samedi 30 janvier 2021

Le monde des fous est infini de Poli Gyronnase

 

Les réseaux sociaux nous apportent de tout, des gens sympa et des trolls, mais souvent des artistes talentueux qui méritent une sortie de l’ombre. Un bon jour, mes déambulations virtuelles me font croiser Poli Gyronnase, un ex-policier devenu conseiller financier. Il se voyait écrivain et il l'est devenu.

En 2019, il publiait chez Librinova le roman Le monde des fous est infini, après des années d’enfouissement du tapuscrit dans un tiroir.

L’auteur se met en scène. Il y décrit sommairement ses 18 années de service à titre de policier dans une banlieue française en utilisant le procédé de la mise en abyme par le biais d’un recueil de nouvelles (ou chapitres du roman en cours) qu’il fait lire à sa flamboyante conjointe Ornella.

Selon moi, le moment le plus délicieux est la scène de braquage mené par un musicien de rue déguisé en Joker et une superbe Brésilienne complètement disjonctée.

En outre, la fin du roman m’a laissé complètement bouche bée. Je ne m’y attendais pas. D’habitude, mon flair me dévoile la fin bien avant les dernières pages, mais pas cette fois-ci.

Vous comprendrez bien que j’ai goûté les réflexions existentielles du flic narrateur et l’humour étonnant de l’écrivain qui n’est pas trop loin de celui du romancier David Zaoui. Je n'en dirai pas davantage au risque d'en dévoiler trop quant au contenu de l'histoire.

Donc, un nouvel auteur à découvrir ! Vivement le prochain opus !

Extraits :

« Ils roulèrent très vite et sortirent rapidement de la ville. C’était extraordinaire de voir un Joker portant un masque et un chapeau avec des grelots au vent ainsi qu’une Brésilienne tenant toujours son large chapeau noir, rouler à fond les gamelles. Ils se faufilaient entre les files de voitures. Un agent de la circulation sourit quand il les vit passer. Les deux voleurs lui gratifièrent du signe V de victoire de leur index et de leur majeur. » 

« J’ai préféré partir avant de finir ma carrière avec de jeunes collègues trentenaires bien polis. De jeunes flics « pisse-froid » élevés dans l’univers du politiquement correct, de bons buveurs d’eau minérale sans humour, de bons sportifs bien coiffés aux abdos en béton, qui pourtant, s’affaleraient à la simple annonce de leur placement en garde à vue à l’IGPN. Tu vois, j’ai privilégié ma liberté. »

« La liberté, c’est un mot qui revient souvent dans ta bouche !  Oui, on ne peut rien faire dans la vie si on se trouve sous l’emprise de quelque chose, ou de quelqu’un. » 

« Quand on tombe sur une affaire sérieuse avec une belle crapule, la finalité est toujours la même : on est emmerdé par le système et la crapule est protégée. La victime, elle, est toujours oubliée. Je n’ai plus confiance non plus en la justice. J’ai vu trop d’incohérences. Pour résumer, quand le policier agit, on lui reproche de trop agir et quand il n’agit pas, on lui reproche de ne rien faire. C’est kafkaïen. »

© Billet de blog, sauf la photo et les extraits de P. Gyronnase, Denis Morin, 2021

 

 


samedi 23 janvier 2021

Vocalises sur un sanglot de Francine Allard

 

Francine Allard est une artiste polyvalente des Laurentides au Québec : écrivaine, peintre, chroniqueuse.  En littérature, elle s’adresse autant aux adultes qu'aux petits. 

Cette épicurienne d’une grande sensibilité signait en 2003 le recueil de poésie Vocalises sur un sanglot dans la collection Opale aux Éditions 3.

Ne venez surtout pas me dire que le blogueur ne doit causer que des nouvelles parutions. Faux. Un très bon livre est indémodable, ce qui est le cas du présent ouvrage. Les bouts de post-it qui apparaissent sur la photo vous prouvent hors de tout doute mon intérêt.

Le recueil est finement illustré en couverture par la peinture Lettre sans réponse de Denys Matte. Des gouaches du même peintre jalonnent notre parcours de lecture. 

Les poèmes se divisent en quatre mouvements musicaux qui donnent le ton à l’émotion : Diminuendo, Staccato, Lamentabile, Coda.

Cette femme de lettres aborde les notes discordantes entre une mère et sa fille, la peinture et l’écriture, sa foi éteinte, les plaisirs furtifs de la chair et les émois causés par un bel amant devenu malheureusement infidèle.

Bref, je referme ce livre agréablement surpris ! Le style et les émotions sont au rendez-vous !

Extraits : 

« Je ressens la vacuité du silence

et les mots     comme les bulles d’une eau     effervescente

montent un à un

s’inscrivent d’abord dans la pensée

gagnent aussitôt le bout des doigts

s’agitent

et écrivent l’amour perdu »

 

« La lettre de ma mère

n’est pas signée

c’est l’habitude de la filiation

désaveu qui me poignarde

à chaque mot saisi

à chaque remords qui tenaille »

 

« Mes anciens voyages en mer

ne sont que de vagues souvenances

lorsque je pose enfin le pied

sur le sol gelé

la lavande renaîtra d’entre les deux pierres

et la clématite reprendra son ascension

sur les minces treillis

nous verrons éclore le narcisse d’entre les euphorbes

défleuries »

 

© Texte et photo, sauf les extraits de Francine Allard, Denis Morin, 2021

 

 

 

 


samedi 26 décembre 2020

Dépression, nouvelles du fond du baril, collectif

 

La revue XYZ fondée en 1985 et spécialisée dans la nouvelle nous propose au no 144 de l’hiver 2020 le thème Dépression, nouvelles du fond de baril.

Explorons-en le contenu…

Les chips et le cantaloup de Maude Deschênes-Pradet : Une femme qui croise une amie à l’épicerie feint d’être bien.

Entre parenthèses de Louise Cotnoir : Un homme mature n’a plus envie de rien et se demande de quoi sera fait demain. Seule la mort l’obsède.

Thérapeute isométrique de Pierre-Marc Grenier : Un homme épuisé avec la neige qui tombe sur ses joues. Il pense à son thérapeute et à un ami qui se drogue et veut se perdre dans une toile.

Montréal fantôme de Perrine Leblan : Une femme se laisse aimer par sa conjointe, mais le cœur n’y est pas vraiment. À l’aube, la porte de l’immeuble se referme derrière elle. Tout est paisible.

Méandres de Mélanie Boilard : Histoire d’une jeune femme qui se sent prisonnière, coincée. Elle tentera de se suicider. Elle retournera vivre en société, même si ça ne va pas.

L’entre-deux, la fissure de Hugues Corriveau : C’est ma nouvelle préférée avec un homme qui frotte une gomme à effacer contre le papier, puis en amalgame les parcelles caoutchouteuses obsessionnellement pour en former une boule. Métaphore de son propre effacement.

Miroir de poche de Kari Guillemette : Une femme est prostrée dans son lit, pendant que s’agite la vie tout autour, à savoir ses deux enfants.

Embrassés de David Bélanger : Un homme écrit à sa conjointe ‘’Je suis désolé’’. Reviendra-t-elle à temps pour le sauver de lui-même ? Autre très belle nouvelle, très prenante.

L’assassin de la 2e Avenue de Claude La Charité : Une ombre rôde. Une famille se voit décimer par un assassin. Le dernier survivant s’interroge sur le modus operandi du meurtrier pour l’atteindre. Cela lui empoisonne la vie.

Leçon de ténèbres de Marc-André Boisvert : Le titre nous ramène aux Leçons de ténèbres de François Couperin composées en 1714 pour le Mercredi Saint. Cela donne le ton à cette nouvelle où un travailleur est littéralement épuisé, lessivé.

Un mot de présentation de David Dorais, un intertexte intitulé La psychanalyse : un art de la nouvelle, trois nouvelles à thème libre et des comptes rendus compte rendus complètent le présent opus. 

Personnellement, je suis enclin au spleen. Il n’y a pas si longtemps quelqu’un pouvait parler ouvertement du cancer, des blessures sportives, de chirurgies esthétiques, mais surtout pas du mal de vivre. Oui, je sais, il y eut le poète Baudelaire puis plus près de nous Barbara pour nous en entretenir via la chanson. Néanmoins, les gens compatissent pour une blessure du corps et détournent le regard pour une nébulosité de l’esprit. Dommage.

Donc, pour les plus curieux et les plus curieuses d’entre vous, voici un numéro à vous procurer, si la question de la santé mentale vous interpelle. 

Extraits :

« Amour vient m’enlacer et je réponds machinalement à ses gestes, qui n’ont rien de réconfortant, car ce sont eux qui me font réellement prendre la mesure du vide. Même blottie entre ses bras, je perçois le néant qui s’est creusé dans ma poitrine. » Perrine Leblan

« Ma tête me tient captive depuis longtemps. Une petite prison. Une pièce minuscule où je peux tout juste allonger les jambes. Sur le béton froid de mon crâne, je reste assise des journées entières à observer la vie qui roule, les jours répétés, les mouvements de masse qui sont toujours les mêmes, comme un banc de poissons. » Mélanie Boilard

« Reprend la gomme, la feuille, le mouvement de frotter, frotter et frotter pour amenuiser l’emprise, la séduction des choses friables qui ne tiennent à rien, qui le tiennent encore aux aguets. Se perd alors en lui, avec la certitude bien maigre du crépuscule, soumis au mécanisme de la vie qui le pousse à vouloir ainsi efface le rien blanc de la feuille, à s’effacer devant les autres et le monde et la lumière. » Hugues Corriveau

© Photo, texte, sauf les extraits de trois nouvellistes, Denis Morin, 2020


jeudi 10 décembre 2020

Nos silences ne sont pas des chansons d'amour de Tom Noti

 

Tom Noti en est à son cinquième opus avec ce roman intitulé Nos silences ne sont pas des chansons d’amour publié en 2020 aux Éditions La Trace. Comment vous parlez de ce roman écrit par un homme charmant et cordial au quotidien?

L’auteur dresse la table pour un banquet où sont conviés Aldino, un ouvrier gauche, dont le sang qui ruisselle de son nez tache la moquette d’un ex-amoureuse et son frère Primo, joueur de foot professionnel exilé en Angleterre. Le copain Ludo s'invite et tourne tout à la blague avec philosophie en prétendant que la vie est une vaste comédie. D'ailleurs, ce dernier vit avec une taxidermiste. Il y a aussi une dame mystérieuse qui envoie des messages-textes inattendus à Aldino comme si elle cherchait désespérément son fils, alors que la mama Varese alternait entre les cris et le mutisme le plus complet. S’établit alors un dialogue entre l'inconnu et Aldino qui leur sera bénéfique, voire thérapeutique.

Dans ce livre, chaque chapitre porte le titre d’une chanson, ce qui confère une couleur et habille sonorement le texte. À la limite, vous pourriez vous constituer une playlist à partir des suggestions de l’écrivain pour vous accompagner au fur et à mesure.

Posons-nous des questions sur la nature des silences. Doit-on s’attrister du dit ou non-dit dans une même famille ou dans un couple ? Peut-on gommer des histoires du passé appartenant à nos prédécesseurs ? Qui a réussi entre celui-ci qui subit l’admiration de tous et celui-là à la trajectoire plus ordinaire qui déçoit vraisemblablement ? Faut-il blesser les êtres aimés ou s’en éloigner, les confiant justement aux longues heures d’attente pour mieux être soi ? Vous aurez sans aucun doute des réponses ou des pistes de solution par la lecture de ce très beau roman.

Extrait :

« Les paradis perdus (Christophe)

« Mais entre la vanille et le chocolat, quelle était la couleur, quel était le goût de cette enfance envolée ? Avait-elle été heureuse, en fin de compte ? Évidemment, il n’y avait pas eu de gros traumas, pas les torrents de larmes qui peuvent ravager un paysage colorié à la craie. Évidemment, en apparence, tous les éléments requis avaient été présents pour un bonheur d’enfant. Alors pourquoi les pièces de mon puzzle ne s’imbriquaient-elles pas ? Pourquoi ne laissaient-elles apparaître, en surface, qu’une image lisse, une mer calme qui ne correspondait pas à mon chaos sous-marin ? Qu’est-ce qui clochait chez moi ? Les grains de sable du spleen ont roulé sous mes pieds et ont frotté ma peau. »

 

© Photo, texte du billet, sauf l’extrait de Tom Noti, Denis Morin, 2020

 


jeudi 26 novembre 2020

À la foire de Maud Chayer

 

Maud Chayer tire plus vite que son ombre. Elle vient de faire paraître en 2020 un autre microroman chez Annika Parance Éditeur intitulé À la foire.

Un homme aux allures de quadragénaire, banlieusard épuisé au retour du travail, se fait imposer une sortie familiale pour le lendemain par les femmes de sa vie, à savoir son épouse de mèche avec leurs deux filles. Elles ont décidé de se rendre à une foire agricole. On se doute bien monsieur n’exultera pas dans cet événement…

Derrière cette histoire bien menée, je me questionne comme cet homme sur la pertinence de toujours consentir aux besoins des autres au point de s’oublier, de renoncer à ses propres goûts. 

On perçoit aussi la conjointe qui met en veilleuse une carrière et qui troque sa vie d’amoureuse pour le rôle de mère. 

Somme toute, qui vous a dit que la vie était une fête foraine jubilatoire ? 

N. B. : Les cornes tronquées sur la photo proviennent d’un zébu de Madagascar. J'ai fait exprès de les placer ainsi, mais le thème de la foire agricole est respecté. 😉 

Extrait :

« Il laissa sa montre dans l’auto. « Elle me gêne depuis un bout de temps. – Il faut faire examiner le bracelet. » Toujours pratique et bienveillante. Il ne voulait pas voir défiler les heures. Les longues heures avant le retour, ce moment privilégié où ses filles dormiraient à l’arrière, quand sa femme lui tiendrait la main sur le bras de vitesses, complice, heureuse. »

 

© Photo, texte du billet, sauf l’extrait de Maud Chayer, Denis Morin, 2020


samedi 21 novembre 2020

Au pavillon de Maud Chayer

 

Maud Chayer possède un parcours à double cursus académique en lettres et en cinéma. Elle travaille dans le milieu du septième art. Elle compte parmi ses projets créatifs trois romans en littérature jeunesse.

La voici de retour avec Au pavillon, un microroman publié en 2020 chez Annika Parance. 

Ce livre est une critique sociale de la petite vie rangée en banlieue nord-américaine. Nous avons le père, un bellâtre séduisant, la mère obsédée par ses rides qui tente des expériences capillaires afin de lutter contre le temps, puis un gamin enjoué, sa sœur à peine plus âgée. Un événement viendra bousculer leur quiétude. Ce sera le drame et les certitudes ébranlées. 

Au-delà de cette histoire bien ficelée, ce sont les petits travers qui sont dépeints. L’homme soucieux de son image, de l’opinion des collègues qui ne perçoit pas la maturité du corps qui le gagne, mais le voit chez son épouse.  Ce couple se lance des ‘’mon amour’’ mais ne fait plus l’amour ou si peu. Les enfants sont appelés à grandir trop vite et à perdre la candeur de cette période.

Sommes-nous plus que l’image de nous-mêmes ? Réussit-on sa vie ou dans la vie ? Nous sommes appelés à titre de lecteurs à aller au-delà de la vie parfaite comme dans la série télévisée Father knows best. Il me semble que nous valons bien plus ces stéréotypes stériles et Maud Chayer sait habilement comment nous le rappeler. 

Voici une invitation à découvrir une nouvelle plume.

Extrait :

« La maison répondait à certains de leurs critères… Les concessions qu’ils avaient dû faire : un quartier semi-prestigieux, pas de garage, pas de salle de bain attenante à leur chambre, pas d’arbres matures sur le terrain et, enfin, l’aspect extérieur de la demeure qui ne correspondait pas à leurs ambitions bourgeoises. Sa femme rêvait d’une (fausse) victorienne dans une rue à nom d’oiseau… mais, leur petit nid d’amour, ils se l’étaient fabriqué dans cet écrin de briques roses au design des années quatre-vingt-dix, finalement. » 

© Photo, billet, sauf l’extrait de Maud Chayer, Denis Morin, 2020


jeudi 19 novembre 2020

Signaux pour les voyants, poèmes de 1937 à 1993, de Gilles Hénault

 

Les poètes, c’est comme l’amour, ça ne meurt pas. Oui, les rides se creusent au front, mais la mémoire ancienne reste là.

Lise Demers, la fondatrice des Éditions Sémaphore, eut l’idée folle de publier en 2020 une anthologie de Gilles Hénault (1920-1996). Quelle excellente idée pour honorer ce poète abénaquis ayant passé une partie de sa jeunesse modestement à Montréal-Est avant de se tourner vers la poésie. Dans son itinéraire, il devint journaliste, syndicaliste, critique littéraire et d’art, fonda une revue littéraire. Plutôt pas mal pour un autodidacte !

Ce jeune homme libre aimant la nature et la beauté féminine sera sans tambours ni trompettes le père de la poésie moderne au Québec. À l’instar de Guillaume Apollinaire, il fut un artiste inventif, faisant fi des conventions, libre comme l’air, audacieux, curieux, esthète et épicurien. Bref, rien ne lui échappait. L’homme n’est plus là physiquement, mais sa voix par ses mots demeure.

Merci à Lise Demers pour son devoir de mémoire. Cette anthologie est une traversée du Québec d’hier à aujourd’hui.

Extraits :

« Le poème est l’expression concrète du vivant. »

 

« La porte se referme

Automate

L’homme s’avance

La porte de verre se referme.

L’homme trébuche sur le rayon photo-électrique

Les pas dévalent de l’autre côté de la vie

Le désir est une fausse clef

Seul l’amour fait tourner sur ses gonds

Le miroir du regard. »

 

« Les habitants des îles parlent très fort, crient très fort dans la tempête. Leurs cris insulaires, en détresse, dressent le pavillon désemparé des solitudes. Leurs cris de corail durcis par la distance s’entrelacent dans l’air tendu, d’une densité pareille aux profondeurs sous-marines. »


© Photo, texte du billet, sauf les extraits de G. Hénault, Denis Morin, 2020


mardi 17 novembre 2020

Alors que tout résiste de Hervé Richard

 

Hervé Richard est un poète français vivant en Allemagne. Sa demeure, ce sont les langues : le français, l’allemand, le russe. L’écriture est à la fois son métier et une manière de vivre, d’être.

Il mène sa petite musique intérieure depuis des années qu’il confie à des pages de cahier, assis sagement chez lui ou en un quelconque café. Je peux l’imaginer en train d’écrire sur fond sonore avec Nina Simone ou du Chopin.

Ce recueil Alors que tout résiste paru en 2020 chez Edilivre est un recueil de l’appel, dans un contexte de confinement et d’attente amoureuse. On fait comme si tout était comme avant la distanciation et les consignes qui nous étouffent à titre de citoyens. On mène son existence mise sur pause. L’amant franchira-t-il le seuil de la porte ce soir, demain ? On se rappelle des vacances prises ensemble à la plage et des promenades sur les berges d’une rivière, décor bucolique. Les mots appellent sa voix ou nous situent dans l’absence. La poésie est exutoire et réminiscence. Non, plus rien ne sera pareil.

Voici un poète discret mais ô combien talentueux que je vous invite à découvrir…

Extraits :

« Où va ce qui se mire

Dans le miroir défait

La vie les souvenirs

Où les tiens-tu cachés

N’as-tu pas quelque trace

Un indice oublié

Où va ce qui se mire

Quand la chambre a fermé ? »

 

« Tu es mon avant et mon après

Mon présent mon passé

Tu es qui j’étais qui je n’ai pas été

Tu es ce qui ne fut et ne sera jamais

Tu es mon paradoxe mon ombre mon partage

Tu es mon grand secret mon ami mon image

Tu es comme un passé qui se serait posé. »

 

© Photo, Edilivre. Billet, sauf les extraits de H. Richard, Denis Morin, 2020


dimanche 15 novembre 2020

Présents composés de Juan Joseph Ollu



Chez Annika Parance paraît dans la collection Sauvage, le recueil de nouvelles Présents composés de Juan Joseph Ollu. 

Cinq nouvelles constituent le nouvel opus : Une fenêtre ouverte, Bad boy, L’indécis, Valentine, Le présent composé.

Les histoires se vivent autant à Paris qu’à Montréal. On se sent vite pris dans le tourbillon de ces vies observées à partir d’un balcon, le temps de griller des cigarettes, par la cadence du bassin dans un véhicule une nuit d’hiver, les propos d’un indécis, les confidences d’une femme momentanément mal assortie en amour, un homme infidèle à son compagnon.

Trahit-on ceux qu’on aime par l’esprit, le cœur et le corps? Le tourment amoureux est-il beaucoup plus insidieux et complexe que de céder à un bel inconnu devant une vitrine de haute couture ?

Lire du Juan Joseph Ollu, c’est la sensualité et l’émotion qui s’étalent au grand jour sans fausse pudeur, juste pour la beauté et la douceur. C’est du Yves Navarre en version années 2000. Quand je le lis, au-delà de la musique house tonitruante d'un bar un vendredi soir, j’entends surtout en fond sonore le nuevo tango d’Astor Piazzolla et la voix douce de François Hardy derrière ses mots.

J’aime, j’aime, j’aime…

Extrait :

« Avec un peu de mal, Alexandre se fit donc à cette rupture qu’il avait voulue malgré lui, si l’on pouvait parler de rupture pour si peu. Je ne crois pas qu’il ait souffert trop longtemps. Peut-être s’était-il protégé juste à temps ? Quant à moi, j’avais été clair dès le début. C’est un avantage d’être honnête, de l’être en tout cas le plus possible : pas de fausses promesses, pas de serments truqués, de projets inconsistants. Tout cela aurait pu se terminer par une vraie liaison, mais me comporter avec une telle félonie envers toi m’est absolument inconcevable. »

© photo, texte du billet, sauf l’extrait de J. J. Ollu, Denis Morin, 2020

 


vendredi 13 novembre 2020

Le bleu des capricornes de Alexandre Rabor

 

Alexandre Rabor est un blogueur littéraire, mais surtout un romancier autoédité français de talent que je suis depuis quelques années. Il ose entremêler romance et thriller psychologique. Dans le roman Le bleu des capricornes, quand le passé s’appelle vengeance paru en 2020, l’auteur nous sert la même recette que par le passé, avec juste ce qu’il faut de suspense.

Cette fois-ci, Thomas et Mathilde réfléchissent à leur avenir amoureux. Pour sauver leur couple, ils consultent une thérapeute conjugale qui enseignera à Thomas l’hypnothérapie, ce qui lui permettra de remonter dans le passé vers sa mère biologique et une tragédie familiale. En parallèle, Mathilde relira les lettres d’un amour de jeunesse, celle d’un étudiant japonais qui avait un dragon tatoué. Elle comprendra que les apparences peuvent être bien trompeuses.

Thomas se portera acquéreur d’une scierie dans l’est de la France. Au-delà du souhait de faire table rase, de venger son père assassiné, il se demandera si providentiellement la prospérité régionale redevenait possible à cause d’un enfant aux taches de rousseur jouant avec un capricorne bleu.

Je n’en dirai pas davantage sur l’histoire. Pour l’instant, je conclus ce billet en écrivant que ce romancier allie fort habilement le cœur et l’esprit sans mièvrerie dans aucune de ses œuvres. Somme toute, une lecture émouvante et belle à se mettre sous l’iris.

 

© Photo, Alexandre Rabor, texte du billet Denis Morin, 2020


dimanche 8 novembre 2020

Monsieur le Président de Danielle Pouliot

 

À peine lu, à peine encore sonné par le roman percutant Monsieur le Président de la romancière Danielle Pouliot publié en 2020 aux Éditions Sémaphore… J’ai fait la connaissance de Léa, orpheline, ayant grandi chez sa tante Anita, devenue préposée à l’entretien ménager chez Kaffa, une entreprise de cafetières design. 

Dans ce haut lieu créatif créé par Émile le Magnifique, elle croyait y avait trouvé une famille, jusqu’au jour où le fondateur vende au Président parvenu obnubilé par le profit et son pouvoir. Ce sera la descente aux enfers pour le personnel. Toutes les trahisons seront permises dans cet échiquier où les plus retors et les pervers narcissiques conserveront leur emploi. Léa perdra le sien. Elle tentera de se reconstruire, ayant l’estime d’elle-même dans les talons.

Puis, elle dénichera un nouvel emploi, grâce à son chat qui se sera esquivé de l’appartement. Tout est providentiel comme ces retrouvailles avec le Président jadis musclé et tiré à quatre épingles devenu patient dans une résidence de luxe pour malades ayant perdu leur autonomie. Tout en époussetant et en frottant un miroir, elle lui raconte comment elle s’est sentie trahie. Lui, branché, écoute, semble même prendre du mieux, momentanément. Elle s’interroge sur le moyen de se venger…

Pour savoir comment elle aura le dernier mot, je vous invite à lire ce très beau roman dont l’écriture précise me fait penser à celle de Mireille Gagné dans Le syndrome de Takotsubo, recueil de nouvelles publié aussi par la même maison. Il y a des parentés stylistiques dans le monde des lettres. 

J’ai noté que les personnes les plus intéressantes à fréquenter étaient les employés au bas de l’échelle qui sont dotés bien souvent d’un sens fin de l’observation sur la nature humaine.

Une très belle lecture que je vous recommande à mon tour. 

Extrait :

« Pour être honnête, sur le coup, je ne l’ai pas reconnu. Cette silhouette fantomatique étendue sur un lit médicalisé au milieu d’une chambre aux allures de vaisseau futuriste, ce spectre décharné qui avait pour seul signe de vie une respiration sifflante produite par un thorax creux était à des années-lumière de l’envahisseur à la démarche prétentieuse, au verbe autoritaire et au geste souverain qui avait croisé ma route. » 

© Photo, texte du billet, sauf l’extrait de D. Pouliot, Denis Morin, 2020