lundi 11 novembre 2019

Professeur de paragraphe de France Boisvert



France Boisvert est une écrivaine (roman, nouvelle, poésie) qui enseigne et dessine. Elle publiait en 2017 chez Lévesque éditeur, dans la collection Réverbération, Professeur de paragraphe.

Maurice Lecamp enseigne la littérature, son champ de bataille, à des cégépiens armés de leur quincaillerie technologique qui n’en ont rien à cirer de Baudelaire, de Boileau, de Félix Leclerc, de Yourcenar ou de Duras. Le monde change et lui veut se cantonner aux plus grands écrivains. Son couple aussi bat de l’aile avec sa conjointe lexicologue à la pige dont le contrat consiste à remanier un dictionnaire selon la nouvelle orthograve (sic) au grand désespoir du doctorant enseignant qui dessine parfois au tableau pour attirer l’attention des étudiants distraits.

Ce roman se lit le sourire aux lèvres. C’est habilement mené. Ce professeur grincheux et érudit est attachant. Je lis surtout en fin de soirée au lit. Il m’arrive rarement de rire aux éclats à minuit, moi qui ris si peu, mais cette écrivaine y est parvenue. Je recommande chaleureusement la lecture de ce roman à ceux et celles qui pensent qu’enseigner ce n’est rien. Vous changerez d’avis. Pour l’instant, on court vite à sa librairie préférée pour se le commander. Fait à noter aussi que le dessin en couverture émane de la main de France Boisvert. Elle fait dans les talents multiples comme d’autres font dans le multitâches.

Extraits :

« Pour marquer la rentrée de la littérature classique, j’annonce les grands auteurs de l’époque et, tel un majordome dans quelque bal de débutantes, je décline toute la noblesse par le menu. J’enchaîne à propos de Versailles, la cours hors de Paris qui ne connaît pas de salut, la cour où piétine une noblesse reléguée en banlieue comme Rosemère pour eux. (…) Il y a une punkette qui exige d’être baronne de Varsovie, une autre au nez parsemé d’anneaux, l’égérie des Bourbon, je n’y vois aucun inconvénient d’autant plus qu’ils ont une imagination folle, faut-il le reconnaître. »

« Ça y est, je m’excite, je m’exalte, je prends la craie pour dessiner au tableau comment on est passé de l’âge de pierre, où l’on gravait comment on est passé de l’âge de pierre, où l’on gravait des idéogrammes aux tablettes d’argile où l’on sculptait des consommes avec un stylet. (…) Soudain, derrière, un grand dadais lève la main pour dire que personne ne lui a jamais raconté ça, qu’il n’était pas au courant de rien pour les dessins de Lascaux et le cantilène de sainte Eulalie... »

« Cette langue réformée est de celle de ceux qui finiront par en édifier la chaire dans les universités.  Il s’agit de vendre un nouveau produit, la lancer pour en faire le commerce, celui des références. Le but marchant visa à renouveler le stock des bibliothèques dans les universités françaises, les cégeps québécois, les collèges, les lycées et les athénées européens… »

© Photo, texte du billet,
    sauf les extraits de France Boisvert,
    Denis Morin, 2019

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