Je crois depuis très longtemps que nos vies évoluent en constellation sans trop nous en apercevoir. Des gens gravitent autour de nous de près et de loin. Il nous arrive aussi que nos proches nous comparent à un être disparu, ce fut le cas d’Élise Turcotte qui s’est intéressée à sa tante maternelle l’actrice Denise Brosseau (1936-1986).
Toutefois, la mère de l’autrice semblait plutôt avare de détails sur sa propre sœur, fausse pudeur qu’ont parfois les anciens, quand sa fille lui posait des questions. Le silence et la censure méritent bien des réponses franches et empathiques. Ces omissions volontaires pousseront Élise Turcotte à mener une enquête, voire à reconstituer la vie de sa tante. La recherche s’est terminée avec Autoportrait d’une autre, livre magnifique paru chez Alto en 2023.
Au fil des pages, nous apprenons que cette mystérieuse parente née à Sorel étudia le mime avec Marcel Marceau, qu’elle épousa le réalisateur Alejandro Jodorowsky, puis le peintre Fernando García Ponce. Elle souhaitait aussi étudier les grands philosophes. On s’éloigne de la banalité d’une vie tranquille.
Les voyages de notre talentueuse chercheuse le furent tant dans certains lieux à Paris, Mexico et Montréal que dans les indices glanés ici et là dans un carnet ayant appartenu à la grand-mère maternelle.
Au-delà de ce personnage fascinant que fut Denise Brosseau, Élise Turcotte nous ramène aussi à l’essentiel, soit la méconnaissance des femmes artistes par le grand public et leur occultation dans la mémoire collective.
Je recommande chaleureusement ce livre dont certaines images m’ont habité durant un tout récent voyage au Mexique. Ce serait amusant un jour d’écrire un récit sur les ouvrages qui arrivent en temps opportun dans nos vies. Merci à Élise Turcotte pour ce bel hommage à sa tante.
Extrait :
« J’écris ce livre en
oblique. Il y a des anecdotes à droite, des phrases à gauche, des corps et des
cahiers qui respirent dans une boîte au couvercle entrouvert. J’épluche un
objet, et des retailles posées sur ma table renaît autre chose. C’est une étude
vivante. Oui, une matriochka sans cesse recomposée. »

Aucun commentaire:
Publier un commentaire