilogramme Zéro paru à l'automne 2018 chez 5 Sens éditions, Martine Roffinella nous présente une femme obsédée par l'image.  Ce roman s'inscrit très bien en notre ère de l'ego-portrait, communément appelé le selfie.  Tout d'abord, la femme se goinfre de pâtés, de viandes grasses, de pâtisseries et de confiseries, puis elle se tourne vers l'alcool pour gérer ses angoisses existentielles au point de chahuter dans les restaurants et d'être abandonnée peu à peu par ses amis. Ultime révélation pour se refaire une image et un corps aminci, elle se met au calcul calorifique.  Elle fait ses emplettes et revient parfois avec des sacs vides. On sent son estime personnelle si faible qu'elle aspire au kilogramme zéro, soit à l'apparent anéantissement d'elle-même.

Un texte percutant qui fait réfléchir et qui pourrait apporter des éléments de discussion soit pour les thérapeutes ou soit pour les personnes aux prises avec des troubles alimentaires.

Extraits :

« Pour être éventuellement vue-entendue (au moins remarquée) elle se vantait d'avoir été grosse à son insu (en témoignait le souvenir de son reflet dans la vitrine qu'elle ne se laissait pas de raconter pour expliquer sa ''révélation'') et d'être sur le chemin initiatique de la maigreur. »

« Un bref instant, elle se sentit paradoxale. Comment pouvait-elle désirer si fort aller vers la diminution complète de sa personne (le « rétrécissement maximal jusqu'à l'ultime trace de présence » aimait-elle à dire) et en même temps vouloir à tout prix « être tangible » ? Sa quête du « moins » ne dissimulait-elle pas un désir « plus »... » 

© Photo, texte, sauf extraits,
    Denis Morin, 2019


mardi 15 janvier 2019

Lesbian Cougar Story de Martine Roffinella



Martine Roffinella, quelle écrivaine singulière !  J’apprécie son style qui frappe tel un upper cut.  Chacun de ses livres est une surprise.  Elle publie en janvier 2019 aux éditions La Musardine, un roman, voire un récit autobiographique, intitulé Lesbian Cougar Story.  Je croyais que j’allais tomber uniquement dans le roman érotique, mais nenni… Détrompez-vous. 

Tout débute un jour où une jeune psychologue d’un établissement de santé décide d’envoyer un courriel à la romancière, s’invite, puis la première, ayant subi un sleeve (opération gastrique pour faciliter la perte de poids) et redécouvrant un nouveau corps, séduit notre artiste quinquagénaire.

La jeune femme surnommée Lolita, car elle utilise abusivement du Lol (abréviation pratique, pendant anglais de mdr), veut jouir souvent, intensément, à la folie.  Quant à notre narratrice et romancière solitaire, elle veut bien s’envoyer en l’air, mais elle souhaite surtout l’engagement et la stabilité. En contrepartie, Lolita ne parvient pas à exprimer son affection et désigne son amante par m.  Elle lui dit à deux, trois reprises Belle toi sans plus d’émoi. De plus, Lolita passe par le biais de chansons qui jouent pendant les jeux amoureux pour signifier ses attentes. M devine ainsi les messages plus ou moins subtils de son Amazone.

M cherche à connaître les intentions et les sentiments de Lolita qui se défile aussitôt après l’orgasme, se rhabille, lance un mot acerbe qui ressemble à de la violence verbale sur l’âge de m et considère toute amorce de dialogue comme une prise de tête.

Par souci de provocation, m tantôt récite par cœur et tantôt lit des passages d’ouvrages de Yann Andréa et de Marguerite Duras, à propos de leur amour.  La petite garce de Lolita éclate en disant que ce n’est pas son histoire, ni leur histoire, etc. Bref, elle veut revoir m quand cela lui chante, mais m sera-t-elle toujours au rendez-vous ? J’en doute.

Pour ceux et celles qui se demandent qui est Martine Roffinella, je vous répondrai par ceci : femme de lettres française, photographe impressionniste, blogueuse culturelle, invitée de Bernard Pivot (en 1988 pour la parution de son roman Elle paru chez Phébus), aidante naturelle.

Somme toute, voici une femme de lettres audacieuse pleine d’humour et d’amour. À découvrir !

© Photo, texte,  Denis Morin, 2019


samedi 8 décembre 2018

Camisole-moi de Martine Roffinella


Martine Roffinella est une écrivaine (oui, je féminise à la Québécoise), une photographe aux photos impressionnistes et une blogueuse.

En 1988, elle attira l'attention de Bernard Pivot à l'émission Apostrophes avec son roman Elle.  Avouons-le, on ne saurait trouver mieux pour faire son entrée dans le monde si féroce du livre et de la littérature.  Son aventure littéraire se poursuit jusqu'à ce jour.

Son roman L'Impersonne publié en 2017 aux Éditions François Bourin a figuré parmi les finalistes du prix Marie-Claire du roman féminin 2017.

Ici, la romancière nous propose en 2018 toujours aux Éditions François Bourin Camisole-moi, un tango sensuel et tordu entre deux femmes du monde des arts.  Joute étrange et combien fascinante !  

D'une part, nous sommes en présence de FE58, femme éditrice de 58 ans, dominatrice, qui se plaît à construire ou à détruire les écrivains et à faire courir les journalistes littéraires et people parisiens. D'autre part, il y a AT48, auteur tardif de 48 ans, écrivaine vivant dans le Midi.  

Lors d'un rendez-vous au restaurant, la première effleure le bras de l'autre, lui replace une mèche de cheveux, tout en ne voulant pas succomber à la beauté de son invitée.  On s'offre un langoureux baiser par la pensée. En cas d'un trop-plein de désir, on détourne le regard. On joue les conventions. L'éditrice ne couche pas ''dans le diocèse'', pas dans son écurie de scribes. La romancière souhaite se soumettre au désir de son éditrice jusqu'à l'estompement de sa volonté propre.  Fait à noter que l'éditrice narcissique est fascinée par un chanteur ayant assassiné son ancienne conjointe, actrice.  Cela vous en dit sur les pulsions violentes qui hantent l'esprit de l'éditrice.  Elles correspondent par courriel jusqu'au moment où l'éditrice ordonne un arrêt de cet échange de messages pour mettre son auteur en sevrage.  L'éditrice croit marquer de son sceau sa soumise, puis elle décide quand reprendre la correspondance toute anodine avant de verser dans les tourments du cœur et du corps.  

On tourne les pages de ce roman psychologique, on se demande qui conduit vraiment la danse, qui tombera tôt ou tard à la renverse.  Un roman à lire pour les jeux de séduction menés fort habilement par Martine Roffinella, femme de lettres et artiste à découvrir. J'adore !