Je me suis intéressé à l’écriture de Dominique Fortier surtout avec la parution de Les villes de papier portant sur la vie d’Emily Dickinson et Les ombres blanches à propos de son legs littéraire. Comme quoi des fragments d’enveloppe et des retailles peuvent accueillir de la poésie et voyager loin jusqu’à notre époque.
Dominique Fortier, femme de lettres et traductrice littéraire, récidive pour notre plus grande joie avec une biographie romancée de la photographe Vivian Maier (1926-2009) intitulée Chambres noires parue chez Alto.
Dans ce nouvel opus, il y a un déploiement de parcours. On y croise le jeune John Maloof, documentariste, collectionneur et auteur, qui tombe par hasard sur des cartons contenant des négatifs. Il achète le tout, les remise dans un coin, puis s’y intéresse peu à peu au point de s’investir à titre de légataire de la photographe. Ensuite, des pans de la vie de Vivian Maier, une nounou arpentant la ville avec un appareil au cou suivie des enfants dont elle a soin. Puis, Dominique Fortier glisse des impressions sur sa propre vie dans les interstices du livre. Elle revoit sa mère qui déchire en gestes vifs et rageurs des photos comme si le passé pouvait se balayer sans laisser de poussières. Son père s’intéresse étrangement à un album de famille rescapé. N’oublions pas les non-dits sur une enfant qui n’est plus et dont une rare photo révèle le sourire et la joie de vivre.
J’ai souvent l’impression que notre autrice écrit autant pour elle-même que pour tout ce beau monde des disparu.e.s auquel elle accorde recherche, temps et attention. Il y a les chambres noires où se développent sur pellicule des personnes captées sur la rue. Il y a les chambres noires dont on a fermé momentanément les volets pour s’y poser et reconstruire des existences afin d’extirper Emily et Vivian du néant et de l’oubli.
Ce billet est mon invitation à lire Chambres noires.
Extrait :
« Elle ressort de temps en temps cette vieille boîte à chaussures qu’elle garde sous son lit, et qui contient des dizaines de clichés qu’elle examine lorsque les enfants sont couchés et que la maison dort. Elle s’assoit sur le sol à la lumière d’une bougie et les étend autour d’elle. Des dizaines de fenêtres s’ouvrent dans le plancher. »
