dimanche 22 février 2026

Sablier, miroir et compas de Thomas Mainguy

 


Thomas Mainguy est un homme de lettres et un enseignant au niveau collégial. Il publie aux Éditions de la Pleine Lune le recueil de poésie Sablier, miroir et compas, recueil doté d’illustrations aux formes géométriques de François Vincent.

Le livre se divise en quatre sections Ouverture, Alphabestiaire, Souricière, Carnet du géographe.

En poésie, on ne court pas, on s’y pose. J’ai lu attentivement trois fois le recueil pour en cerner des tangentes. Il va de soi que le titre suggère trois façons de voir le monde par le temps, les images et les mesures. 

Chez l’auteur, j’y ai perçu des moments de contemplation, de rêve face à la nature, mais aussi de l’humour et du cynisme par rapport aux bipèdes que nous sommes. 

La désespérance n’est jamais loin comme dans le poème Épée où le poète se demande si le manche de l’épée qui fouille dans nos cendres terrestres est froid. 

Dans la section Alphabestiaire, le parti pris est envers les animaux, car l’humain n’est que destructeur des habitats et faucheur de vies.

Dans le section Souricière, l’existence se joue comme prise au piège. 

À lire cet intéressant recueil conceptuel en clair-obscur sur les contradictions de la nature humaine. 

Extrait :

« Pour être une bonne marguerite,

Tu dois aimer les décapitations

Progressives. As-tu ce qu’il faut ? »

 

 

 

 

 


jeudi 5 février 2026

Autoportrait d'une autre d'Élise Turcotte

 

Je crois depuis très longtemps que nos vies évoluent en constellation sans trop nous en apercevoir. Des gens gravitent autour de nous de près et de loin. Il nous arrive aussi que nos proches nous comparent à un être disparu, ce fut le cas d’Élise Turcotte qui s’est intéressée à sa tante maternelle l’actrice Denise Brosseau (1936-1986).

Toutefois, la mère de l’autrice semblait plutôt avare de détails sur sa propre sœur, fausse pudeur qu’ont parfois les anciens, quand sa fille lui posait des questions. Le silence et la censure méritent bien des réponses franches et empathiques. Ces omissions volontaires pousseront Élise Turcotte à mener une enquête, voire à reconstituer la vie de sa tante. La recherche s’est terminée avec Autoportrait d’une autre, livre magnifique paru chez Alto en 2023.

Au fil des pages, nous apprenons que cette mystérieuse parente née à Sorel étudia le mime avec Marcel Marceau, qu’elle épousa le réalisateur Alejandro Jodorowsky, puis le peintre Fernando García Ponce. Elle souhaitait aussi étudier les grands philosophes.  On s’éloigne de la banalité d’une vie tranquille.

Les voyages de notre talentueuse chercheuse le furent tant dans certains lieux à Paris, Mexico et Montréal que dans les indices glanés ici et là dans un carnet ayant appartenu à la grand-mère maternelle.

Au-delà de ce personnage fascinant que fut Denise Brosseau, Élise Turcotte nous ramène aussi à l’essentiel, soit la méconnaissance des femmes artistes par le grand public et leur occultation dans la mémoire collective.

Je recommande chaleureusement ce livre dont certaines images m’ont habité durant un tout récent voyage au Mexique. Ce serait amusant un jour d’écrire un récit sur les ouvrages qui arrivent en temps opportun dans nos vies. Merci à Élise Turcotte pour ce bel hommage à sa tante.

Extrait :

« J’écris ce livre en oblique. Il y a des anecdotes à droite, des phrases à gauche, des corps et des cahiers qui respirent dans une boîte au couvercle entrouvert. J’épluche un objet, et des retailles posées sur ma table renaît autre chose. C’est une étude vivante. Oui, une matriochka sans cesse recomposée. »