dimanche 17 août 2025

Contes des petits mondes d'à côté de Alain Cadéo

 


Il était une fois un homme aux cheveux blonds trop vite blanchis, au regard bleu comme les eaux méditerranéennes, élégant, discret, songeur qui se déplaçait avec une grâce quasi féline. Il avait un je-ne-sais-quoi à la Jean-Louis Trintignant dans les inflexions de sa voix.

Dès l’aube dans sa thébaïde, il posait ses mots sur papier ou à dans des messages destinés à un lectorat dissimulé derrière un écran et un clavier. Il brisait le silence imposé par la distance et les limites cartographiques.

À titre posthume, la maison Éditions La Trace nous offre Contes des petits mondes d’à côté d’Alain Cadéo. L’auteur oppose ici souvent des personnages menés par la raison à ceux vivant leur passion. Les contes du présent livre tiennent à la fois de la fable et de la philosophie. On dépasse de loin la banalité du premier degré, les mots s’envolent et nous dévoilent leurs mystères. Les personnages en clair-obscur mènent leur vie. Certains se plient aux conventions et d’autres créent doucement leur itinéraire sans demander de permission à qui que ce soit.

Un mot de Christian Bobin et une lettre de Tom Noti s'y trouvent pour saluer leur confrère de lettres.

À la lecture des contes, des romans et des pièces de théâtre d’Alain Cadéo, j’entends toujours sa voix libre comme le murmure du vent et je constate sa juste vision des êtres et des choses telle une percée de lumière dans la forêt.

Extrait de postface :

« Pour moi, contrairement à ce qui est dit, rien n’est meilleur que de me trouver devant une page blanche. C’est aussi dense qu’un glacier, aussi bavard qu’une rivière de montagne dont je ne me lasse pas de regarder et d’entendre l’incessant bouillonnement. »


jeudi 7 août 2025

Monologue de l'autre de Jacqueline Salvas

 

Jacqueline Salvas a toujours été fascinée par la scène et par la vie transposée en créations qu'elle aimait partager avec les autres. Le théâtre fut sa destinée à titre de directrice, d’enseignante et de metteure en scène.

Cette fois-ci, elle a cru bon mettre en scène son enfance à Sainte-Thérèse-de-Blainville dans les Basses-Laurentides via ce très beau livre intitulé Monologue de l’autre paru chez Les Éditions de la Francophonie.

Pourquoi l’autre ? Tout simplement, parce qu’il y eut sa mère Jacqueline et elle-même. Elle est l'autre du titre. Issue d’un milieu modeste, notre autrice rend hommage à sa mère et à sa grand-mère maternelle, ces femmes si dynamiques. Elle dépeint une époque nettement plus calme qu’aujourd’hui où elle apprenait les leçons de la vie au travers des jeux et de son regard de gamine.

Les récits d’antan nous en apprennent beaucoup sur le parcours de nos prédécesseurs. Je crois qu’il n’y a pas de grande ou de petite littérature. À mon humble avis, il n’existe que le désir de s’exprimer sur l’existence et Jacqueline Salvas le fait très bien. Certains passages m’ont fait sourire et d’autres m’ont ému. 

Cette autobiographie de son enfance n’est pas banale du tout. Je vous en recommande chaleureusement la lecture.


dimanche 13 juillet 2025

L'improbable conversation de Chantal Garand et Dominique Garand

 


Que dire de ce roman de L’improbable conversation publié aux Éditions Tête Première ?

On a souvent besoin de connaître d’où l’on vient pour savoir qui on est et où l’on va. C’est l’audacieux pari mené par Chantal Garand, femme de lettres, et de Dominique Garand, professeur de littérature, que de recueillir les souvenirs de la fratrie afin de reconstituer le portrait de leur mère, Marguerite Garand, née Tremblay.

Ce livre donne une émouvante courtepointe composée des faits et gestes d’une femme amoureuse de son homme, mais trop affairée avec le quotidien pour bercer longuement ses neufs enfants l’un après l’autre. 

J’y vois aussi le destin des femmes mariées au Québec d’avant la Révolution tranquille coincées par devoir et amour avec une lourde progéniture pour remplir ultérieurement à titre de dociles sujets les usines, les fermes et les églises. Je n’envie pas cette époque révolue, mais dont nous sommes tout de même le fruit.

Toutefois, je vous invite à lire la fascinante biographie polyphonique de cette femme passionnée, cultivée, intelligente que fut Marguerite Tremblay-Garand. Je demeure convaincu que sa tendresse et sa bienveillance se poursuivent au sein de sa descendance. Qu’elle continue de veiller chacun de ses enfants comme on guide les pas des petits.


dimanche 6 juillet 2025

La Chair de Julia de Julie Vincent

 


La comédienne Julie Vincent célèbre sa vie par La Chair de Julia, singulière et audacieuse publication aux Éditions de la Pleine Lune. C’est par un conte théâtral avec des croquis de l’autrice qu’elle nous tend la main et nous amène tout doucement sur ses moments qui composèrent sa vie de Montréal à l’Argentine.

Nous sommes convié.e.s au théâtre du temps, le sien. Elle enfile une veste sombre, ouvre un coffre, en sort un grand livre noir qui contient toute son existence. Une patère retient à l’occasion un chapeau ou un parapluie. Les scènes défilent devant nous en français avec des instants ponctués en espagnol sous-titrés en français.

Durant ma lecture, il me vient à l’esprit qu’elle a tracé son parcours à la manière de son arrière-grand-père Godefroi, seul au bout de son lopin de terre, à défricher en pleine forêt du côté de la Mauricie. Les mots, la poésie et le souffle l’ont poussée à partir et à revenir.

Julie Vincent lance des galets qui font des ronds dans l’eau d’un lac tout comme elle compte les anneaux concentriques du bois.

Une discrète actrice et une autrice à découvrir.

Bonne lecture et bons voyages en son inspirante compagnie.

 


dimanche 29 juin 2025

Tu m'appelles Amalia de Sophie-Luce Morin

 

Sophie-Luce Morin a fait paraître en autoédition chez La Rocade Tu m’appelles Amalia pour plus d’autonomie. Je fus étonné tant par la couverture que par la qualité d’impression du roman. De la grande classe !

Tu m’appelles Amalia est un thriller psychologique qui relève très bien ce défi de nous tenir en haleine. Pardonnez-moi l’expression, mais c’est un page turner que je dégustais jusque tard dans la nuit.

Une jeune femme se voit prisonnière sur une île où elle tente de recomposer son passé et de comprendre les raisons de sa détention. Son geôlier lui démontre une sincère sympathie et lui laisse une relative liberté. De toute manière, elle ne peut s’échapper. Elle est la narratrice de sa propre histoire.

L’île peut être vue comme une métaphore de l’autrice qui s’isole dans un cocon réel ou fictif pour mieux s’adonner à son écrit en cours et à ses personnages.

N’étant pas un divulgâcheur, je ne vous proposerai pas des pistes ou des indices. Ce serait vraiment trop dommage pour tout le labeur et le suspense contenus dans cet étonnant roman.

Tu m’appelles Amalia est vraiment un thriller psychologique à ajouter au-dessus de votre pile à lire. Rien de moins.

 


dimanche 8 juin 2025

Nous renaîtrons peut-être de Hélène Laforest

 

Hélène Laforest signe ici son premier recueil de nouvelles Nous renaîtrons peut-être chez Tête première. J’ai été intrigué par la photo de couverture, soit une maison en ruines comme on peut en voir dans des vestiges de villages abandonnés.

La nouvelle classique prend habituellement le point de vue seul d’une voix narratrice. Hélène Laforest innove en donnant la parole à différents personnages féminins, ce qui enrichit de surcroît les textes.

Une femme loue une maison, une adolescente tente de se rapprocher de sa mère, des amies tentent de redonner vie à une ancienne auberge, deux restauratrices ont pour mandat de revamper un livre hanté par son ultime propriétaire, une dame âgée ne se voit pas abandonner ses plantes chéries, un cercle du nom des Sœurs de douleurs réclame des nouvelles adhérentes en ligne pour qu’elles renoncent à leur passé. Ce sont tous ces thèmes fascinants qui se présentent à notre iris.

Vous l’aurez compris, dans Nous renaîtrons peut-être, nous nageons en plein mystère et ce mystère se constitue de tels délices imprévus. À lire.


dimanche 25 mai 2025

Petite nature de Perrine Leblanc

 

Il était une fois une autrice de talent qui connut le succès et la médisance de certains. Pour se protéger, elle quitta la grande ville et se réfugia dans une maison ancestrale construite jadis par une famille écossaise en Gaspésie où elle connut la sérénité et le goût de créer à nouveau.

Perrine Leblanc vécut cette remise en forme de son intérieur par le silence et l’écriture. Paru chez Marchand de feuilles, Petite nature tient lieu de la chronique personnelle. De l’insulte, elle renverse la vapeur et reprend le contrôle de sa destinée créatrice.

Elle décrit les saisons dans cette maison aux infiltrations d’air salin, le feu qui crépite au foyer, le chat qui se love sur un coussin, le choix de la laine et des thés dont seront faits une matinée. Les tricots et les mots sont sa cote de maille contre l’adversité et la bêtise humaine.

Les courts chapitres portent le nom d’une plante, d’une couleur, d’une émotion pour ponctuer des moments de vie. Son écriture est une eau limpide mise à bouillir. On en retire une infusion aux arômes de lavande et de rose ancienne. Bref, ce livre méditatif est un délice !

 

 

 


dimanche 18 mai 2025

Azulejo vivo de O Gringo

 

Lors de mon séjour à Lisbonne, j’ai pu visiter le Musée national de l’azulejo établi dans un ancien monastère de Clarisses.

L’azulejo est la céramique à motifs divers figuratifs ou géométriques présente au Portugal, en Espagne et au Brésil. On s’en sert pour recouvrir des murs, des sols afin de rehausser la beauté d’un bâtiment. L’effet est toujours réussi.

À la boutique-souvenir, j’ai eu un coup de cœur pour ce livre Azulejo vivo, un ouvrage trilingue portugais, français, anglais paru en 2024 chez Objecto anonimo.

Les textes de ce magnifique album sont de Bastien Tomasini alias O Gringo, nom d’artiste de ce jeune Provençal fasciné par le Portugal. Ce peintre réinvente la manière de présenter la céramique, tout en mettant en valeur la culture portugaise par le choix de thèmes : amour, visages, mains, marins, vendeuses de poisson, animaux tels que le bœuf, le cheval lusitanien, le paon.

Il imprime ses photos sur les carreaux, qu’il retouche ensuite au fusain, à la peinture vaporisée ou appliquée au pinceau.

Quant au texte, c’est un voyage dans la culture portugaise et dans l’imaginaire sensible de ce créateur.

Ce livre est une parcelle de Lisbonne dans mon salon. Je vous en recommande la découverte visuelle et littéraire.

 

 


dimanche 11 mai 2025

Je ne suis pas une nature morte de Vava Sibb

 

Je ne suis pas une nature morte est un recueil de nouvelles paru en 2025 aux Éditions La Pleine Lune. Son autrice est Vava Sibb que je découvre via ses textes où l’on se promène au MoMa, au musée d’Orsay, au Louvre, en compagnie d’êtres qui ont changé de vie en devenant gardien de musée.

Là où le public visiteur ne voit avec indifférence en eux et en elles que d’ennuyeux surveillants de salles, ce personnel d’institutions culturelles est fait de chair, d’os et de sentiments. Ils et elles observent, décodent l’admiration et la fascination des uns et des autres face à tel ou tel chef d’œuvre de l’histoire de l’art. Le vécu de ces employé.e.s trouve aussi un écho dans ces toiles, comme si ces tableaux devaient leur livrer des secrets à l’iris et leur tendre la main.

La lecture du recueil Je ne suis pas une nature morte me rappelle le magnifique roman Vers la beauté de David Foenkinos.

Mes nouvelles préférées sont Horizontalité des sentiments en lien avec Le Baiser de Klimt et Sombres illuminations d’après La Nuit étoilée de Van Gogh.

Vava Sibb maîtrise très bien la concision et l’inattendu de la chute finale, le tout étant exigé par la nouvelle. J’en aurais pris encore. À bientôt, souhaitons-le.


dimanche 4 mai 2025

Morceaux de tempête de Henri Chassé

 

En 2008, Henri Chassé récidivait en poésie avec son recueil Morceaux de tempête paru chez Écrits des Forges.

Ses poèmes sont faits de souvenirs heureux ou pas, d’attentes, de fusions et de mains qui se détachent dans le froid du matin.

La mort s’annonce déjà au programme, la sienne et la fin des étreintes. Tout s’effondre et s’effrite autour de lui. Le poète balance un mot doux rédigé sur une retaille de papier lavande dans les cendres encore chaudes du foyer.

L’ivresse de la veille tourne à l’amertume du réveil trop brutal. Le poète songe déjà à boire plus tard encore pour repousser les nuages lourds de la mélancolie. À l’instant même, le museau du chien vieillissant l’invite à la marche aux alentours. Routine rassurante oblige.

Toutefois, malgré les déconvenues, le poète se dit que l’amour et la candeur de l’enfance sont et seront les remèdes à la morosité. Après la tempête, le ciel s’éclaire et la grève du fleuve se dessine. Tout semble possible.

Henri Chassé est un poète et un romancier à découvrir.

Extrait :

Un bateau gris

ouvre son ventre

plein de récifs


samedi 26 avril 2025

Secrets blanchis de Henri Chassé

 



Qu’il s’agisse de jouer un rôle, de donner des indications de mise en scène ou de voir le monde devant lui se charger d’images, Henri Chassé apprécie les mots et la parole.

Ainsi, il a écrit en 2003 Secrets blanchis, recueil de poésie publié aux Écrits des Forges.

L’écriture en couverture inclinée vers l’ouest dénote une certaine nostalgie. Le poète parcourt des rivages et des rues. Malgré une apparente lenteur des gestes, sa vie est dans le mouvement. Le temps de l’enfance et celui des premiers émois amoureux sont derrière lui. Résolument romantique, même si ce mot suranné semble tombé en désuétude, le poète continue d’espérer derrière un rideau de pluie fine.

Il aspire à la passion fusionnelle en plongeant dans le regard et le corps de l’autre. Sa survie en dépend. Le poète veut être au diapason et son cœur bat au rythme de la tendresse.

Il est souvent difficile de commenter la poésie, puisqu’elle se constitue d’images, d’impressions et d’émotions et que le tout demeure subjectif.

La poésie d’Henri Chassé est un très beau voyage vers le cœur des êtres. J’aime beaucoup.

Extrait :

Je cherche ton odeur

dans les parfums du fleuve

une parcelle de toi

dans un morceau de vent