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samedi 21 août 2021

Avec des si de Hervé Richard

 

Hervé Richard sort en moyenne un recueil de poésie par an. Il troque alors sa plume de traducteur pour celle de poète. C’est sa moyenne. Il le fit en mai 2021 chez Edilivre avec son opus Avec des si et sa couverture d’un bleu de Mer Égée.

Le poète réfléchit sur la vie et sur l’amour. Il se sent unique comme être mais complémentaire lorsqu’aimant, aimantant à lui la joie, l’émerveillement, les tourments, la rupture, l’éventuelle reprise. Ce recueil d’une trentaine de pages est sur le ton de la confidence d’un ami rêveur qui nous dit où il en est dans sa vie.

Je vous invite à entrer dans son univers. (Par le passé, j’ai fait d’autres recensions à son endroit. Vous n’avez qu’à cliquer sur Hervé Richard comme balise pour vous amener vers les autres ouvrages lus antérieurement.) Bonne lecture.

Extraits :

« Refaire le monde avec des si

Sans mettre Paris en bouteille

Un peu de pluie pour les abeilles

Les ponts les pierres les fleurs aussi »

 

« Et si je vois tes yeux

Et que tu vois le monde

Je serai proche un peu

Du monde que voient tes yeux »

 

© Photo, Edilivre, 2021; texte du billet, sauf les extraits de H. Richard, Denis Morin, 2021


mardi 17 novembre 2020

Alors que tout résiste de Hervé Richard

 

Hervé Richard est un poète français vivant en Allemagne. Sa demeure, ce sont les langues : le français, l’allemand, le russe. L’écriture est à la fois son métier et une manière de vivre, d’être.

Il mène sa petite musique intérieure depuis des années qu’il confie à des pages de cahier, assis sagement chez lui ou en un quelconque café. Je peux l’imaginer en train d’écrire sur fond sonore avec Nina Simone ou du Chopin.

Ce recueil Alors que tout résiste paru en 2020 chez Edilivre est un recueil de l’appel, dans un contexte de confinement et d’attente amoureuse. On fait comme si tout était comme avant la distanciation et les consignes qui nous étouffent à titre de citoyens. On mène son existence mise sur pause. L’amant franchira-t-il le seuil de la porte ce soir, demain ? On se rappelle des vacances prises ensemble à la plage et des promenades sur les berges d’une rivière, décor bucolique. Les mots appellent sa voix ou nous situent dans l’absence. La poésie est exutoire et réminiscence. Non, plus rien ne sera pareil.

Voici un poète discret mais ô combien talentueux que je vous invite à découvrir…

Extraits :

« Où va ce qui se mire

Dans le miroir défait

La vie les souvenirs

Où les tiens-tu cachés

N’as-tu pas quelque trace

Un indice oublié

Où va ce qui se mire

Quand la chambre a fermé ? »

 

« Tu es mon avant et mon après

Mon présent mon passé

Tu es qui j’étais qui je n’ai pas été

Tu es ce qui ne fut et ne sera jamais

Tu es mon paradoxe mon ombre mon partage

Tu es mon grand secret mon ami mon image

Tu es comme un passé qui se serait posé. »

 

© Photo, Edilivre. Billet, sauf les extraits de H. Richard, Denis Morin, 2020


samedi 21 décembre 2019

Ce qu'il reste du monde de Hervé Richard




Hervé Richard me surprendra toujours. Je lis sa poésie comme si j’écoutais des chansons de Barbara avec de la tendresse et une larme à l’œil. Ça ne s’explique pas. C’est l’amour qui frisonne, qui arrive et repart. Ça ne se fabrique pas. C’est Paris, l’Allemagne parcourue en train, la Russie si lointaine. Tout se conjugue en mode adieux ou en mode retrouvailles et à le lire j’ai le cœur qui bat la chamade. Une fois de plus, je suis ému d'ouvrir et de refermer en 2019 ce recueil Ce qu’il reste du monde publié chez Édilivre.

D’ailleurs, il reprend au gré de ses humeurs, le plus souvent amoureuses, le titre à chaque poème bref comme un slogan, un leitmotiv. Chamboulé suis-je à chaque parution par la mélancolie et la sincérité. Or, je suis ce doux poète et écrivain depuis quelques années. Je vous souhaite d’en faire de même.

Mes pensées harmonieuses vont vers lui. Puisse-t-il ne jamais cesser d’écrire.

Extraits :

« Et dans un souvenir qu’il me reste du monde
Une enfance volée tout le reste est en retard
Je n’ai ce monde aimé quand il était trop tard »

« Et dans un souvenir qu’il me reste du monde
Il m’arrivait parfois de vous aimer si fort
Que saturé mon cœur dépassait de mon corps »

« Et dans un souvenir qu’il me reste du monde
Le conflit permanent de l’être et du paraître
Je suis tel que je suis et tel que je veux paraître »

© Texte du billet, sauf les extraits du poète,
     Denis Morin, 2019,
     photo, Edilivre, 2019





mardi 4 juin 2019

Orénoque d'Hervé Richard



Hervé Richard, poète, romancier et traducteur français vivant en Allemagne, nous revient avec un recueil de poésie intitulé Orénoque publié en 2019 aux Éditions Edilivre.

Cet ouvrage possède le cachet du journal intime et d’une subtile déclaration d’amour. Le style me rappelle la prose et l’univers d’Yves Navarre, de même que la mélancolie des chansons de Barbara.

Je me sens à l’aise dans ses mots comme on renoue avec un ami, un amant de retour après un long voyage. Douceur, sensibilité, sensualité, tendresse, intelligence sont au rendez-vous dans ce recueil qui mérite d’être lu et relu.

Voici un écrivain à découvrir.

Extraits :
« Une envie de torpeur et d’Orénoque en fleurs
Des singes affublés de canopées heureuses
Des fièvres des forêts des lianes tueuses
Une envie de torpeur et d’Orénoque en fleurs. »

« Laisse les mots aller à ceux qui vont attendre
Qui cherchent à l’horizon un signe du destin
Et puisque le réel est tombé en chemin
Laisse les mots donner ce qu’ils ont de plus tendre. »

« Quel est ce pays que tu ne peux atteindre
Posé entre deux feux à la lisière de nous
Tu peux fermer les yeux si tu veux et sans craindre
T’avancer doucement et te perdre à mon cou. »


© Billet, sauf les extraits de l’auteur,
    Denis Morin,
    photo, Edilivre, 2019

dimanche 12 mai 2019

Entretien avec Hervé Richard


Par le passé, je vous ai déjà entretenu de ce poète, romancier et traducteur français vivant en Allemagne. Il est un de mes coups de foudre littéraires des dernières années. Voici.

Vous êtes traducteur de formation, un traducteur fera-t-il nécessairement un bon pédagogue et un écrivain parce qu’il connaît la mécanique des langues ?

Connaître les théories linguistiques, l’histoire et le développement des langues permet de proposer des explications plus fines aux faits de langue, et sans doute de mieux traduire, mais l’écriture, c’est différent. L’écriture, c’est à part.


Abordez-vous la poésie de la même manière que le roman ?

Il y a d’abord l’écriture, le besoin d’écrire, un besoin impérieux qui se fiche des codes. Sur son chemin, elle rencontre des modèles préétablis – roman, poésie -, mais l’écriture, c’est d’abord cette pulsion bizarre qui se saisit de tout.


Écrit-on pour se dévoiler ou se cacher ?

Les deux.

Peut-on être encore romantique au XXIe siècle ?

Le mot romantique est chargé de trop de significations. Je suis incapable de répondre à cette question.


Pourquoi écrivez-vous ?

Pour respirer.


Avez-vous déjà songé à traduire des auteurs étrangers ?

Oui, par exemple ce roman contemporain allemand que j’ai beaucoup aimé – Herr Jensen steigt aus, de Jakob Hein. Mais en fait, j’ai assez de mes 30 heures hebdomadaires de traduction dans une ONG. 


Vous sentez-vous français, allemand ou russe, lorsque vous écrivez ?

J’ai une passion sans bornes pour la langue russe, et j’adore la poésie de langue allemande – Rilke, Hofmannsthal, Trakl, Bachmann, Lasker-Schüler, Carossa -, mais quand j’écris, je me sens français. Les auteurs français m’habitent et m’accompagnent. 


Les états de grâce, vous les vivez à titre d’écrivain et/ou de lecteur ?

Les états de grâce, c’est Le Bateau ivre de Rimbaud, Le Voyage de Baudelaire, Le Monologue de Jeanette de Péguy, Le Mot “vie” d’Aragon, La Vie devant soi d’Émile Ajar. Les états de grâce, c’est quand le rythme rencontre exactement le sens.

Silence ou bruits ambiants, sédentarité ou voyage, dans quelles conditions écrivez-vous ?

Chez moi, dans le silence absolu.

Lisez-vous votre poésie devant public ?

Jamais.

Écrit-on pour soi ou pour les autres ?

Les deux. Et pour passer à autre chose aussi.

Vous sentez-vous apparenté à d’autres écrivains ?  Si oui, lesquels ?
Je les aime tous. Mais je dois faire mon chemin seul.

Des projets à venir…  Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

Je travaille actuellement à une grammaire.

Comment pourriez-vous résumer votre écriture en cinq mots ?

Je ne sais pas.




© Entretien, Denis Morin, Hervé Richard, 2019
    Illustration d’Orénoque, Edilivre, 2019