mardi 16 novembre 2021

Les bêtes vivront désormais plus longtemps que nous de Maryse Poirier

 

Maryse Poirier, enseignante et poète, vient de faire paraître en 2021 aux Éditions Hashtag le recueil Les bêtes vivront désormais plus longtemps que nous.

Fauve et Elsa, deux amantes, et leur fille, Clara, vivent dans une maisonnette entourée de nature. Elles s’émeuvent de la lumière, du bruissement des feuilles, des dessins de leur gamine, de la chatte et de la chienne étendues au salon. Elles sont ravies des repas partagés ensemble, du lit fait et défait, des étreintes. Les amours s’épanouissent comme rivière qui dégèle, comme neige fondant au soleil. Puis sans trop que l’on ne puisse s’expliquer pourquoi, Fauve se retire dans une chambre de silence. Le tintement des dents de la fourchette contre la porcelaine remplace les confidences, les mots. Les projets d’avenir s’estompent… Elsa gardera Clara auprès d’elle. La vie reprendra son rythme et sa petite musique.

La poète donne voix surtout à Elsa, mais elle eut la délicatesse de livrer les répliques de Fauve par des passages en italique.

J’imagine ce recueil lu sur scène par deux comédiennes, pendant qu’une enfant dessinerait ses rêves, avec le son enveloppant du violoncelle pour baigner le tout dans la quiétude et l’amertume.

Extraits :

« nous enfilons les gestes comme une peau souple

une robe soyeuse

est-ce l’intuition

de la première joie »

 

« hisser le regard

déposer rivière   forêt

rhizomes du jour

sur le flanc des pupilles »

 

« devant son jardin à l’anglaise

Fauve se berce

Lui envie son fouillis opaque »

 

© Photo, billet, sauf les extraits de Maryse Poirier, Denis Morin, 2021

 


lundi 15 novembre 2021

Marelle et discorde de Mikael Gravelle

 

En 2019, l’artiste visuel et poète québécois Mikael Gravelle s’est fait remarquer en étant en lice pour le Prix de poésie Radio-Canada. Les Éditions Hashtag ont eu l’excellente idée de publier Marelle et discorde.

Ce jeune homme frêle sait frapper avec ses mots. Ce n’est pas un bavard, mais chaque poème contient un micro-scénario percutant et efficace. Les images, les mots choisis et un sens du rythme se jettent à la gueule. Dans ce recueil de poésie aux allures vraisemblablement biographiques, on assiste à une totale mise à nu sincère. Ce dévoilement n’est nullement scandaleux. L’enfant battu par un père violent et ridiculisé par une mère disjonctée va avec sa sœur d’une famille d’accueil à une autre. L’adolescent arpente les trottoirs pour du fric et surtout pour des miettes de tendresse. Il connaît d’éphémères d’amours. Conscient et cynique, il sait que son corps sert d’exutoire à des hommes qui achètent le plaisir. Le corps est souillé, mais le cœur est toujours en cale sèche. Puis, le jeune homme se lave des souillures, se rhabille, se prend en main et se dessine des lendemains moins amers.

Une chose est certaine. On veut lire d’autres bouquins de Mikael Gravelle. Voici une plume qui s’envole.

Extraits :

« Je veux partir, lui dis-je en sanglotant.

Prise d’un élan de bonté,

elle me pousse du haut des escaliers. »

 

« Manipuler un homme-enfant

est un moyen comme un autre

de revivre une jeunesse étouffée. »

 

« J’ai trouvé en toi ce je-ne-sais-quoi qui manque aux hommes.

Les chevaux funestes

qui te trainent dans la boue

je les dompte

Mes pieds sanglants

par la vitre

tu les soignes

en battant des cils. »

© Photo, texte du billet, sauf les extraits de Mikael Gravelle, Denis Morin, 2021


dimanche 14 novembre 2021

Débandé de Sylvain Larose

 

Sylvain Larose vient de me faire revivre certains souvenirs du secondaire, moi qui suis presqu’à l’aube de la soixantaine. Cet enseignant progressiste et féministe vient de faire paraître en 2021 chez Les Éditions Sémaphore le roman Débandé. Superbe satire du monde scolaire sur un tableau brossé à la craie de l’école publique ou via un PowerPoint aux commentaires mordants. Ce n’est pas parce que l’on sourit à maintes reprises que c’est nécessairement hilarant. Ce portrait du monde de l’enseignement dépeint certains professionnels imbus de leur pouvoir professionnel.

Par exemple, imaginez Éric, un prof d’histoire, préretraité, râleur à souhait, idéaliste en début de carrière, mais de plus en plus désenchanté au fil des années, insécure sous un vernis d’arrogance. Son couple et sa vie de famille sont des échecs lamentables. Sur ce plan, il n’atteint pas la note de passage. Il gère ses classes comme il le ferait avec des recrues dans l’armée. Silence, écoute, discipline, performance, travail sont de mise. Il encense rarement, il commente et abaisse plutôt par ses commentaires. Il formate les citoyens de demain qui seront des individus dociles, sauf quelques étudiants qui lui tiennent tête dont une adolescente éprise de liberté ayant une mère qui siège sur le conseil des parents.

Jusqu’où cette dictature de l’enseignant se poursuivra-t-elle ? Peut-on éduquer des jeunes comme on le ferait de bêtes de cirque par des cris, des claquements de doigts ? La rigueur intellectuelle signifie-t-elle le contrôle absolu du cursus académique des autres ? Je vous invite évidemment à découvrir ce roman à la prose déjantée et cynique de ce nouvel auteur québécois.

Extraits :

« Je sais que je ne suis pas juste. Certains jeunes veulent apprendre et ils sont contents d’être à l’école. Mais il y a les autres. Je ne peux pas bâtir quelque chose en oubliant les poches, les délinquants, les frustrés. Ben non, si tout le monde était discipliné et avait hâte d’apprendre, je ne serais pas comme ça. Je pourrais me passer du système de terreur… »

« Je n’ai pas à les baigner d’amour gluant pour être un bon prof ! Et puis, mes cours, ce ne sont pas des derbys de démolition non plus ! Je ne hais pas mes élèves, au contraire… sauf qu’un minimum de détachement est nécessaire… Est-ce que je suis détaché ? Pas sûr… Mais non, je ne les démolis pas. Je ne les déteste pas. Reste que l’ennemi, c’est eux. »

 

© Photo, texte du billet, sauf les extraits de Sylvain Larose, Denis Morin, 2021


jeudi 4 novembre 2021

Fin de Alain Cadéo

 

Alain Cadéo publiait en 1999 Fin aux Éditions Blanc à Toulon. Oui, je sais, il y a 22 ans, mais on s’en fiche de la date, puisque sa prose poétique me rejoint et me ravit toujours. Les excellents livres, on s’en souvient. Les autres, on les oublie.

Dans ce livre, des hommes sont d’un certain âge ou d’un âge d’antan émanent de leurs tombeaux. Un narrateur dénommé intervient la plupart du temps en italique et en aparté dans le texte. Il se fait témoin admiratif de Don Quichotte qui mène le défilé de ces présences fantomatiques troublantes mais ô combien sympathiques !

Ainsi défilent Le Foudroyé, Le Cormoran, Jean Sirène, Le Chien du Vent, Le Cyclope de Pierre. Ces blessés ont guerroyé, vécu, erré, soignés par des femmes aimantes et bénéficié de la compagnie d’animaux amicaux, rencontré des maîtres. Ils ont mené leur vie, comme si leurs destinées étaient écrites entre les nuées ou dans les rides des pierres creusées par les éléments. Leurs montures broutent certainement dans leurs ombres. 

Chaque chapitre porte le nom de l’un de ces hommes qui raconte sa démesure, puis le narrateur s’invite, commente brièvement et amorce une transition philosophique vers le nouvel invité.

Au fil de la lecture, j’ai eu l’impression de faire une sorte de chemin de Compostelle avec eux. Le passé n’a pas le goût de l’orange amère et le futur ne souffre pas de la soif d’une bouteille de rouge à finir à tout prix. J’étais en retrait, bien calé dans mon lit à minuit, ancré à leur présent d’éternité.

D’ailleurs, je suis soupçonne l’auteur d’avoir voulu rendre par ces personnages-métaphores un vibrant hommage à des amis disparus.

Alain Cadéo est mon coup de cœur littéraire chez les hommes en 2021.

Extraits : 

« Silence alors d’un vol de cavaliers frôlant des vagues noires puis remontant sous l’assaut d’un courant d’air chaud. Nous dérivons sans respirer pour atterrir dans un galop sur une plage de sable. Et nos chevaux sont comme rajeunis. Et j’aime leur souffle de paille tourbillonnant dans l’air marin. »

« Je voudrais tant pouvoir parler encore des horizons multipliés, des soleils endormis, de sous-bois dégoulinant de pluie, de craquantes percées de lumière, de la bonté latente, du rire des lézards, de l’infinie misère... »

« Sur le chemin du retour, j’ai vêtu les riches et les pauvres, les vivants et les morts, les pierres, les murs, les arbres et les sols. J’ai fait chanter le bleu, la pourpre, l’or, l’argent, et les plus anciens symboles ont coulé de mes doigts comme des joyaux de savoir retrouvé. »

 

© Photo, texte du billet, sauf les extraits d’Alain Cadéo, 2021

 

 


dimanche 31 octobre 2021

L'écueil des mondes de David Beaudoin

 

David Beaudoin est un doctorant en lettres à l’Université de Montréal. Ce recueil de nouvelles L’écueil des mondes fut écrit lors d’un voyage de quatorze mois. Il vient de paraître en 2021 chez Annika Parance Éditeur. Méfiez-vous de la douceur de cette couverture rose.

Pour votre information, il s’agit du neuvième ouvrage de la collection Sauvage et il porte bien ce chiffre, puisqu’en numérologie le chiffre 9 est la fin et le début. Cela correspond aussi à une gestation de projet. Bref, on est raccord avec les vies qui basculent dans les textes proposés.

Le mystère est au rendez-vous dans ce recueil et la menace ne semble jamais loin, comme si le choc des cultures provoquait des séismes et la fatalité. On nous emmène en Amérique Latine, en Indonésie, au Népal, en Inde. Des gens veulent tourner la page, fuir le passé, amorcer de nouvelles relations, séduire et être séduits. On les sent en apparence libres en voyage, dénoués de toute attache. Le passé est en apparence gommé, relégué aux oubliettes. Des nouvelles aventures s’ouvrent à l’horizon et des corps se touchent. Un éventail de possibilités s’étale devant eux. Mais connaissent-ils vraiment les personnes rencontrées ? Lors de ces déplacements à l’étranger, sommes-nous nous-mêmes ou jouons-nous un rôle plus ou moins consciemment ? Sommes-nous au meilleur ou au pire de nous-mêmes ?

La prose douce et sensuelle de l’auteur coule sur la peau telle une eau contenant des huiles essentielles parfumées. Cependant, les chutes de ses nouvelles vous giflent la gueule. Je vous aurai prévenu.e.s.  À découvrir. Vivement le prochain opus !

Extraits :

« Ils dérivèrent deux jours et deux nuits dans le brouillard et les retombées de poussière. Personne ne savait vraiment quoi faire durant cette errance. Tout à coup, les conversations avaient l’air insignifiantes. Les interactions se limitaient à quelques sourires, à des regards de soutien mutuel, et parfois à une petite tape sur l’épaule pour s’encourager. »

« Lorsqu’elle avait terminé le roman, qu’elle l’avait déposé sur sa table de chevet, Anissa Varanasi s’était juré qu’une fois adulte, elle se rendrait dans cette ville homonyme de l’Inde. En se remémorant cette promesse dans le miroir de la salle de bain, elle avait voulu tout changer, mettre fin au calvaire. »

© Photo, texte du billet, sauf les extraits de David Beaudoin, Denis Morin, 2021


vendredi 29 octobre 2021

Je suis là de Gildas Thomas

 

Gildas Thomas est un artiste inclassable. Il occupe la scène des théâtres à titre de comédien, mais il se défend aussi très bien comme auteur. Paru en 2021 chez JDH, son titre précédent Le dilemme raconte l’histoire d’un fils qui a contaminé un père du covid-19. C’est son propre drame familial. Visiblement préoccupé, voire hanté par l’idée de la mort, il revient toujours chez JDH dans la collection Nouvelles pages avec le roman Je suis là.

La couverture terrifiante avec ce visage à la Al Pacino est l’œuvre de Yoann Laurent-Rouault, écrivain, peintre et directeur des collections chez JDH Éditions.

Cette fois-ci, imaginez un homme mature qui s’écroule subitement. On l’hospitalise, coma. Par un revers de fortune s’il en est un, Pierre le narrateur maintenant (in)conscient avait signé un papier favorable à l’euthanasie. Prisonnier de son corps, il entend les visiteurs passer dans sa chambre. Les deux fils, l’aîné le prodigue et l’autre enjoué, dénoncent l’égoïsme de leur sœur, la préférée du père, prête comme la mère à enclencher un protocole de trépas. Cette longue cérémonie des adieux à l’époux, au père, à l’ami ne se fait pas sans confidences glissées à l’oreille du patient à la clôture des heures de visite. Le malade repasse cent fois le film de sa vie, accepte ses lacunes, voit les liens d’amour qui se font ou se délient pour se renouer... L’espoir peut-il être encore au rendez-vous ?

Reviendra-t-il de ce séjour entre la vie et la mort ? La famille respectera-t-elle les volontés exprimées alors que rien ne laissait présager la fatalité ? Et si une étincelle surgissait derrière le voile des paupières closes et un réveil survenait dans l’enveloppe corporelle en apparence inanimée sur un lit ?

Pour connaître les réponses à ces questions, je vous invite chaleureusement à lire ce livre qui m’a chamboulé le cœur. Bref, voici une prose pertinente, sensible, émouvante dans le même opus, bravo !

Extraits :

« Louis reprend : - Mais il dort ou il est mort, papi ?

Je reste cloué par la banalité de son propos. La mort n’a sans doute pas la même signification dans l’esprit d’un enfant de six ans que dans le nôtre, certes, mais tout de même… »

« Une caméra de cinéma montrerait assurément une salle d’attente dans laquelle les protagonistes seraient de parfaits inconnus les uns pour les autres. Je visualise très bien les regards furtifs et fuyants qu’ils échangent, les interactions muettes qui interviennent entre eux, les moues, les soupirs. Tout cela rien qu’à cause de moi, rien que pour moi. Je n’aurai jamais assez de gratitude. » 

© Photo, billet, sauf les extraits de Gildas Thomas, Denis Morin, 2021


samedi 16 octobre 2021

Dina de Felicia Mihali

 

Felicia Mihali est une femme de lettres et une universitaire polyglotte. Sa pratique scripturale est multiple : romancière, traductrice et éditrice. À titre d’écrivaine, elle est présente sur la scène littéraire au Québec et au Canada anglais. Bref, elle ne passe pas inaperçue. Elle joue de la plume comme un escrimeur utilise l’épée et le fleuret. Fouetté et touche.

Paru tout d’abord chez XYZ éditeur en 2008, voici que Dina réapparaît en 2021 aux Éditions Hashtag. Quelle émouvante surprise ! J’en suis désarçonné.

Comment décrire ce roman troublant ? Une narratrice vivant au Québec veut comprendre les circonstances de la mort subite de son amie, Dina, en Roumanie. Au bout du fil, les parents sont laconiques. On tait la raison. On atténue les circonstances. Ce sera pour la narratrice une occasion de revisiter dans son esprit le passé, le pays, les us et coutumes, les liens au village et avec sa famille, Bucarest, Timişoara, les frontières, le Danube.

Qui a tué Dina ? Dragan, le douanier serbe amoureux fou d’elle; Paul, le nouveau conjoint débonnaire; tout simplement l’usure et la violence de la vie ? Et si Dina n’était pas faite pour ce monde ?

Vous le saurez en lisant ce roman magnifique de Felicia Mihali, car les livres sont une bonne façon de voyager et de s’ouvrir à d’autres ciels.

Extraits :

« Dina avait compris ce besoin, chez Dragan, d’activer la haine du début de leur relation, de ne jamais lâcher sa proie. Il avait perdu. Même si Dina était maintenant presque sa propriété, le guerrier sentait qu’il avait été vaincu, que ce qu’il avait remporté n’était pas du tout une victoire mais la plus terrible défaite. »

« Il y avait aussi une autre Dina, qui renonçait aux guenilles de tous les jours pour s’habiller, se coiffer et même se farder légèrement. Dina révélait alors au monde une beauté d’icône byzantine : son visage était long et ovale, son nez, mince et long, ses yeux étaient profondément noirs, bordés de longs sourcils et un peu obliques… »

 

© Photo, texte du billet, sauf les extraits de Felicia Mihali, Denis Morin, 2021

 

 


dimanche 10 octobre 2021

Le mercenaire de Pierre Crozat

 

Pierre Crozat, enseignant français à l’étranger, a fait paraître en 2021 aux Éditions Le Lys bleu un roman divertissant à souhait intitulé Le mercenaire.

D’emblée, en regardant la couverture uniquement la couverture, je m’attendais à un roman d’aventure. 

Le roman s’ouvre sur les voyages de Paul. Il y eut un séjour tumultueux à Bakou, la capitale de l’Azerbaïdjan. Il fila à l’anglaise. Par la suite, Paul, spécialisé en histoire-géographie, se fait engager au Lycée français Gustave Flaubert doté d’un buste de Balzac au Caire. Supercherie! Décidemment, la guigne le poursuit. Il se rend vite compte que son contrat d’embauche n’est pas respecté. On lui confie des classes de remplacement dans cette école à la gestion douteuse, aux postes d’enseignement sur des sièges éjectables, dans un décor de carton-pâte digne d’une série B. L’Égypte et son passé l’enivrent. Il est subjugué par le charme slave d’Anastasia, une collègue, et le regard mystérieux du serveur d’un bar où il s’attarde souvent.

Et si ce séjour oriental était trop beau pour être vrai? Pour le savoir, vous n’avez qu’à lire ce bouquin au ton dynamique et enjoué. Où Paul nous amènera-t-il dans un prochain opus? Seul le talentueux Pierre Crozat le sait pour l’instant.

Que Bastet les protège tous les deux.

Extrait :

« Devait-il suivre ses instincts d’aventurier et se rendre au plus près de la foule pour vivre les choses pleinement comme un reporter ou bien rentrer sagement à l’appartement à Maadi ? L’inquiétude et la curiosité rivalisaient en lui, un peu comme chez les chats pensa-t-il, qui devant un danger souvent ne peuvent s’empêcher de rester pour voir ce qui va se passer… »

© Photo, texte du billet, sauf l’extrait de P. Crozat, Denis Morin, 2021


samedi 9 octobre 2021

Morceaux de mémoire de Mathieu Dubé

 

Les éditions Sémaphore font paraître en 2021 dans sa collection Mobile des Morceaux de  mémoire de Mathieu Dubé.

Ce poète est né en 1980 à Valleyfield. Il y vit aussi.

Cet album de poèmes-collages tient à la fois du recueil de poésie et du livre-objet. Le poète joue au typographe, à l’artiste visuel et au scribe. Quant au poème, il s’offre sonore et visuel. Le contenant importe comme le contenu. L’agencement des mots et le découpage sémantique semblent laisser au hasard. Pourtant, j’ai l’impression qu’il n’en est rien, que tout est soupesé, analysé, reconstruit et que l’assortiment relève aussi de la minutie de l’artiste et de sa fine observation de la condition humaine. Cette aire de jeu se divise en quatre sections :  Le rire avant toute chose / Capitale de la couleur / Fragiles architectures / Recoller les morceaux.

Sous l’aspect ludique de la forme, il y a matière à réflexion et densité. Il y a de la chair autour de l’os, des formes autour du désir, un cri freiné dans le murmure, une soif de vivre au-delà du col de bière et de ses yeux bleus. Le poète nous étale au grand jour son imaginaire pour notre grand bonheur. C’est émouvant et jouissif comme une scène ou une galerie d’art où des textes sinueux, découpés, collés, montés exposent des fragments de vie. Les mots deviennent tesselles dans cette mosaïque scripturale. Mon iris en balade a songé à Apollinaire et Cocteau.

À lire, à consulter, à vous procurer, si vous aimez la poésie et les arts visuels. Jubilation en perspective !

© Texte du billet, photos, Denis Morin, 2021


dimanche 3 octobre 2021

Entre deux mers, ballades poétiques de Ruth Benchétrit

 

En lisant le recueil Entre deux mers, ballades poétiques de Ruth Benchétrit paru en 2021 aux Éditions Le Baladin, maison fondée par elle-même, j’ai pensé inévitablement au poème Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage de Joachim Du Bellay dès les premières pages.

Si vous êtes sensible aux détails, la photo de couverture évoque en haut les eaux lumineuses de la Méditerranée et en bas les eaux froides et grises de l’Atlantique Nord.

La poète aux origines hispano-marocaines nous prend par la main et nous fait voyager avec le safran et la fleur d’oranger par des lieux exotiques et par les cycles de sa propre vie. D’ici et d’ailleurs, sa valise repose tout près en vue du prochain voyage. Son regard fixe l’horizon, appelé par la nostalgie et l’errance. À cette mélancolie, elle ajoute la couleur de l’espièglerie et du jeu dans certains textes.

Sachez que cette autrice (poésie et nouvelles) est impliquée en culture au sein de l’organisme de poésie Toulèsarts de Saint-Eustache dans les Basses-Laurentides. Elle y anime le Dimanche en poésie, activité où un.e poète invité.e vient présenter ses œuvres.

Bref, à découvrir et à lire si vous aimez une écriture où l’intelligence et le cœur sont assis à une même table.

Pour de plus amples informations, n’hésitez pas à poser vos questions.

Extraits :

« Nulle âme ne contemple

Rivière sous brume éthérée

Loin de ma maison »

 

« Au crépuscule d’un soir d’été

Sur le sable des souvenances

Les flâneurs en bord de mer

Au fil de l’eau vagabondent »

 

« À l’ombre des senteurs de mon enfance

Néroli Citrus tout en radiance

Fleur d’oranger blanche et parfumée

Aux pétales lisses et veloutés »

 

© Photo, texte du billet, sauf les extraits de Ruth Benchétrit, Denis Morin, 2021

 


samedi 2 octobre 2021

Les réveillés de l'ombre d'Alain Cadéo

 

Alain Cadéo se fiche éperdument d’un anathème, même si proféré par Cervantes, géant de la littérature hispanophone, voire mondiale.  Il est de ces artistes qui rebondissent là où on ne l’attendait pas. Méfiez-vous de son air d’enfant sage sous sa chevelure de neige. Dans Les réveillés de l’ombre paru en 2013 chez Édition La Correntille, on débarque sur une île imaginaire du Midi avec un moulin occupé par un chevalier maigrelet d’un autre temps et son serviteur grassouillet.

Vous aurez deviné qu’il est question de Don Quichotte et de Sancho Panza. Le maître fut tiré de son gisant et le serviteur d’un mètre de terre où poussent l’ortie et des herbes folles broutées par le descendant d’un âne, mort de chagrin des siècles plus tôt.

Nos deux amis téméraires découvrent le 21e siècle obsédé par l’image et la rareté des idées profondes. Don Quichotte croise une serveuse qui fait battre son cœur et stimule sa libido. A contrario, Il rencontre un enquêteur aux desseins sombres qui ne lui inspire rien de bon. Nos deux comparses reprendront-ils leur itinéraire ou s’ancreront-ils sur cette île ? Vous le saurez à la lecture...

Pour se procurer un exemplaire de cette pièce, on s’adresse sur les réseaux sociaux à Alain Cadéo ou à Martine Cadéo.

Pour visionner, la pièce sur YouTube, on clique sur ces liens suivants :

Bande-annonce : https://www.youtube.com/watch?v=iy0IKUeB2tI

Extraits de 20 min. : https://www.youtube.com/watch?v=vTOf4OHILco

Version intégrale : https://www.youtube.com/watch?v=1f3hmMd5HoE

Bonne lecture ! Bonne écoute !

Extraits :

DON QUICHOTTE : — On y perd son grec ou son latin, son hébreu, son turc et en bon castillan aimant richesse de langage, je ne trouve là que petit vocabulaire acide et cru, sans images, sans lyrisme qui, nous le savons, est le sel de la pensée.

DON QUICHOTTE : — Il n’empêche que ces gens entreprennent mille choses, en voient dix mille et plus et ne finissent rien. Pas un pour comprendre que la patience est la plus belle des vertus. Il leur faut tout, tout de suite ou ils trépignent comme enfants gâtés, qui, ceci dit entre nous, mériteraient petites bastonnades.


© Photo, texte du billet, sauf les extraits de Alain Cadéo, Denis Morin, 2021