samedi 25 septembre 2021

L'ombre d'un doute de Alain Cadéo

 

Alain Cadéo est aux lettres françaises ce que Jean-Louis Trintignant est au cinéma français. L’élégance et la beauté de l’être transpirent dans les instants de grâce procurés par sa prose de romancier. Mais comme tout virtuose de la plume, il nous surprend ce scribe visiteur à notre porte avec à la main des tapuscrits qui sont autant de surprises.

N’eût été de son besoin intrinsèque de liberté, il aurait fait le philosophe, le moine érudit, le bibliothécaire austère. J’entends sa voix d’homme en apparence tranquille, mais un brin tourmenté par la condition humaine. Cette voix a soufflé sur le papier L’ombre d’un doute, pièce de théâtre parue en 2008 chez Édition La Correntille. Comme tout bon livre, ce texte n’a pas pris de rides.

Dans ce soliloque, un acteur parle à ses fantômes, à ceux et celles qui l’ont jugé, mésestimé, rarement encouragé comme le père au seuil de la mort et la bonne. Parfois, pour se donner un ton frondeur, l’acteur glisse un masque sur son visage. Ce masque lui dira que c’est par lui qu’il acquière le courage de déclamer des tirades et d’affronter un public sur scène. Au gré de ses fantaisies et par le truchement d’Arlequin, du Capitan et de Pantalone, l’acteur se révèle, déconstruit certains commentaires entendus naguère, remonte forcément dans le temps, voulant s’affranchir une fois pour toutes de ses fantômes.

Pour se procurer cette pièce, on contacte tout simplement Alain Cadéo ou Martine Cadéo sur les réseaux sociaux (FB, Twitter, LinkedIn). Ce texte savoureux est à lire. Les références à la commedia dell’arte nourrissent le propos de l’acteur.

Extraits :

« Alors j’ai fini par les aimer, les masques… Peut-être parce que j’ai l’impression en portant ces écorces oubliées dans un coin, d’en faire à nouveau de la vie… »

« Ah si tu savais la joie féroce de tous les comédiens qui m’ont habité. Comme ils se sont amusés à revêtir tous mes défauts, comme ils me jouaient bien. J’ai vu les plus gentils d’entre eux, les plus tendres, des agneaux, se casser, se recroqueviller et jusque dans leurs entrailles subir les soubresauts de leur métamorphose. »

« Faut rien jeter, disait ma mère, faut tout garder ! J’ai tout gardé. Tout. Tout dans ma mémoire, dans mon théâtre… »

 

© Photo, texte du billet, sauf les extraits d’Alain Cadéo, Denis Morin, 2021

 


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