Alain Cadéo est un romancier, un scénariste et un dramaturge qui nous a
quittés le 12 juin 2024.
Les Éditions La Trace ont eu l’idée d’une parution annuelle pour commémorer son départ, mais surtout pour honorer sa plume si vive. Quelle belle marque d’amitié !
En 2026, la maison d’édition a fait paraître le roman Stanislas, d’abord paru aux Éditions du Quai Jeanne Laffitte. Notre homme de lettres reçut en 1983 le Prix Marcel Pagnol pour ce roman portant sur un souvenir d’enfance.
Ainsi, Stanislas est un homme au soir de sa vie. Il occupe une maison vide sans aucun doute blanche aux toits ronds comme en voit en Grèce ou sur les pourtours de la Méditerranée. Sa tête navigue entre passé lointain ou plus récent. Les images sont le ressac incessant ramené vers la plage. Il voit l’aïeul Maurice qui déambule lentement appuyé sur son bâton de marche. Des enfants enjoués courent çà et là. Est-ce lui et des amis ? Est-ce les membres de sa descendance ? Où sont les femmes qu’il a aimées ? Et pourquoi sont-elles parties sans laisser d’adresse? Il ne sait plus trop. Les idées s’embrouillent dans sa tête. Par où les histoires débutent-elles ? Et surtout comment finissent-elles ?
Le présent se veut solitude, parfois interrompue par l’arrivée du jeune Carmino qui dépose un panier de nourriture sur un muret. Stanislas sourit en voyant l’adolescent s’éloigner sur son vélo.
Stanislas n’a plus la vitalité de gravir les montagnes, de suivre un troupeau de chèvres broutant le genêt ou d’assister aux fêtes du village. Il s’endort, la paupière lourde après un verre d’ouzo de trop. Il vit un jour à la fois jusqu’au moment où il ira nourrir la terre et qu’une pousse d’arbre prometteuse surgira de son ventre.
Lire du Cadéo, c’est être porté par la beauté des mots et des images fortes.
La poésie se fait prose et se fait pause pour mieux savourer le temps présent,
à l’heure où nous courrons après nos ombres et nos listes de choses à faire.
Je vous invite à poser ce Cadéo sur votre table du salon et à vous
verser un thé odorant. Je vous souhaite une bonne découverte.
Extraits :
« Les odeurs ont toujours été pour moi au cœur de la connaissance. Enfant, il n’était pas un seul objet que je ne sente pour le situer. Combien d’insectes ai-je écrasés pour connaître leurs secrets volatils ? Combien de feuilles ou d’herbes ai-je froisses, mes mains devenant un mortier dont la tiédeur suffisait a révéler les sucs subtils ? »
« Mes enfants, vos
yeux sont aux étoiles. Vous avez dans les mains de grands nuages d’or. Le monde
est sur vos routes, traversez-le sans craintes, sans remords. Je vous aime et
je reste au milieu de vous. »

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