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mercredi 12 août 2020

Printemporel de Louise Frottin

 


Belle découverte que Printemporel de Louise Frottin, roman paru en 2020 chez JDH Éditions, dans Magnitudes 8.0.

Une femme d’un milieu modeste avec sa vie ordinaire épouse un homme. L’amour des premiers instants fait place à la routine, au goulot d’une bouteille et aux coups. L’homme s’excuse le lendemain, jure qu’il ne recommencera pas, puis le temps file… Pour une raison ou pour une autre, les coups pleuvent, puis l’homme impose ses envies sexuelles, sans tenir compte de l’autre. Il veut, il prend en des scénarios sado-masochistes. C’est tout. Elle met du poison à rat dans ses mets. Il s’en rend compte. La cruauté reprend de plus belle.

Seules bouffées d’air, elle n'a que des souvenirs liés à ses parents et à sa grand-mère, la pratique de la musique avec son amie Louise et son frère, le doux Sébastien avec qui elle aura une histoire.

On voit cette femme s’enfoncer, se déprécier, mais on sent aussi sa résilience et son envie de vivre. Ce roman de 272 pages contient de nombreux élans poétiques. Si j’avais été l’auteur de ce livre, je l’aurais amputé de 20 pages tellement j’en avais marre de la voir encaisser la violence.

Voici un très bel ouvrage sur le vécu quotidien par bien des femmes et leur souhait de jours meilleurs.

Bref, un texte percutant à lire absolument.

Extraits :

« Je ne voyais pas Karl. Je sentais sa peau contre la mienne et j’entendais sa respiration. Avant j’avais tellement envie de me blottir contre lui. Peu importait son mépris. Peu importait sa colère. J’avais l’impression qu’hier encore nous étions dans ce lit, corps contre corps, visage contre visage, rêve contre rêve. Et aujourd’hui, je ne savais plus. Cul contre cul, dos contre dos, vide contre vide. »

« Puis d’année en année, je me suis recroquevillée et ratatinée, d’année en année je suis devenue transparente et normale. Une femme éteinte. Une femme abattue. Une femme à battre. »

© Photo, JDH Éditions ; texte du billet, sauf les extraits de L. Frottin, Denis Morin, 2020

 

 


samedi 28 mars 2020

Dolce vita de Juan Joseph Ollu




Je viens de refermer la couverture de Dolce vita de Juan Joseph Ollu paru en 2016 chez Annika Parance Éditeur. Je m’attendais à retrouver une ambiance tango du style Je te veux, tu me jettes et me rejettes, mais je te veux encore…  Je fus bien servi, au point d’en verser des larmes.

Commençons par le début. Maximilien, jeune lycéen parisien, de descendance italienne par sa mère, beau, musclé, fait du skate, boit, fait la fête, bascule les filles, se fait séduire par des femmes matures. Il aime et prend plaisir à mordre dans la vie. Toutes ses certitudes sont ébranlées par l’arrivée d’Adrien, un enseignant séduisant et mystérieux qui enseigne l’espagnol et le cinéma. Ce dernier a une prédilection pour le cinéma italien. En fin d’année académique, Maximilien se prend d’affection et de désir pour Adrien qui goûte pour un verre et pour le lit la présence de son étudiant.

À l’été, Adrien compte faire un stage en Suisse pour le silence et pour guérir d’une histoire d’amour avec Alejo que Maximilien trouvera sur sa route à Paris.

Puis en prévision de septembre, Adrien s’installe à Rome pour sa maîtrise, tout comme Maximilien s’établit aussi dans la Ville éternelle pour continuer ses études. S’ensuit un lent tango entre Maximilien qui veut s’attacher et Adrien tourmenté, toujours amoureux d’Alejo.

Ce roman mené fort habilement dépeint les tourments amoureux, la bisexualité et l’homosexualité au masculin, l’attachement aux autres et la peur de la perte des êtres aimés (famille, amoureux, amis), l’intensité de vivre.

Chaque lecteur/lectrice prendra le parti de Maximilien, d’Adrien ou d’Alejo. Tout n’est ni noir, ni blanc. La même histoire aurait pu être déclinée sur un mode hétérosexuel que c’eût été tout aussi passionnant. Ce roman ressemble à Rome dont les bâtiments ternes au petit matin prennent de teintes ocre, orange, rose sous la lumière méditerranéenne du midi. Ecco un’ottima storia di amore da leggere !

Extraits :

« Je devais découvrir par la suite que c’était chez lui une habitude. Toujours avoir un livre avec lui, ou plusieurs. Pour la littérature et les mots, bien sûr, mais aussi comme portes de sortie ou possibilités de parenthèses, d’évasion et de fuite. Et le cinéma, influençant ses actions et sa déraison. »

« Quel ennui aussi que de croire, pour certains, la souffrance, l’attente, le désir et la tourmente des sentiments ne représentaient rien d’autre qu’un cliché à fuir. Je pensai retourner au lit, mais je me secouai. Non, je n’allais pas rester là, je n’allais pas rester hors du mouvement. Je m’habillai et je sortis dans la nuit qui commençait. »

« Il arriva presqu’à l’heure. Je le repérai tout de suite ; il marchait d’un pas dégagé et je le trouvai encore plus beau que dans mon souvenir. J’avais de quoi comparer, maintenant. Plus fragile, aussi, eus-je l’impression, mais peut-être était-ce l’émotion et cette espèce de délire qui finissaient par me tourner la tête. »

© Photo, billet, sauf les extraits de J. J. Ollu,
    Denis Morin, 2020





jeudi 6 février 2020

Conservez comme vous aimez de Martine Roffinella



Martine Roffinella nous revient en 2020 avec le savoureux roman Conservez comme vous aimez aux Éditions François Bourin.

En voyant les plats pastels dans une palette de couleurs agréables et douces, je me suis dit que j’allais lire une histoire de gens esseulés qui se réunissent pour de la vente de contenants en plastique et autres matériaux. Je n’avais pas lu la quatrième de couverture.

Puis dès les premiers paragraphes, j’ai senti le tapis me glisser sous les pieds ou plutôt je me suis senti emporté par le dérapage de Sibylle, rédactrice publicitaire aux portes de la cinquantaine qui travaillait jusqu’à l’arrivée de Capucine, Princesse Commerciale, une blondinette vaniteuse et ambitieuse, dans une boîte de publicité dirigée par P.Y., un égocentrique qui se tamponne les narines avec de la neige et qui utilise abusivement d’un franglais irritant.

Sibylle connut ses heures de gloire avec son slogan Conservez comme vous aimez à la suite d’une campagne pour une gamme de contenants en plastique allant au frigo et au congélateur, slogan que la nouvelle recrue de la boîte trouve trop proustien. Cette dernière revampe le concept par un J’aime, je conserve. Reléguée aux oubliettes, Sibylle développe des manies qui tournent à l’obsession, ce que l’on qualifierait de trouble obsessionnel compulsif. Elle vérifie ses phares de voiture, elle resserre ses robinets, elle s’assure de l’étanchéité de ses 101 plats mis au congélateur, etc. Elle est suivie par un Papa-Psy qui lui prescrit des cachets anxiolytiques ou autres. Il menace de la faire interner, si elle ne réprime pas l’expression de certaines envies. Sibylle écrit même à un commissariat pour attirer l’attention sur elle. Selon toutes les apparences, elle est devenue barjo, folle à lier ou presque.

Ce roman questionne beaucoup la société occidentale du ‘’consommez et jetez’’, d’éphémérité, de course au pouvoir, de vanité. Nous vivons dans une prison des apparences où les personnes authentiques se font broyer par une concurrence impitoyable.

Durant la lecture, j’imaginais Isabelle Huppert en Sibylle, Thierry Lhermitte en patron despotique et Léa Seydoux en Capucine. Je me suis fait mon cinéma et c’est le propre des histoires bien ficelées que de provoquer la réflexion et l’évasion. (Pour ma photo, j’ai opté pour des plats allant au four. Je me suis amusé simplement avec l’harmonie des couleurs.) Je fais aussi exprès de ne pas mettre d'extrait, puisque je souhaite piquer votre curiosité.

Pour le reste, je n’en dirai pas plus. Voici un roman psychologique à découvrir !

Vivement Martine Roffinella !


© Photo, texte, Denis Morin, 2020

mercredi 29 janvier 2020

PsychoZe de Marie-Christine Arbour






Marie-Christine Arbour dans PsychoZe publié en 2016 chez Annika Parance Éditeur nous raconte les déboires de Marie-Christine qui vit une psychose. Le grand Zorg (Dieu) et des angelots lui apparaissent quand elle cuve son vin ou quand elle se dessine un œil de chat à la Barbara.

Tout d’abord, j’ouvre la couverture. Je tente de départager la zone de fracture entre la réalité et la part de fiction. (Je fais un aparté pour ceux et celles qui se questionnent pour la photo. Elle fut prise à la Gare Deux-Montagnes, le livre posé sur une ligne fissurée en bordure de quai, à même l’asphalte ; le jaune est un rappel du jaune de couverture.)  Revenons au bouquin. Marie-Christine la narratrice se questionne sur ses origines canadiennes-françaises ou juives. Elle sent que son père lui cache son passé. Elle entre en contact avec les Illuminatoires, groupe composé de marginaux inquiets, conspirationnistes qui voient ou entendent Dieu, qui consomment les drogues prescrites ou illicites. Soudainement, nous passons du roman psychologique de cette étudiante trentenaire au polar après l’extraction du foie de Prométhée, l’un des membres du groupe. Marie-Christine mène l’enquête, puisque la police a déjà jeté l’éponge.

Marie-Christine manie habilement les réflexions de la narratrice sur la vie, sur Barthes, la littérature, la beauté comme prison des apparences, le concept de normalité.

Je referme ce roman envoûtant en me demandant si la fiction et la folie surpassent la réalité si moche et si pathétique, du moins si prévisible.

Donc, je vous invite fortement à lire les livres de Marie-Christine Arbour, cette écrivaine singulière qui sort des sentiers battus.

Extrait :

« Elle a accepté l’invitation de Zoé au Saint-Sulpice, elle enfile un vieux jeans et un tee-shirt blanc, habillement réglementaire des jeunes. Elle se farde, car elle veut faire de son visage une contrefaçon. Elle attache ses cheveux d’un châtain terne qu’elle ne teint plus en blond depuis que Marc l’a quittée. Tout est en ordre : l’apparence supplante l’être. Elle salue les petits personnages qui ornent son miroir. Elle existe dans plusieurs mondes à la fois. »


© Photo, texte, Denis Morin, 2020

dimanche 28 avril 2019

Mes hiers assassinés d'Alexandre Rabor




Alexandre Rabor m’a contacté via Twitter pour que je présente son roman publié en 2018 chez Librinova, Mes hiers assassinés. Piqué par la curiosité, j’ai accepté d'entrer dans le jeu pour mon grand plaisir. 

Tout d’abord, le style épuré est agréable à lire.  Je me suis dit qu’au-delà de l’apparente fluidité du texte se cachait un drame trop longtemps conservé dans un vieil album de photographies.

Puis, on fait la connaissance de Diane Lambert, fille d’un riche propriétaire terrien français. Elle se comporte en bourgeoise blasée, née la cuillère d’argent au bec. Elle aime picoler. Il y a aussi Éric, un ouvrier agricole qui claudique, mais vaillant travailleur. Diane fait des rêves étranges concernant Éric et Éric rêve aussi de Diane. Il y a Warren qui vit à Philadelphie et qui rend visite à l’hôpital à sa mère agonisante.

Toute vérité est-elle bonne à dire ?  Qui nous aime vraiment ?  Le destin se fout-il résolument de notre gueule ?  A-t-on le droit de modifier le parcours de vie des autres ?  Je ne peux en dire plus, au risque de livrer maladroitement la fin de l'histoire.

Somme toute, j’ai bien apprécié ce roman plutôt intello et j’ose espérer que ce romancier sera bientôt de retour avec un nouveau roman.

© Image, Alexandre Rabor
    Billet, Denis Morin, 2019

dimanche 24 février 2019

Les naufragés de la salle d'attente de Tom Noti



On choisit en général nos livres, mais il arrive parfois que certains livres viennent à nous comme des évidences, des rendez-vous. J'ai reçu par la poste Les naufragés de la salle d'attente de Tom Noti, roman publié en 2016 chez Paul & Mike, maison parisienne.

Ce roman est un huis-clos. À Grenoble, un tramway déraille et provoque une panne électrique dans une partie de la ville. Dans une salle d'attente d'un psychologue, trois inconnus sont coincés dans ce lieu, sans oublier un quatrième personnage terré dans un bureau de la clinique.

Construit à trois voix, le roman nous présente François, Hervé, Gabriela. Au fur et à mesure, l'image parfaite de François à qui tout réussit se fissure, Hervé cesse de jouer le comédien fanfaron et Gabriela voit des souvenirs argentins remonter en surface.

Tom Noti conduit de main de maître cette histoire. On sourit, on s'émeut et on ressent surtout de la compassion à l'égard des personnages qui laisseront tomber les masques.

Merci aussi pour le tendre clin d'oeil fait à Isabelle Adjani.

Merci à l'un des trois fils de l'écrivain qui, un jour, encouragea son père à prendre la plume, car il faut un certain courage pour s'exprimer par les arts.  

On souhaite avec impatience le prochain roman. De plus, je vais de ce pas me procurer les deux romans déjà parus.

© Photo, texte, Denis Morin, 2019


mardi 15 janvier 2019

Lesbian Cougar Story de Martine Roffinella



Martine Roffinella, quelle écrivaine singulière !  J’apprécie son style qui frappe tel un upper cut.  Chacun de ses livres est une surprise.  Elle publie en janvier 2019 aux éditions La Musardine, un roman, voire un récit autobiographique, intitulé Lesbian Cougar Story.  Je croyais que j’allais tomber uniquement dans le roman érotique, mais nenni… Détrompez-vous. 

Tout débute un jour où une jeune psychologue d’un établissement de santé décide d’envoyer un courriel à la romancière, s’invite, puis la première, ayant subi un sleeve (opération gastrique pour faciliter la perte de poids) et redécouvrant un nouveau corps, séduit notre artiste quinquagénaire.

La jeune femme surnommée Lolita, car elle utilise abusivement du Lol (abréviation pratique, pendant anglais de mdr), veut jouir souvent, intensément, à la folie.  Quant à notre narratrice et romancière solitaire, elle veut bien s’envoyer en l’air, mais elle souhaite surtout l’engagement et la stabilité. En contrepartie, Lolita ne parvient pas à exprimer son affection et désigne son amante par m.  Elle lui dit à deux, trois reprises Belle toi sans plus d’émoi. De plus, Lolita passe par le biais de chansons qui jouent pendant les jeux amoureux pour signifier ses attentes. M devine ainsi les messages plus ou moins subtils de son Amazone.

M cherche à connaître les intentions et les sentiments de Lolita qui se défile aussitôt après l’orgasme, se rhabille, lance un mot acerbe qui ressemble à de la violence verbale sur l’âge de m et considère toute amorce de dialogue comme une prise de tête.

Par souci de provocation, m tantôt récite par cœur et tantôt lit des passages d’ouvrages de Yann Andréa et de Marguerite Duras, à propos de leur amour.  La petite garce de Lolita éclate en disant que ce n’est pas son histoire, ni leur histoire, etc. Bref, elle veut revoir m quand cela lui chante, mais m sera-t-elle toujours au rendez-vous ? J’en doute.

Pour ceux et celles qui se demandent qui est Martine Roffinella, je vous répondrai par ceci : femme de lettres française, photographe impressionniste, blogueuse culturelle, invitée de Bernard Pivot (en 1988 pour la parution de son roman Elle paru chez Phébus), aidante naturelle.

Somme toute, voici une femme de lettres audacieuse pleine d’humour et d’amour. À découvrir !

© Photo, texte,  Denis Morin, 2019