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samedi 1 août 2020

L'apparition du chevreuil d’Élise Turcotte



Élise Turcotte est une femme de lettres québécoise s’étant méritée à maintes reprises des prix prestigieux. Elle enseigne aussi la littérature à Montréal.

Dans L’apparition du chevreuil, roman publié en 2019 chez Alto, Élise Turcotte nous présente une écrivaine émancipée et convaincue qui doit prendre ses distances des médias sociaux où elle reçoit des menaces à peine voilées d’un militant de l’extrême-droite. Ces points de vue divergents sur l’éducation de son neveu l’ont fait prendre ses distances de sa famille, de sa sœur trop soumise et surtout du beau-frère qui souhaite transformer un garçon rêveur et craintif d’à peine six-sept ans en un garçon courageux qui n’a pas peur des bruits de la forêt et des grognements d’un ours. L’écrivaine ira se réfugier dans un chalet en plein hiver pour avoir la sainte paix, jusqu’au jour où son beau-frère surgira et qu’elle comprendra que son neveu a été enlevé par son père dans une cabane abandonnée tout près de là.

Je n’en dirai pas plus afin de ne pas dévoiler l’intrigue ni rompre le charme de ce roman avec son lot de métaphores. Justement, ce roman me donner le goût d’aller découvrir ses recueils de poésie.

À découvrir !

Extrait :

« Quand son père part travailler, au début de la soirée, l’enfant vient me chercher en vélo pour aller au parc du héron. C’est notre secret, un rituel ; ainsi, je lui apprends à mentir, la sœur aussi, par omission. Depuis l’épisode du chien, une menace plane sur la petite famille. L’enfant a parlé d’un fusil, il se demande si son père a tué le chien, il se demande si sa mère va mourir. Au parc du héron, il s’assoit près de moi et le demande… »

© Photo, texte du billet, sauf l’extrait de É. Turcotte,
    Denis Morin, 2020

vendredi 27 décembre 2019

Rien d'autre que cette félicité de Nancy Huston



Nancy Huston, publie à la fois chez Leméac et Actes Sud. Elle a fait paraître en 2019 Rien d’autre que cette félicité chez Leméac.

Soyons honnêtes, je ne connaissais rien d’elle jusqu’à hier. Je savais qu’elle est une écrivaine née à Calgary, qui vit avec un écrivain à Paris et qu’elle joue du clavecin, pendant que monsieur écrit à un autre étage. Juste ça, le clavecin, ça me séduit.

Je reviens à l’objet de ce billet, dans ce livre bref mais très dense, on décrit le personnage d’Ariane qui se sait gravement malade et qui décide d’écrire une lettre à sa fille unique, non pas pour s’excuser d’être exigeante et chiante à ses heures, mais pour lui expliquer son parcours de femme, sa vie d’amoureuse, sa naissance. Le tout est entremêlé de références mythologiques : Ariane, le Minotaure, Dédale, Icare, etc.

Comme enfant, on se fait souvent de nos parents des êtres pour ainsi dire mythologiques. Ils sont à l’origine de notre monde.

Ce livre mérite votre attention pour l’intelligence de cette confidence d’une mère à sa fille.

Extraits :

« Oui, ils viennent au-dedans de nous, l’homme et l’enfant. Ils nous habitent. L’homme passe en coup de vent, l’enfant s’incruste. »

« Pour me révolter contre la passivité que m’impose le passage inexorable des minutes, j’aiguise plutôt que d’émousser la conscience que j’en ai. Je dois ruser sans arrêt pour devancer l’horloge, faire un maximum de choses ou lire un maximum de pages dans une journée… »

« Maman pensait surtout à ariadne : la merveilleuse araignée de Louise Bourgeois. Tisserande industrieuse et méthodique, patiente et puissante, femme qui rafistole, recoud, répare, rassure… Mais en m’appelant Ariane, je crois qu’elle voulait aussi me faire comprendre que j’aurais à dévider mon propre fil, à tracer mon propre chemin dans le labyrinthe du désir des hommes. »

© Photo, texte du billet, sauf les extraits, Denis Morin, 2019


samedi 7 juillet 2018

Paroles hors de cage, féminisme et vivre ensemble de Mél Bué



Il y a quelques semaines, j’ai eu la chance de la voir évoluer sur scène lors d’un spectacle de slamésie (contraction ‘’volontaire’’ du slam et de la poésie).  Quelle bête de scène j’ai vu !  Elle récite, chante, danse !  Ses mots s’envolent, vont rejoindre la lune, le soleil. 

Dans ses écrits, on sent la même fougue.  Elle dénonce les injustices, mais propose le dialogue, l’ouverture, la paix pour guérir des blessures, les siennes sans doute et celles de son auditoire et de son lectorat.

Les relations homme-femme, le racisme, les inégalités sociales sont ses chants (sic) d’intérêt et d’expression.  Elle est proactive, s’autoédite et soutient des causes.  Donc, elle ne fait pas que causer, elle s’engage au quotidien.

Dans ce recueil Paroles hors de cage, féminisme et vivre ensemble, les titres de ses poèmes parlent d’eux-mêmes : Femme en devenir / L’adolescente / Ève / Femme racine /Graine d’innocence / La battante / Elle dessine des seins / Journée de la femme / Écorchés vifs / Mimétisme / Faut-il vraiment? / Confusion / Une union, deux saveurs / L’envers du décor / Des mots d’homo / Pouvoir et croyances / Respect pour tous.

« Habitants de la planète
À défaut de vous aimer
Mon appel dans cette lettre :
Commençons par respecter
Les peuples du monde entier
Pour ne pas dire ‘’Je regrette’’. »

Somme toute, une poétesse solidaire à qui on ne peut que souhaiter une très longue vie créative à la manière d’Anne Sylvestre.

© texte et photo, Denis Morin, 2018