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vendredi 24 décembre 2021

Femme forêt d'Anaïs Barbeau-Lavalette

 

Le hasard fait bien les choses. Le présent livre était mon prochain dans ma pile à lire. Or, il y a deux semaines, j'étais assis à un café à la Gare centrale de Montréal quand je l'ai aperçue. Elle portait du bagage. Je n'ai pas osé la saluer, mais je me suis dit que cela me confirmait mon avancée au large dans cette œuvre littéraire.

En 2015, l’écrivaine et réalisatrice Anaïs Barbeau-Lavalette nous présentait sa grand-mère Suzanne Meloche, peintre et poète, dans La femme qui fuit. Elle récidive en 2021 pour notre plus grand bonheur chez Marchand de feuilles avec Femme forêt.

Elle met comme épigraphe une citation de Romain Gary : « Ne dis pas forcément les choses comme elles se sont passées, mais transforme-les en légendes. » Elle recrée le vécu des uns et des autres.

C’est un roman biographique où évoluent son clan et elle-même. Les enfants lancent des galets à la surface des eaux. On plonge parfois dans l’eau froide de la rivière. Le père des enfants et conjoint compose au piano. Elle se balade à l’orée de la forêt et récolte des plantes diverses que l’on suspend pour séchage avant d’en parfumer la nourriture. La famille se partage une maison bleue et une maison rouge. Elle reconstitue le passé des gens d’avant : les grands-parents, celui d’une ancienne propriétaire ou encore d’une femme dont la pierre tombale est trouvée sur le terrain. Perspicace et créative, tout est prétexte à réflexion, à émotion. Elle sème dans son texte des références à l’entomologie, à la botanique et à la philosophie. 

Ce livre est tout simplement une bouffée d’air frais et une douce chanson fredonnée pour les êtres aimés vivants et disparus. On entendra encore parler d’elle dans 30 ans.

Extraits :

« Je voudrais être le dehors, ne plus avoir de contours ni de frontières et n’être retenu nulle part. Les plafonds sont trop bas et les murs trop étroits. Je regarde toutes les vies que je laisse passer sans moi. Elles m’invitent, alors j’ouvre les fenêtres. »

« Je pose mon livre et j’ouvre la porte sur la prairie. La brume s’accroche au toit de la montagne, la saison des verges d’or s’amorce, prémices de l’automne. Ça sent le bois brûlé d’un feu qui s’amenuise au loin. Le soleil qui se lève tout juste réchauffe la terre, qui sue sa nuit. »


© Photo, texte du billet, sauf les extraits de l’écrivaine, Denis Morin, 2021

 


samedi 4 septembre 2021

Prismacolor no 325 de Lyne Richard

 

Lyne Richard peint sur des toiles et sur des pages. Elle le fait avec brio dans Prismacolor no 325, un recueil de nouvelles paru en 2021 dans la collection Réverbération chez Lévesque Éditeur. Elle applique minutieusement ses couleurs, en plus du blanc et du noir qui sont absence et présence selon notre point de vue. 

Puis elle ajoute une touche de rouge pour la vie, le sang qui coule dans les veines heureuses ou malheureuses de gens d’un milieu modeste, celui de Saint-Sauveur, à Québec. Pourtant, ces scènes de vie pourraient se dérouler d’autres villes. Parfois, le sang s’écoule aussi…

Pour votre information, la toile Au bord du rouge en couverture est de Lyne Richard.

Dans ce livre, vous y rencontrerez Nelli, une chienne abandonnée; Fionna, une adolescente qui vend des t-shirts en couleur; Mathias, l’enfant-libraire qui, sans le savoir, illumine la vie des autres par son empathie et sa solidarité; son père protégé par sa défunte conjointe lors d’un accident; une voisine en attente d’un amoureux assise sur un balcon qui écoute du Dalida pour combler l’ennui; un gamin utilise la trousse de maquillage de sa mère dépressive, colorant ainsi la peine de la voir sombrer…

Au-delà du mal de vivre et du quotidien des personnages, Lyne Richard sème de la beauté où l’on serait tenté de ne voir que de la banalité. Somme toute, c’est la magie de la peintre et de l’écrivaine qui transmute l’ordinaire en extraordinaire pour notre plus grand bonheur. Instants de ravissement assurés. À lire.

Extraits :

« Mon grand-père disait que les arbres savaient lire. Qu’à force de morts et de résurrections, ils traversent le temps comme un sonnet de Shakespeare. Qu’à force d’embrasser le ciel et de pénétrer la terre, les arbres ont des éternités plus vastes que nos âmes. »

« Mathias a senti son cœur s’agrandir quand il a vu les deux enfants repartir, émerveillés de tenir un livre entre leurs mains. Il aime les moments où sa vie scellée à celle de quelqu’un d’autre, à travers un petit geste ou une parole. Il suffit de peu pour qu’un bonheur gagne du terrain. »

© Photo, texte du billet, sauf les extraits de Lyne Richard, Denis Morin, 2021


mardi 13 juillet 2021

Entretien avec Mattia Scarpulla

 

Mattia Scarpulla est d’une douceur apaisante et d’une polyvalence assumée. Cet intello créatif s’intéresse à la danse, à la poésie, à la nouvelle, au roman. Maintenant enraciné au Québec, son esprit curieux le pousse parfois vers l’Europe. Il a été publié en France, en Italie et au Québec. J’ai cru bon vous le présenter. Nous le remercions d’emblée de se prêter à cet entretien.

Mattia, vous êtes originaire de Turin (Torino), sise dans les Alpes, c’est déjà un peu la France ?

Torino est située près de la frontière avec la France. Le dialecte piémontais pourrait ressembler dans sa sonorité et dans son vocabulaire à la langue française. Pourtant, ce n’est pas ma Torino. Ma Torino est multiculturelle, nuancée par les origines de personnes arrivant d’autres régions italiennes et arrivant aussi des pays de l’Afrique du Nord et de l’Europe de l’Est. Ma génération ne parlait presque plus, ou peu, les dialectes italiens, parlait un seul italien, et pratiquait l’anglais et le français. Au XIXe siècle, la puissante nation de la France a contribué à l’unification étatique de la péninsule italienne. Mais pour moi, à l’adolescence, la France (Paris) identifiait le lieu de vie d’écrivain.e.s et une possibilité de voyage et de vie.   

Votre fascination pour la danse est-elle apparue avant celle pour la littérature ?

Grâce à mes parents, j’ai été toujours un lecteur passionné. J’ai écrit de la poésie à l’adolescence. À l’époque, j’avais une idée romantique, mythique, de l’artiste. C’était une façon de me protéger, de ne pas regarder la réalité qui m’entourait. Maintenant, la création me sert à voir, atteindre, capter, critiquer, questionner la société.

La rencontre avec la danse s’est faite par hasard : à la fin de l’école secondaire, j’ai choisi Arts de la scène et non littérature ou philosophie pour mes études universitaires. En effet, à l’université de Torino, le cursus en Arts de la scène était en pleine expansion, alors que les études littéraires stagnaient. À la première session, je me suis inscrit au cours Histoire de la danse et du mime. Je me suis aussitôt passionné pour les traditions et les pratiques. J’ai intégré une compagnie de danse-théâtre universitaire. J’ai essayé de voir tous les spectacles qui étaient proposés à Torino, où, dans les années 1990, on proposait une programmation assez restreinte. Ensuite, en France, puis en Belgique, j’ai pu me nourrir à volonté de toute sorte de créations en danse (en France, les billets étaient aussi plus accessibles – même, aujourd’hui, par rapport au Québec).

Avez-vous déjà dansé du ballet et de la danse contemporaine ?

Pour moi, oui. J’ai suivi des cours dans différentes disciplines dansées. Mes plus beaux souvenirs : des cours en modern dance à Turin ; en mouvement contemporain à Bruxelles ; en danse baroque française et en danse contemporaine à Paris. J’ai toujours dansé pour moi. Je n’ai jamais eu le désir de devenir danseur professionnel, de danser devant un public. J’avais envie de collaborer avec des projets avec des danseur.e.s et des performeur.e.s.


Si je vous dis ‘’Méfiez-vous des eaux dormantes’’, ça vous dit quoi ?

Errance : le narrateur Stefano (mais aussi d’autres personnages) dévoile progressivement la pluralité de son caractère, la multiplicité de ses passés. Dans la logique du roman, on découvre un passé étonnant, inattendu, qui provoque une mise en doute par le lecteur de ce qu’il avait compris des thématiques du livre.

Au nord de ma mémoire : les personnages fabriquent leur être social en subissant ou en réagissant à des situations. Dans d’autres textes, ceux versifiés, les personnages ne montrent que des détails de leurs existences.

En lien avec mes œuvres, j’entendrais cette expression comme : arrêtez de vouloir tout comprendre, tout reconnaître, tout juger, tout posséder d’une personne. On ne peut pas. Les personnes les plus discrètes et les plus tranquilles ont leurs nervosités et leurs tensions. Une personne peut être un animateur radiophonique exubérant, et en même temps un solitaire qui ne lit que du Pascal et du Simone Weil. Chaque être humain est tellement complexe. C’est pour ça que j’aime raconter des histoires.

Dans Errance et Au nord de ma mémoire, parus chez Annika Parance, qu’est-ce qui est autobiographique ? Ou du moins, vous me semblez partir de vos migrations comme terreau créatif… Est-ce que je m’égare ?

Je suis né en Italie, j’ai habité en France et j’habite au Québec… donc, la recherche de la part autobiographique dans mes œuvres pourrait sembler banale… pourtant, chercher l’auteur.trice dans son œuvre est une habitude qui influence trop ce qu’on écrit, ce qu’on publie, comment on parle des œuvres dans les chroniques et dans la presse. Cela porte à une image de la littérature soutenue par l’industrie du livre qui met en évidence des œuvres se fondant sur la vraisemblance, sur la linéarité du développement narratif, sur des récits où les personnes/personnages sont tous construits et définis de la même manière, par des paradigmes psychologiques (même dans des œuvres fantastiques ou dystopiques). En création littéraire, au début, plusieurs étudiant.e.s écrivent de la poésie comme si elle n’était qu’un art intime, une continuation écrite de l’existence de l’écrivain.e, ou bien comme si l’écriture n’était qu’un exercice thérapeutique ; ensuite, on découvre par la pratique des arts l’immensité de leurs formes et de leurs usages. En autofiction aussi, on cherche trop la psychologie de l’auteur.trice dans l’œuvre. Les œuvres brillantes en autofiction (qui apportent d’importantes réflexions politiques, sociales ou intimes) se distinguent par les traitements littéraires et fictionnels que les écrivain.es ont choisi.

Qu’est-ce qui déclenche l’écriture ?

Émotion, événement, dialogue, fait divers, des marmottes habitant dans ma rue… tout peut déclencher l’une de mes créations. Par contre, mon désir d’écrire se nourrit toujours de mon plaisir de penser à comment trouver le bon moyen littéraire pour parler de ce détail qui a retenu mon attention.

Avez-vous songé à l’écriture d’un opus bilingue français-italien ?

Pour l’instant, j’ai énormément à explorer en français. La rédaction d’un deuxième roman, dans le cadre de ma thèse en recherche et création, et la publication d’Au nord de ma mémoire, me paraissent clôturer une étape de travail, qui m’a posé devant des premiers choix, des premières tentatives, et qui m’ont également rendu visible l’étendue des possibilités thématiques et techniques que je peux expérimenter pour écrire des histoires. 

J’explore l’intégration de mots et de phrases appartenant à d’autres langues dans mes œuvres en français. Par exemple, au début d’Au nord de ma mémoire, dans les parties « Résistances » et « Non-lieu », j’ai intégré des mots en langue étrangère dans chaque narration poétique, en prose et versifiée. Pendant l’une des étapes de réécriture, j’ai tout enlevé, parce que c’était gratuit, ça n’ajoutait rien à la logique de l’œuvre.   

                                    Mattia Scarpulla a codiré avec Sophie-Anne Landry                                                                      l'oeuvre collective Épidermes.

Dans votre imaginaire, comment cohabitent l’italien et le français ? 

Premièrement, la structure grammaticale italienne me sert souvent pour créer rythmiquement certains passages.

Deuxièmement, si j’écris mes œuvres en français, l’italien peut intervenir comme outil de caractérisation de personnages ou de situations. Deux exemples :

Dans Errance, les dialogues sont en italien quand on plonge dans le passé du narrateur Stefano ; je voulais faire ainsi ressentir la remémoration de ses origines italiennes, le souvenir de ses parents et de sa meilleure amie.

En parlant avec ma mère, je me suis aperçu que dans mon premier recueil poétique en français, journal des traces, précisément un quart des poèmes sont écrits, entièrement ou en partie, en italien ; je voulais exprimer les mêmes sensations et les mêmes détails de vie dans deux langues, parce que je voulais montrer comment j’avais retrouvé les mêmes situations dans différents territoires, et comment je les avais vécues comme des expériences nouvelles.

Écrivain du silence ou du tumulte ? de nuit, de jour ?

J’aime le silence après ou avant les voix humaines, il peut se remplir de musique, de bruits de la rue, même du trafic. J’aime le silence urbain.

Le tumulte surgit dans mes œuvres et je le cherche dans mes lectures.

Écrivain du jour, depuis toujours. La nuit est dédiée à l’amitié, aux concerts, aux spectacles de théâtre et aux séries-télés.

Avez-vous un rituel d’écriture ?

J’en ai plusieurs, ils façonnent mes temps de création. Un exemple : juste avant de commencer ma journée, le matin tôt, je lis à voix haute un passage d’un livre. Je commence à écrire en retenant la puissance de la prose d’autres écrivain.e.s (je recommande d’essayer avec la traduction française des nouvelles d’Alice Munro).

Quel est le livre / le film / l’œuvre qui vous fascine ? Pourquoi ?

C’est difficile! Trop! Je recommande quatre redécouvertes en lien avec mes expériences d’écriture actuelles :

Livres : Other Voices, Other Rooms (Les domaines hantés) de Truman Capote, 1949. Svy fantastiske Fortaellinger (Sept contes gothiques) de Karen Blixen, 1934.

Films : Le fate ignoranti (Tableau de famille) de Ferzan Özpetek, 2001. Le passé d’Asghar Farhadi, 2013.


© Photos, Mattia Scarpulla et Annika Parance Éditeur et Tête Première; photo Au nord de ma mémoire, Denis Morin; entretien, Denis Morin, Mattia Scarpulla, 2021.


mercredi 16 juin 2021

Entretien avec Alain Cadéo

 

Chez les artistes, on veut toujours départager l’humain du créateur comme s’ils étaient deux jumeaux inséparables. Je me suis entretenu virtuellement avec Alain Cadéo, un écrivain français dont j’apprécie l'intelligence, la sensibilité et la pertinence. Il eut l’amabilité de répondre à mes questions sur l’écriture et la vie. Ses réponses nous amènent sur des sentiers de montagne, loin du bruit. Martine, son épouse, fut en toute discrétion la cheffe d’orchestre. Je lui en suis reconnaissant.

Je vous connais par Mayacumbra, Des mots de contrebande, Confessions, il y a toujours un soli(d/t)aire dans vos histoires… C’est vous, par transposition ?

Merci déjà à vous pour vos questions.

Merci aussi pour le « d » et le « t » de ces deux mots aux apparences antinomiques et qui pourtant peuvent parfaitement fonctionner ensemble.

Nos rêves ne sont-ils pas bien souvent des îles que nous souhaiterions parcourir avec tous ceux à qui nous pourrions être utiles et qui eux-mêmes nous pousseraient à voir mieux, plus grand, plus beau, plus loin.

Duras disait qu’elle devait s’isoler, se retrancher du monde, en être l’observatrice. Qu’en pensez-vous ?

S’isoler, observer, et à la fois être « au cœur du Monde » comme le fut cette gueule cabossée de Cendrars… L’être paradoxal est un sauvage parfois apprivoisable. 

Vous habitez l’écriture ou est-ce l’écriture qui vous possède ?

Il y a bien possession, et vous devez en savoir quelque chose… Je l’ai souvent écrit. Les Mots sont en apparence chiens dociles qui, lorsqu’ils prennent le dessus, deviennent meutes de loups carnassiers.

Et puis, ce qui me plait lorsque je pense ou que j’écris, n’est pas ce que je maîtrise mais ce qui me surprend. Le Charme (carmen, au sens fort de l’enchantement) du langage, c’est cette part de tout un inconnu qui débarque entre vos doigts, comme un cadeau qui vous est fait, si riche et si puissant, que vous ne pouvez que tenter de le partager.

Vous gambadez un pied dans le roman et un pied dans la prose poétique, cela tient-il dans votre capacité de jouer avec la vie ?

Cela tient surtout à mon incapacité d’être dans une narration purement réaliste. Je ne suis qu’une flopée de sensations, un galimatias d’impressions que je m’efforce de dompter.

Je ne « gambade » pas, je boîte ou cours comme un dératé. Je ne joue pas, non, je m’en vais, vers l’hospitalité des âmes qui partagent. 

Je vous soupçonne d’être fasciné par une autre forme d’art… la peinture, la danse, le cinéma…

Mais comment pourrait-il en être autrement ? Comment ne pas être fasciné par tous ces êtres qui, avec leurs pauvres moyens d’humains, tentent toujours de transcender, de dépasser la raison ordonnée, les tristes limites qui nous sont imposées ? Chacun à sa manière enrichit notre esprit. C’est la meilleure définition du Pluriel Singulier. 

Comment se vit la genèse d’un nouvel opus ?

C’est un éclair dans le brouillard. Le problème ensuite est de garder le rythme de la foudre et de ne pas s’ensevelir dans les sables mouvants de la facilité.

Qui a le dernier mot, l’écrivain ou le personnage ? 

Mais enfin Denis, les deux sont les mêmes ! Saint ou crapule, empereur ou taulard, nous ne sommes que les transporteurs de l’entière Humanité.

Vous êtes chien ou chat ? Thé ou café ? Eau plate ou pétillante ?

Je ne suis rien et je me fais à tout. 

Quelle part de votre vie est consacrée à l’écriture et à tout ce qui l’entoure (édition, promotion, etc.) ?

Toute ma vie est consacrée à l’écriture. Ce qui n’est pas bon. On y perd pied. On a le cul entre deux chaises, entre le plein et le vide, funambule sur une corde usée qui menace de rompre à chaque pas franchi.

Plus vous gagnez en maturité et plus vous renouez avec l’enfance et son émerveillement. Vrai ou faux ? Ou l’intervieweur est d’une telle naïveté ?

Ne pas confondre naïveté et quête de limpidité. Et ce n’est pas une histoire d’âge. Comment ne pas désirer la pure intensité de ce regard des tout-petits, sans calculs, sans orgueil, sans fausse séduction, uniquement mû par la curiosité et cette capacité à s’émerveiller.

J’ai un rêve que je vous livre comme ça… J’aimerais bien que l’écrivain et acteur Vincent Giudicelli (Corse par sa mère) lise vos textes sur scène ou pourquoi pas l’acteur italien Alessio Boni qui fait des soirées de poésie. Est-ce que vos livres pourraient être traduits en italien ?

Je suis heureux que vous rêviez…

Décrivez-vous en cinq mots au maximum…

Un seul suffira : chercher.

 

© Photos, Martine Cadéo. Entretien, Alain Cadéo, Denis Morin, 2021

 















samedi 23 janvier 2021

Vocalises sur un sanglot de Francine Allard

 

Francine Allard est une artiste polyvalente des Laurentides au Québec : écrivaine, peintre, chroniqueuse.  En littérature, elle s’adresse autant aux adultes qu'aux petits. 

Cette épicurienne d’une grande sensibilité signait en 2003 le recueil de poésie Vocalises sur un sanglot dans la collection Opale aux Éditions 3.

Ne venez surtout pas me dire que le blogueur ne doit causer que des nouvelles parutions. Faux. Un très bon livre est indémodable, ce qui est le cas du présent ouvrage. Les bouts de post-it qui apparaissent sur la photo vous prouvent hors de tout doute mon intérêt.

Le recueil est finement illustré en couverture par la peinture Lettre sans réponse de Denys Matte. Des gouaches du même peintre jalonnent notre parcours de lecture. 

Les poèmes se divisent en quatre mouvements musicaux qui donnent le ton à l’émotion : Diminuendo, Staccato, Lamentabile, Coda.

Cette femme de lettres aborde les notes discordantes entre une mère et sa fille, la peinture et l’écriture, sa foi éteinte, les plaisirs furtifs de la chair et les émois causés par un bel amant devenu malheureusement infidèle.

Bref, je referme ce livre agréablement surpris ! Le style et les émotions sont au rendez-vous !

Extraits : 

« Je ressens la vacuité du silence

et les mots     comme les bulles d’une eau     effervescente

montent un à un

s’inscrivent d’abord dans la pensée

gagnent aussitôt le bout des doigts

s’agitent

et écrivent l’amour perdu »

 

« La lettre de ma mère

n’est pas signée

c’est l’habitude de la filiation

désaveu qui me poignarde

à chaque mot saisi

à chaque remords qui tenaille »

 

« Mes anciens voyages en mer

ne sont que de vagues souvenances

lorsque je pose enfin le pied

sur le sol gelé

la lavande renaîtra d’entre les deux pierres

et la clématite reprendra son ascension

sur les minces treillis

nous verrons éclore le narcisse d’entre les euphorbes

défleuries »

 

© Texte et photo, sauf les extraits de Francine Allard, Denis Morin, 2021

 

 

 

 


dimanche 11 octobre 2020

La fenêtre au sud de Gyrdir Eliasson

 

Poète, romancier, traducteur, Gyrdir Eliasson nous offre en version française en 2020 aux Éditions La Peuplade, La fenêtre au sud. Ce roman avait été publié en Islande en 2012. 

Le personnage principal de ce livre est Jonas qui n’est pas dans le ventre de la baleine, mais qui vit sur le dos de celle-ci. Il possède un appartement à Reykjavik, mais il occupe la maisonnette noire d’un ami sur la côte d’où il observe la vie du hameau avec son café, une minuscule librairie. Ce roman au rythme tranquille nous décrit les jours d’un romancier qui s’isole volontairement pour écrire. Il a égaré la fiche de recharge du cellulaire. Il s’entête à écrire avec une Olivetti dont l’encre du ruban pâlit, au point de n’embosser le papier. Jonas se relit alors tel un aveugle décodant le braille au passage de l’index. Parfois, il s’enrage et balance les pages quand il n’est pas satisfait dans le feu qui crépite dans l’âtre. Des rumeurs du monde apportées par les actualités entendues à la radio sont notées çà et là dans le roman pour rappeler que l’île sort momentanément de son apparente quiétude.

Jonas reçoit du courrier d’une ex-amoureuse qu’il détruit, puis il lui répond par lettres qu’il ne postera jamais. Elles jaunissent et prennent la poussière.

Il s’intéresse à un cinéphile qui projetait des classiques sur le mur blanc du salon et à un peintre hollandais qui dort au cimetière.

La fenêtre au sud est celle près de laquelle Jonas s’assied pour lire et se perdre dans une méditation.

Ce bouquin divisé en quatre saisons comme celles de Vivaldi, je le recommande aux lecteurs qui se questionnent sur la difficulté d’écrire au quotidien, car un roman ne s’écrit pas comme on commande un bagel avec fromage à la crème et un thé noir au casse-croûte du coin. De plus, l’Islande par sa littérature aborde la nordicité d’où la pertinence de s’y ouvrir.

Bonne découverte !

Extraits :

« La douce brise du soir et le grondement lent de la mer font l’effet d’un duo pour orgue et violoncelle. En fait, on n’aurait pas besoin d’autre musique. »

« Les salutations sont réduites au minimum. J’éteins le téléphone, continue de dactylographier quelques mots, pour les recouvrir aussitôt de xxxxxx xxxx xxxxx xx xxxxxxxx x xxxxxx à nouveau. »

« Quand je suis à ma machine à écrire, j’ai parfois l’impression d’avoir travaillé dans une presse à papier tchèque pendant trente-cinq ans et d’avoir emballé de vieux livres et des nids de souris sans arrêt pendant tout ce temps. Une trop bruyante solitude. »

© Photo, texte du billet, sauf les extraits de Gyrdir Eliasson, Denis Morin, 2020


mercredi 27 mai 2020

Entretien avec Annika Parance


Annika Parance exerce le singulier métier d’éditeur à Montréal depuis huit ans. Elle publie des écrivains atypiques. En cette période de confinement planétaire, elle prend la peine de s’entretenir avec moi à distance par le biais de nos cellulaires. Je sais son temps très précieux et je la remercie d’autant plus de se prêter au jeu.

Annika Parance, le goût des livres, ça remonte à loin ?

D’aussi loin que je me souvienne à l’enfance. J’ai toujours été fascinée par les livres, par l’écrit, la façon dont on dit les choses. Je dirais même dès l’état fœtal dans le monde utérin. Ah, ah ! Mon père était auteur-compositeur-interprète et ma mère a fait des études de lettres.

L’état de grâce en littérature, se peut-il ?

Oui, il existe par la beauté à l’intérieur d’un livre. Tout simplement par la beauté de la langue. Je voudrais aussi que les livres publiés par ma maison soient beaux tant dans le contenant que dans le contenu, que le livre soit attrayant, même si le contenu prime avant tout.

Seriez-vous tentée par l’écriture ?

Oui et non. Je suis quelqu’un de discret, de très privé. Mais je pense qu’un éditeur indépendant se révèle en filigrane par ses choix et ses goûts éditoriaux. Par contre, je suis passionnée par l’écriture des autres.

Le métier d’éditeur, ça s’apprend ou c’est inné ?

J’étais si fascinée par les livres quand j’ai mis mes études en veilleuse pour travailler dans le monde de l’édition, tout d’abord à faire des cartons dans un entrepôt, puis peu à peu à en connaître les rouages. Devenir éditeur, cela faisait partie de mes rêves les plus profonds, mais c’est en mettant les pieds au Québec il y a 30 ans que j’y ai trouvé le milieu fécond pour créer une maison d’édition, la mienne.

Et la place des femmes en littérature, devant et derrière le livre, ça se vit comment ?

Il y a encore du chemin à parcourir pour l’équité et pour que les femmes se réalisent pleinement dans toutes les sphères. Ça peut être lourd et difficile d’être une femme écrivain comme une femme d’affaires. Je crois en la solidarité et la complémentarité homme-femme pour aller de l’avant dans les arts et dans la société.

Hormis le livre papier et le livre numérique, avez-vous déjà songé au livre audio ?

L’autre jour, j’étais sur Zoom pour une entrevue et l’un de mes auteurs, Vincent Giudicelli a lu un extrait d’une nouvelle provenant du recueil Il faisait beau et tout brûlait. J’ai savouré cet instant. Cet écrivain est critique musical et comédien, mais il sait lire des textes, ce qui n’est pas donné à tout comédien ou à tout artiste. C’est fabuleux l’audio, je pense que c’est une des nombreuses voies pour (r)amener les gens à la littérature. J’aimerais beaucoup développer une collection de livres audio et audio adaptés (pour les mal voyants) dans les prochaines années.

Comment se fragmente votre horaire entre lecture, administration et réseautage ?

Je travaille seule (et avec des pigistes bien sûr) et ma maison d’édition tient dans mon ordinateur. Je peux donc travailler d’où je suis. Par exemple, nous faisons cet entretien téléphonique. Je suis en Estrie et vous, à Deux-Montagnes. Revenons à la gestion du temps, durant les jours ouvrables, je passe environ 45 heures par semaine à travailler. Je dis travailler, mais ce travail s’avère ma passion. Donc, l’administration, les opérations courantes et le réseautage se font durant ces heures-là. Le reste du temps, je fais de l’édition pure. La proportion de tâches administratives est devenue bien trop importante par rapport à celle consacrée à la lecture et à la création.

Vos écrivains sont d’ici et d’ailleurs, cela vous honore. Quels sont vos critères de sélection ?

Merci. Je ne cherche pas forcément des écrivains qui ont une maîtrise parfaite de la langue. Je recherche des écrivains qui savent manier la langue et qui ne tiennent pas un discours normatif sur la vie. Les écorchés de la vie m’interpellent par leur manière de voir le monde. Il y aura d’ici quelques mois un nouveau roman de Marie-Christine Arbour qui écrit si bien sur les milieux marginaux.

Je ne fais pas de compromis non plus. Si un livre n’est pas à point, il ne paraît pas. J’y tiens mordicus. Derrière chaque parution, il y a un travail en amont avec l’auteur pour obtenir un livre à son meilleur. Ce dialogue avec l’écrivain est essentiel.

Vos idoles en littérature ?

Comme ça, à brûle-pourpoint, je vous dirais Marguerite Yourcenar et Marcel Proust pour la qualité de l’écriture et surtout parce qu’ils étaient libres et qu’ils écrivaient tout simplement. Les deux ont vécu en retrait, en observateurs.

Quelles sont vos parutions à venir ?

Il y aura un nouveau recueil de nouvelles de Juan Joseph Ollu dans la collection Sauvage et le dernier livre de Julia Kerninon en septembre. Mais pour l’instant, je prépare la sortie prochaine de Errance de Mattia Scarpulla, un jeune écrivain d’origine italienne ayant transité par la France. Il vit au Québec maintenant. Il fait partie de ces écrivains du multilinguisme tels Romain Gary et Vladimir Nabokov. Il y a dans ce roman, une critique sociale et un questionnement sur l’identité, car quand on émigre on est quelqu’un d’autre. Une partie de soi reste là-bas et une autre partie de soi se vit ici.

Voilà, je vous remercie à mon tour pour cette discussion. J’ai apprécié notre conversation. Vivement les lettres et les écrivains !


© Entretien, Denis Morin, Annika Parance, 2020
© Annika Parance. Crédit photo : Bruno Gautier




lundi 23 mars 2020

Des mots de contrebande (Aux Inconnus qui comme moi…) de Alain Cadéo


Les Éditions La Trace offre gracieusement le livre Des mots de contrebande (Aux Inconnus qui comme moi…) de Alain Cadéo publié en 2018 en accès libre sur le site Calameo le temps du confinement.

Ce bouquin est une courtepointe de réflexions de l’écrivain sur sa vie, l’écriture, l’être humain. Cadéo contemple ses jours d’hier, de maintenant, tout en envisageant lucidement demain. Les mots se promènent à dos d’âne, de percheron ou bien sur l’échine du scribe-penseur. C’est un livre qui mérite deux-trois retours comme on revient en une destination aimée. Point d’ennui. Des bribes de sagesse et des sourires tendres sont au menu. Agacé par la bêtise humaine, il croit tout de même en la solidarité et en l’amour. Solitaire, il ne se sent pas de ce monde, même s’il y évolue au quotidien.

Une lecture essentielle avec du beau, du vrai, du sincère.

Extraits :

« L’animal n’est vivant que libre et sans entraves. Derrière les barreaux et les carrés de nos cahiers il a déjà l’amer fumet du faisandé. »

« Je ne suis qu’un sismographe, un récolteur-cueilleur, un copiste, un moine à peine enlumineur, un analphabète récepteur au coccyx endolori par des heures d’attente sur ma chaise de bois, … mais à l’oreille musicale. »

© Texte du billet, sauf les extraits de A. Cadéo,
     Denis Morin, 2020

dimanche 12 janvier 2020

Buvard de Julia Kerninon




Julia Kerninon reçut le prix Françoise-Sagan et le prix René-Fallet pour ce bijou qu’est Buvard, une biographie de Caroline N. Spacek publié en 2014 aux Éditions du Rouergue. C'était alors son premier roman de Julia Kerninon.

Lou, un jeune admirateur ayant tout lu l’œuvre d’une illustre écrivaine Spacek va à sa rencontre dans le Devon, en Angleterre. Il écoute et enregistre les entretiens. Peu à peu, elle (se) raconte devant témoin : sa famille dont elle voulut s’éloigner, son travail de serveuse, son apprentissage de l’écriture en étant la secrétaire d’un romancier. Ce fut en quelque sorte son entrée en écriture comme on entre en religion. Elle explique comment on l’aime, on la quitte ou on revient vers elle.

Ce long long entretien alterne entre les confidences de Spacek et les réflexions de Lou sur sa propre vie. Les images contenues sont si puissantes qu’on aurait l’impression d’être assis au cinéma et de voir défiler la vie de cette femme rebelle qui a choisi l’écriture comme mode de (sur)vie. C’est aussi une réflexion sur l’écriture et la création. Ce roman s’adresse aux artistes qui plongent dans leur solitude pour transformer la dureté des jours en beauté et aux gens qui voudront comprendre l’exigence de l’écriture.

Avec Julia Kerninon, on tombe dans l’envoûtement ni plus ni moins.

Extraits :

« Tu as ouvert la porte, et je te vois toujours comme je t’ai vue ce jour-là pour la première fois. Tu as fait du thé. Tu m’as montré ta machine à écrire, avec le mouvement que tu aurais eu pour me donner un caillou ou une feuille morte, si tu avais été un enfant. Tu étais tellement étrange -debout, en bermuda, dans cet appartement minuscule et presque vide où tu vivais, avec seulement un service à thé, et ta machine, et le matelas par terre. » (Spacek citant un amoureux.)

« Chaque mot posé me donnait une idée plus précise du livre qui s’annonçait, un élément de réponse sur la destination vers laquelle j’allais, doucement, comme perdue, comme légèrement saoule dans l’eau noire et dense d’un fleuve la nuit, poissée dans mes vêtements, nageant, nageant sans cesse et en tenant la lampe entre mes dents, pour ne pas me noyer dans la liquidité des phrases. »  

© Photo, billet, sauf les extraits de Julia Kerninon,
    Denis Morin, 2020

samedi 21 décembre 2019

Ce qu'il reste du monde de Hervé Richard




Hervé Richard me surprendra toujours. Je lis sa poésie comme si j’écoutais des chansons de Barbara avec de la tendresse et une larme à l’œil. Ça ne s’explique pas. C’est l’amour qui frisonne, qui arrive et repart. Ça ne se fabrique pas. C’est Paris, l’Allemagne parcourue en train, la Russie si lointaine. Tout se conjugue en mode adieux ou en mode retrouvailles et à le lire j’ai le cœur qui bat la chamade. Une fois de plus, je suis ému d'ouvrir et de refermer en 2019 ce recueil Ce qu’il reste du monde publié chez Édilivre.

D’ailleurs, il reprend au gré de ses humeurs, le plus souvent amoureuses, le titre à chaque poème bref comme un slogan, un leitmotiv. Chamboulé suis-je à chaque parution par la mélancolie et la sincérité. Or, je suis ce doux poète et écrivain depuis quelques années. Je vous souhaite d’en faire de même.

Mes pensées harmonieuses vont vers lui. Puisse-t-il ne jamais cesser d’écrire.

Extraits :

« Et dans un souvenir qu’il me reste du monde
Une enfance volée tout le reste est en retard
Je n’ai ce monde aimé quand il était trop tard »

« Et dans un souvenir qu’il me reste du monde
Il m’arrivait parfois de vous aimer si fort
Que saturé mon cœur dépassait de mon corps »

« Et dans un souvenir qu’il me reste du monde
Le conflit permanent de l’être et du paraître
Je suis tel que je suis et tel que je veux paraître »

© Texte du billet, sauf les extraits du poète,
     Denis Morin, 2019,
     photo, Edilivre, 2019





dimanche 1 décembre 2019

Entretien avec Stéphane Lefebvre



Par un samedi frisquet et ensoleillé de novembre, nous nous sommes rencontrés pour discuter d’écriture et de la vie dans un café, puis nous avons marché pour nous remplir les poumons d’air frais. Voici l’essentiel de cet entretien avec Stéphane Lefebvre, auteur des romans Infidélités et Quelque part en Occident.

Comment en êtes-vous venu à l’écriture de romans ?
C’est la faute de cet ami que j’appelle « Super héros » (afin de préserver sa réputation) qui un jour, a osé briser une tradition amicale vieille de plusieurs années, en ne se pointant pas à notre souper annuel. Le lendemain, j’écrivais mon premier paragraphe, et pendant plusieurs années, j’ai emmerdé ces mêmes amis avec des histoires abracadabrantes.

Après la lecture de vos romans Infidélités et Quelque part en Occident, je vous ai perçu comme quelqu’un de provocateur et curieux. Ça vous me ressemble ?
Oui, un peu. La provocation permet de susciter des questionnements, de réveiller les gens, tandis que la curiosité est, je crois, une qualité essentielle pour s’ouvrir aux autres.

Suivez-vous les gens dans la rue comme le fait Jean-Pierre, personnage de votre deuxième roman ?
Non. Mais j’aimerais bien si je pouvais trouver un peu plus de temps.

Vos personnages sont des nomades, pourquoi ?
C’est trop facile de rester chez soi.

Avez-vous songé à d’autres formes d’écriture pour vous exprimer ?
Non. J’aime bien le roman, ça me convient.

Dans quel contexte écrivez-vous ?
L’écrivain est en mode 24/7, il n’arrête jamais… il est toujours à l’affut ! Mais, une fois que j’ai cumulé la matière brute (idées de toutes sortes) et imaginé les principaux événements de mon histoire, je dois trouver la solitude et le temps nécessaire pour m’installer devant mon ordinateur. J’ai donc besoin de tranquillité.

Seriez-vous capable d’écrire à quatre mains ?
Non.

Êtes-vous un écrivain qui cherche à distraire ou à faire réfléchir les lecteurs ?
Les deux. Je crois qu’il faut faire réfléchir autant que possible. En même temps, il est essentiel que la lecture soit une distraction, un loisir. Il ne faut pas s’obliger à être lourd et à se prendre au sérieux… je trouve cela snob et inconvenant. Après tout, ces romans que je propose ne sont que des histoires inventées !

Est-ce que l’écriture vous donne un éclairage particulier sur la vie ?
Bien sûr. L’écriture permet de réfléchir et de prendre un certain recul.

Quels conseils donneriez-vous à de nouveaux auteurs ?
Bof… je n’ai pas vraiment de conseils à donner, je trouve ça un peu prétentieux de donner des conseils en littérature. Mais bon, je vais être bon joueur : écris pour ton plaisir et surtout, fais-le sans attente !

Pourquoi écrit-on ?
Permets-moi de paraphraser Mario Vargas Llosa : « pour exprimer une révolte pacifique contre le monde réel ».

Décrivez-vous en cinq mots ?
Observateur, patient, curieux, voyageur, libre.



© Entretien et photos,
    Denis Morin, Stéphane Lefebvre, 2019